» Sois sage ô ma douleur » et autres réflexions personnelles sur la péridurale avant l’accouchement

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Charles Baudelaire, Recueillement

Je voulais vous parler de la péridurale et de la douleur pendant l’accouchement.
Je me suis dit, à juste titre peut-être, qu’il serait judicieux de confronter ma perception de la douleur avant et après.

Souvent, lorsque je parle de mon projet d’accoucher sans péridurale, je me heurte à deux positions :
– une position anti-péridurale avec des arguments scientifiques ( auxquels je suis sensible, mais que je ne souhaite pas exposer ici car je ne suis pas une professionnelle, je ne suis pas une militante et parce qu’ils sont tout à fait consultables ailleurs)
– une position pro-péridurale mettant principalement en avant le confort.

Et une question revient souvent, POURQUOI ?
Je suis souvent désarçonnée par cette question et je me suis aperçue que j’avais beaucoup de mal à expliquer les raisons de mon choix, autrement que par les arguments scientifiques déjà évoqués, mais que je me refuse à exposer car cela signifierait que je « juge » quelque part les accouchements sous péridurale.

En réalité, il y a d’autres raisons, plus enfouies.
Mon choix d’accoucher sans péridurale est intimement lié à la question de la douleur. Je me suis préparée à souffrir extraordinairement, aux limites de ce que je peux supporter, voire même au-delà de ces limites.
Evidemment, j’ai peur de cette douleur inconnue.
J’ai réfléchi sur le sens que je donnais à ce besoin de ressentir la douleur.
Je craignais aussi d’être attachée à ce projet parce que ma mère avait accouché « sans » et qu’ accoucher « avec » ; c’était faire moins bien. Ce n’était pas le sens que je voulais donner à mon accouchement ; cela me travaillait. C’était encore la laisser instiller son poison.
Tout cela, je l’ai confié à ma sage-femme. Il fallait que cette aventure soit honnête de chaque côté.

Jusqu’ici, je n’ai pas acquis la pleine conscience que j’allais être mère. Dans ma tête, règne encore un brouillon d’émotions et de craintes : la PMA, le travail intensif, les préparatifs, le burn-out de mon conjoint, les résurgences de mon enfance m’ont empêchée de réaliser la présence de cet enfant en mon sein.
Accoucher « sans filet », c’est pour moi accepter de sauter du plongeoir , c’est prendre enfin le temps de me concentrer sur la maternité qui s’impose à moi, accepter de faire corps avec ce petit être que je vais mettre au monde.

Ces dernières semaines, j’ai aussi éprouvé beaucoup de colère envers ma mère ; j’ai ressassé mon enfance ; j’ai eu envie d’enfoncer mes poings dans les murs, de hurler contre toutes ces peurs qui m’assaillaient et je m’en voulais. Je m’en voulais de m’être libérée de la relation toxique qui m’unissait à ma mère tout en laissant les souvenirs me blesser. Je voulais aller lui hurler de me laisser enfin, elle qui continue à chercher à m’atteindre à quelques jours d’accoucher.
Je veux juste la paix.
Cette paix, j’en suis  la seule responsable. Je ne pourrai jamais changer ma mère mais je peux faire en sorte de ne pas être touchée. On ne peut pas transformer autrui ; on ne peut qu’agir sur soi.
Je ne veux pas accoucher avec cette colère.

Mais cette colère, je peux la transformer. Je peux décider de m’abandonner à mon instinct et je peux vider mon esprit de toute autre préoccupation que ma survie et celle de mon petit.
Je peux abandonner le désir de contrôle.
Je peux décider en quelques heures, dans une épreuve initiatique, de dire adieu à la petite fille blessée, de la transfigurer et je peux mettre au monde un enfant et une mère.
Je peux trouver d’autres ressources et m’aimer comme une mère.
Je sais bien qu’un accouchement ne saurait guérir trente ans de vie ; mais j’espère sincèrement qu’il laissera derrière lui une mue salutaire.

