L’histoire d’autres miracles.

Elle avait environ dix jours, dans les frimas d’avril, sur un balcon.
Elle avait deux soeurs magnifiques, blanches avec des petites taches grises.
Elle était une boule de suie, moitié moins grande et grosse que ses jolies soeurs ; les yeux à demi fermés.
Sa mère était blanche avec des des tigrures grises en filigrane et des yeux bleu profonds. On faisait beaucoup d’éloges à ses soeurs ; on les manipulait, on prévoyait de les adopter.
Elles étaient là, toutes les trois au fond d’un carton avec une couverture.
Elle avait les yeux fermés et elle pleurait en se débattant maladroitement.
Elle démarrait moins bien que les autres. Elle ne m’a inspiré ni amour ni pitié; j’ai simplement soulevé cette petite boule de poils anonyme et j’ai constaté qu’elle avait du retard.

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"Ça ", le jour de notre rencontre

Une semaine est passée et je suis retournée voir la portée. Ma petite boule noire était éjectée du nid, elle piaillait à la façon d’un oisillon qui attend sa pitance. Ses soeurs avaient encore grossi, elles faisaient l’admiration des voisins. Elle ouvrait un peu les yeux, de travers, elle était toujours aussi maigrichonne et fragile. Une condamnée de plus de Mère Nature qui fait ses choix dans le monde impitoyable du chat errant.
J’ai voulu proposer un complément de biberon mais on m’a fait comprendre, les deux jolies soeurs dans les bras, qu’on allait pas s’embêter avec « ça ».

J’ai donc pris « ça » dans mon manteau, il faisait très froid en ce début de printemps. « Ça » n’a plus piaillé.
Ce n’était pas le premier chaton que je récupérais non sevré.
J’ai ramené « ça » à la maison.
Elle pesait 175g. Ce qui représentait un retard de croissance d’environ une semaine.
Je l’ai posée dans ma salle de bains, au fond d’une cuvette, une bouillotte sous une couverture et j’ai préparé un biberon.
Elle n’a rien bu.
La première nuit, dans la pièce à côté, elle n’a pas pleuré. Elle bougeait à peine et ne réclamait pas à boire. J’ai pensé qu’elle était morte. Et puis je suis allée la réveiller et elle s’est comme étirée.
Je n’ai pas ressenti le même attachement que pour ma première chaton biberonnée. J’ai juste fait mon « boulot » de protection animale.
Je suis allée acheter des seringues et je l’ai nourrie, ml par ml en alternant avec le biberon. C’était les vacances.
J’ai fait une sorte d’écharpe de portage avec mon pull et une écharpe et je l’ai gardée au maximum contre moi.

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Tout premiers jours...

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Elle ne tenait pas sa tête et au moindre stimulus, la posait sur le côté assez violemment.
J’ai pensé à une otite, à toutes sortes de problèmes.
Je suis allée chez le vétérinaire. Le réflexe de succion commençait à venir ; mais les réflexes restaient étranges. Il m’a dit : « Faites de votre mieux, quand elle convulsera, vous me l’amènerez et on abrégera ses souffrances ».
Bien.
Ne pas « trop » s’attacher, ne pas « trop » s »attacher.

Elle n’a pas convulsé. Elle a grossi. Tout s’est mis en place.
Les petites coliques habituelles, les épisodes diarrhées/constipation du chaton biberonné.
Mais elle ne se déplaçait toujours pas. Elle se traînait lamentablement. Puis elle a commencé à se déplacer vers l’arrière en tremblant de manière très accentuée.
C’est là que j’ai découvert l’ataxie cérébelleuse chez le chat. Ataxie, hydrocéphalie, nous n avons pas fait réalisé de scanner… À quoi bon savoir? Il n y avait rien à faire, juste à l’aimer et à la protéger.
On est parti en week-end avec elle, les biberons, le lait, les alèses. Il n’y avait que nous pour la connaître, la nourrir, la couver.

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En week-end

Il a fallu adapter certains apprentissages comme la propreté. Je la posais dans une litière après les biberons et puis j’ai déposé une alèse sous la litière. C’est là qu’elle faisait ses besoins.
Aujourd’hui, à plus d’un an et demi, elle continue à utiliser des alèses et va aussi dans la litière quand elle n’est pas trop pleine de copeaux car si ses pattes s’enfoncent, c’est la panique. Et puis,elle tombe souvent en sortant, fait basculer tout le bac.

Progressivement, on a constaté qu’elle était complètement aveugle.
A partir de ce moment, on a développé d’autres stratégies. On a pris des intonations spécifiques pour l’appeler et on a fixé un nom définitif : « Rikiki » avec beaucoup de sonorités en « i » qui sont très bien perçues par l’oreille féline. On a limité les perturbateurs olfactifs, les déplacements de meubles dans la maison.

Tout n’était qu’inconnu au fil de sa croissance, de surprise en surprise. Fièvre élevée après la vaccination, chute, stérilisation…

On est tombés amoureux fous de notre Rikiki.. en quelques semaines.
Elle a débarqué dans nos vies au début de nos « vrais » essais pour être parents…au moment où on a compris que ce serait plus difficile que prévu.
Elle a participé à ma prise de confiance en mes capacités à m attacher, à aimer, à comprendre.

Rikiki, quand je rentre après plusieurs jours d’absence, miaule joyeusement au son de ma voix depuis l’autre bout de l’appartement. Elle arrive en boitant et en tournant en rond puis essaie de sauter dans mes bras, quand je la prends sous les pattes avant.
Alors elle pose sa patte toute douce sur mon visage, fait le tour de ma joue, puis cherche le creux de mon cou pour nicher sa petite tête. Et elle reste là.
Tous les matins, il lui faut ses dix minutes d’embrassades, calée dans les bras, sinon elle renouvelle ses appels désespérés.

Rikiki, c est plus que mon chat
, c est un des grands amours de ma vie.

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Quelques jours après son arrivée

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Adulte