La face d’ombre.

Je vis une grossesse féerique.
Celle que même dans mes désirs les plus fous, je n’osais pas rêver.
Je suis infiniment reconnaissante à la Vie de m’avoir offert cette parenthèse enchantée. J’ai parfois peur que tout se brise ; juste parce que cela me paraît tellement irréel.

Pourtant, dans cet éclair de bonheur, quelques nuages viennent apporter la chair de poule à ma peau qui se réchauffait au soleil.

Mon conjoint d’abord, qui ne se remet absolument pas de son burn-out.
Nous en sommes au troisième traitement différent. Je dois lui dire d’aller se laver, le réveiller, le motiver, lui dire de changer ses vêtements, le rassurer. J’ai peur d’accoucher au milieu d’un énième effet secondaire.
J’ai un peu honte quand il est complètement dans les vapes lors des rendez-vous.
Et je me sens démunie, parfois un peu cruelle parce que je voudrais qu’il m’aide à faire ceci ou cela et que c’est impossible.

Et puis ma mère dont j’ai déjà parlé sur ce blog, qui sentant l’imminence de l’accouchement, cherche à m’atteindre par tous les moyens.
Nous avons l’habitude avec mon conjoint de nous installer à un café dans la journée : on boit notre noisette/ cappuccino le matin et parfois si nous revenons de courses ou de promenade l’après-midi, un Vittel quelque chose. Alors elle s’est installée là.
Hier sur un réseau social bien connu, je tombe sur une publication qui ressemble à une longue litanie sur ma grande ingratitude.
Avec ma soeur, nous avons commencé à vivre quand nous nous sommes séparées d’elle ; elle nous a détruites ; on a mis des années à guérir ; ma soeur est encore en thérapie. J’assume parfaitement ma position : une rupture totale.
Mais les remarques désobligeantes postées publiquement sur ce réseau social m’ont mise en colère : je n’accepte pas qu’elle puisse dire qu’elle aime déjà mon enfant, qu’elle n’a pas les moyens mais qu’elle enverra un cadeau alors que moi-même je ne lui achèterai jamais un morceau de pain et surtout que de parfaits inconnus lui suggèrent de lancer une procédure pour obtenir un droit de visite…
Cette possibilité soulève en moi d’insondables angoisses et j’ai même dit que je ne voulais plus accoucher si je n’étais plus en mesure de protéger mon bébé une fois qu’il était né. Cette peur me colle viscéralement aux tripes. Je ressens une rage indescriptible qui parcourt mon ventre et ma poitrine.

Je demande juste le droit à l’oubli, le droit à l’ignorance.
J’ai travaillé quatre mois loin de chez moi pour offrir le meilleur à mon enfant et ne rien devoir à personne. Je ne voulais pas qu’elle soit présente dans ma maternité et elle réussit à s’immiscer.
Je refuse qu’on grignote mon cocon patiemment tissé. Je voudrais simplement m’occuper d’accueillir mon petit que j’ai tellement voulu, m’occuper de l’aimer, de tisser avec lui des liens indéfectibles…
Bien sûr, la majorité des gens nous connaît avec mon conjoint et connaît ma mère, sait faire la part des choses. Bien sûr, je pense pouvoir réunir suffisamment de preuves, ne serait-ce que dans mon dossier médical, pour empêcher tout droit de visite , mais je sens la petite souris qui attaque le cocon.
Je crains d’être fragilisée après la naissance et de ne pas avoir les épaules assez solides pour porter tout cela.

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