Pour tout cela, j’ai besoin de la douleur.
J’ai connu dans ma vie des milliers de douleurs ; je souhaiterais connaître, au moins une fois dans ma vie, une douleur qui me mène au meilleur.
La douleur peut être une amie. Elle peut réconcilier. Je vais lui donner la main.
Je sais que je vais douter.
Je sais qu’il y aura des moments où je ne vais pas vouloir laisser naître cette mère et cet enfant, de crainte de ne pas être à la hauteur.
Cependant, je me sens presque en paix, seulement agitée de l’excitation de cette aventure.
Je crois que je suis prête.

Je pense que dans chaque projet de naissance se cache une histoire personnelle et qu’on ne peut donc pas les éclairer à la lumière de la rationalité.
Encore une fois, il ne fait que démontrer, s’il le fallait encore, que la parentalité est un chemin tortueux et unique pour chacun.

L’être et le devenir

Je sens son ombre derrière moi.
Ses souffles de bras qui serrent ma gorge et puis l’étouffement.

S’émanciper, protéger, éliminer.
Je parle bien d’elle.
De celle qui m’a mise au monde.
De la cicatrice au fer rouge de mon âme qu’elle a apposée.
Implacablement.

Je parle de paix et de rage.
De ce chemin parcouru depuis la séparation
D’avoir vécu à vingt ans,
De mes ailes rognées,
Du moineau aux ailes détrempées sur le rebord de la fenêtre.

C’est elle le fantôme de la maternité.
Bien sûr, les ailes ont séché et j’ai volé,
Mais je n’ai pas pardonné.

Je ne pardonnerai pas les années de lutte pour exister ; je ne pardonnerai pas les doutes que j’ai traversés, que je traverse et que je traverserai durant ma maternité : la peur de ne pas aimer, de se perdre, de se désintégrer.

Pourtant, tout au fond, j’ai toujours été une mère. J’ai toujours ressenti en moi la possibilité d’un amour infini et j’ai toujours su faire preuve d’abnégation dans cet amour.

Il a fallu tout construire depuis les toutes premières fondations. Poser un chaton contre moi, lui offrir mes nuits, savoir instinctivement ses besoins pour comprendre que je pouvais aimer infiniment, malgré toutes mes craintes.
A chaque fois, j’ai cru que je ne pouvais pas aimer plus ou aimer encore et j’ai aimé.
C’est ridicule d’écrire que des chats en perdition m’ont révélée. Pourtant, c est vrai. J’ai compris que j’avais cette aptitude à aimer, à faire grandir, à respecter.

Je traverse cette grossesse comme une fulgurance. Ou bien, c est elle qui me traverse.
Il a fallu abandonner la maîtrise absolue. Par chance, elle s’écoule comme une rivière calme, sans remous. Jetée à corps perdu dans le travail pour éviter de remonter de la vase à la surface des eaux calmes. Un écoulement sans fin, irrémédiable vers la naissance et imperceptiblement le flot des sédiments qui s accumule malgré moi.
Travailler pour ne pas penser, c est oublier de s allonger pour toucher cette créature mystérieuse qui grandit dans ses viscères. C est se comparer aux autres et se trouver si loin de l’invisible curseur de la norme.
Je ne voulais pas croire qu’elle puisse choisir mon ventre.
C est refaire un test urinaire à six mois de grossesse, malgré les échographies, malgré les mouvements, c est penser qu’elle va s’en aller comme si elle pouvait choisir d’autres tripes, chaudes, accueillantes et lumineusement aux normes.
Je ne parviens pas à faire le lien entre mon amour et l enfant qui grandit en moi. J’aime cet enfant infiniment et je ne sais pas qu il est en moi… C est comme s il était resté dans les limbes que je décrivais précédemment.
Mais j’aime être enceinte. C est une expérience sublime à vivre, l impression indicible de toute puissance et de création.
D’où peut être cette sensation d’être dépossédée d une partie de cette potentialité,  quand ce pouvoir vous est refusé.

Cependant, je sortirai de cette expérience avec une conviction encore plus affirmée qu’auparavant: l amour maternel ne naît pas de nos viscères. Ce que je ne savais pas au début de mon désir d enfant, c est que ce que je voulais réellement c était être mère, c est à dire, élever un enfant, ressentir une part d infini dans l amour.
Le porter aura été une fabuleuse expérience ; mais elle n’a pas conditionné mon amour.

Ce que j’ai admiré, c’est la capacité de cet être vivant à faire sa route, indépendamment des doutes et des questionnements. Peu importe que je sache ou que je ne sache pas ou bien que je marche trop, que je ne puisse plus distinguer le jour de la nuit ou que je tergiverse sur un modèle de couche lavable : la vague est irrémédiable.
Tu ne peux que lâcher prise et être l’esclave délicieusement consentante de cet être.

De mon couple ne naîtra jamais un enfant conçu à l arrière d une berline un samedi soir sous la pluie ; il n y aura pas de fruit d insouciance, de retard suspect et j’en ai fait mon deuil. La PMA a poussé l’introspection au bout de ses forces et j en beaucoup retiré. Évident à dire quand on promène un ventre rond et que l’on ressort du côté des couples gagnants.
Évident encore à dire, peut-être, quand l’infertilité ne vient pas de son corps.
Je n’ai pas sur-investi ma grossesse même si j’espère en vivre d’autres car ce fut (et restera pour deux mois encore) un beau moment de ma vie ; je ne me suis pas senti une autre ; mon corps n’est pas très différent de ce qu’il était il y a sept mois si j’enlève cette bosse énorme et je ne ressens pas de transformations profondes en mon être.
Je considère tout cela comme l’aboutissement d’un processus ou plutôt comme une suite.
J’ai pu traverser tout cela logée à 100 km de chez moi, ne pas pouvoir utiliser mes canalisations pendant deux mois, revenir le vendredi soir et tomber sur un gigantesque dégât des eaux, mon conjoint a fait un burn-out et ne supporte pas son traitement ; mais je tiens fermement la barre.
J’ai décidé d’assumer mon rôle de capitaine.
De fait, je suis assez confiante en l’avenir. Je suis où je voulais aller. le chemin ne ressemble pas aux prévisions de naguère mais finalement, j’ai fait mieux que m’en accommoder.

Et j’ai d’autres projets, des tonnes de projets.

vague hokusai oiseaux

« En toi chantent les fleuves et sur eux fuit mon âme
comme tu le désires et vers où tu le veux.
Trace-moi le chemin sur ton arc d’espérance
que je lâche en délire une volée de flèches. »

Pablo Neruda, Vingt Poèmes d’amour, Poème 3, extrait.

« Je suis venue te dire qu’il faut que l’on se quitte » (lettre à mon anorexie)

 » On a fait un long chemin ensemble. Tu es un peu comme l’amant destructeur avec qui l’on croit pouvoir avoir beaucoup de plaisir avec des conséquences indicibles ; tu es un peu comme le compagnon de l’ombre , l’ami qu’on rappelle quand plus rien ne va ; tu es un peu aussi comme le sex-friend  pas très réconfortant qu’on recontacte après une rupture. Dix années de vie commune, avec des hauts et des bas. Je te dois l’année de mes vingt ans passée dans cet hôpital ; je dois deux sondes naso-gastriques et pas mal de douleurs. Je te dois aussi cette force de vivre puisée tout au fond de ce qu’il me restait d’encore un peu chaud au fond de mes tripes. Je te dois d’avoir réussi professionnellement. Je te dois cette rage de vaincre qui m’a habitée dès que j’ai décidé de survivre. Je te dois de m’être libérée de ma mère, cet être qui me détruisait. Je te dois d’être devenue une femme, d’être devenue quelqu’un, d’être devenue moi. Peut-être que sans ce que tu m’as révélé sur moi ; je n’en serai pas là aujourd’hui. Alors c’est vrai, au départ j’avais un peu honte de notre relation ; t’as été l’ami pervers, l’ennemi et puis l’ami avec qui on fait la paix. Au fond,aujourd’hui je peux te l’avouer,  je n’ai jamais effacé ton numéro de mon répertoire. Des fois, je parcours mes contacts et je suis à deux doigts de t’appeler ; mais voilà, je sais bien qu’on a vécu ce qu’on avait à vivre ensemble ; recommencer, ce serait se faire du mal ; ce serait briser la paix.

Néanmoins, j’avais encore quelques petites choses sur le coeur à te dire. Parce que oui, je suis venue te dire qu’il faut que l’on se quitte. Je ne peux plus monter en catimini sur la balance et pleurer sur les chiffres ; je ne peux plus dépendre d’une pesée volée au détour d’un rv ou d’un lavage de mains dans la salle de bains d’inconnus ; je ne peux plus passer mes journées à compter ou à tourner comme un lion en cage parce que je n’ai pas pu sortir faire du sport. Je ne peux plus avoir envie de toi.

Tu vois, il y a des grammes qui sont plus importants que d’autres. 150 petits grammes présentement. 150 tout petits grammes durement acquis. 150 petits grammes qui prennent beaucoup de place. Qui n’ont rien de superflu. C’est avec ces 150 petits grammes que j’ai envie de vivre désormais. Lutter contre les kilos et lutter pour d’autres kilos, c’est presque une ironie de la vie…

Maintenant, il y a autre chose, une autre histoire d’amour qui prend ta place.. Non, ne sois pas triste ; tu vois c’est juste que j’ai changé ou plutôt j’ai grandi, enterré la petite fille. Je pense que tu ne me reconnaîtrais plus vraiment.

Voilà, j’ai préparé tes vieilles affaires que j’avais gardées précieusement. Je voudrais que tu viennes les chercher et que tu partes doucement, sans claquer la porte. Je te tiendrai la main ; je t’embrasserai à la volée et puis tu t’en iras sans te retourner. Tu sais bien que nous ne devons pas pleurer. »

Quand j’ai été hospitalisée pour la première fois, il y a dix ans, en unité de psychiatrie pour mon anorexie, il y avait une jeune professeure des écoles qui était là. Elle mangeait seule  en chambre avec une infirmière. Elle avait un petit garçon de dix-huit mois qu’elle n’avait eu le droit de voir qu’à partir de 41 kg. C’était au mois de janvier et elle avait passé Noël seule dans cette unité parce qu’elle n’avait pas atteint l’objectif. Pendant la semaine, elle avait obtenu le droit de manger le dessert en salle avec les autres. Je me souviens du cône glacé, de son air dégoûté contenu et j’ai ressenti exactement la même chose, quand, deux années plus tard, j’ai totalement cessé de m’alimenter. Enceinte, elle avait perdu 4 kg. Je me rappelle que son fils avait un gros problème de vue mais je ne sais pas si c’était lié à l’état de sa mère. J’avais détesté cet hôpital, détesté qu’on décide à ma place, détesté le traitement des patients.

Je repense souvent à elle depuis mon tout début de grossesse. A cette paix que j’ai signée avec mon corps. N’était-elle en fait qu’un simple armistice ?

L’alimentation est au coeur de la grossesse : toxoplasmose, listériose, vitamines, apports de ci, apport de cela, contrôle de la prise de poids. On nous inonde de prescriptions extrêmement précises sur la répartition du poids, sur la consommation de ci de cela…. Même dans la valise d’accueil, on y a droit : « Attention à la prise de poids ».

Poids à prendre, à quel moment, en quelle proportion, ni trop, ni trop peu…

STOP. Quand je me prive d’un aliment que j’aime pour cause de listériose ou de toxoplasmose ; je ressens cet étau qui se serre au fond de mes tripes. La frustration de l’anorexie et cette sourde satisfaction vicieuse de surmonter l’envie ; bref, des émotions que je croyais enfouies à tout jamais. Comment être sûre que ce que je mange est bien dépensé ? Rien ne m’angoisse plus que de ne pas décider de ce que je mange ( quand je vais en séjour ailleurs, quand je voyage, quand je dépends d’un repas que je n’ai pas préparé)

Les angoisses ont refait surface dès le premier mois… Dans le miroir, je vois ce que je ne suis pas ; envie de me dissimuler, sentiment d’être envahie, impression de promener un corps qui ne m’appartient pas. Pour une montée sur la balance et 1,5kg en 5 semaines de grossesse…. Mon IMC de départ est de 18,8,  sans effort, en mangeant presque tout ce que je veux. Deux mois plus tard, j’ai tout reperdu et même un peu plus en revenant à un poids légèrement inférieur à celui de départ. Autre angoisse : est-ce que je ne mange pas assez sans m’en rendre compte? Car oui, ne pas prendre de poids me soulage, me donne un sentiment de toute puissance alors que le sentiment de toute puissance devrait être celui de donner la vie. Bon, et puis début de quatrième mois, ça y est, j’ai repris 1,5 kg. Ces chiffres qui dansent , l’absence de contrôle. Les chiffres. Se peser : Est-ce que je suis allée aux toilettes avant ? Est-ce que j’ai bu? Est-ce que c’est le poids de mon collier ? Recalculer en fin de journée les calories ingérées ; déduire les dépenses caloriques ( métabolisme de base + grossesse + efforts physiques) ; aller sur internet pour calculer la dépense calorique induite à telle semaine de grossesse, chercher des indices sur le fonctionnement de la thyroïde, le poids de l’utérus, du foetus, du volume sanguin.

Et puis les gens …. « j’ai pris tout d’un coup, tu verras ». Sans compter celles qui se plaisent à te raconter leur prise de poids, la déformation de leur corps. Les charmantes : « Si tu grossis pas, ça ne compte pas! » « Tu le mets où ? » Les flippantes : « Si tu ne grossis pas, il va être tout petit, tout malade, tout… »

J’ai peur…. J’ai tellement peur de réfléchir à ce que je mange, peur de perdre le contrôle sur mon corps, peur de manger un truc qu’il ne faut pas, de manger trop, de ne pas manger assez, peur de devoir être alitée…

La grossesse replonge une anorexique dans toutes ses angoisses les plus profondes : – relation à la maternité – relation au corps, – contrôle et maîtrise du physique – maîtrise de l’hyperactivité – réflexion sur la composition des repas – frustration alimentaire Je regarde mes assiettes avec anxiété. Je n’ai pas l’impression de manger pour mon foetus, par plaisir : toute assiette est suspecte. Assez équilibrée ? Fraîche? Il se passe quelque chose dans mon corps sur laquelle je n’ai aucune prise; c’est lui qui décide si je suis fatiguée, si j’ai mal, si le foetus reste ou s’en va. Est-ce que l’amour peut vaincre les démons? Est-ce que je suis aussi un embryon de mère assez aimant pour être aussi tourmentée ? Pourtant, j’aime ce petit arrondi qui se dessine sous mon nombril, les seins plus lourds. le plus dur, c’est vraiment la perte du contrôle, des chiffres, de l’appétit, du corps. J’ai tout de suite évoqué mon parcours avec la sage-femme. Elle ne m’a pas fait la morale, ne m’a pas mise en garde. Elle m’a juste laissé m’exprimer. Elle m’a dit que j’étais capable d’expliquer, de mettre des mots et que je serai capable de demander de l’aide si j’en avais besoin. J’ai encore un peu honte de mon hyperactivité ; mais je sens que dans mon esprit l’amour que je ressens pour mon futur enfant est plus fort que les restes de la maladie. Pourtant, hier, en allant marcher 8km, une douleur sous l’utérus ne m’a pas arrêtée et j’ai beaucoup culpabilisé à cette idée. J’essaie de multiplier les petites marches rapides pour compenser les grandes marches auxquelles je m’astreins deux fois par semaine. De l’extérieur, personne ne remarque rien. Je suis juste la petite nana enceinte, sportive et menue, qui mange correctement et qui continue à s’entretenir. Mais moi, je sais que ça n’est pas ça. Lundi, je me pèse. Entretien du 4e mois. Et j’ai presque autant peur de ça que de ne pas trouver le coeur de mon enfant. La faim, la nourriture, la frustration, le poids, l’envie. Je suis venue te dire qu’il faut que l’on se quitte. Je suis venue te dire qu’il faut que l’on se quitte. Je suis venue te dire…