Tel le sportif avant la compét’

Je me suis glissée dans la peau du personnage, même si le moment venu, je troquerai mon short et mes baskets contre un vieux tee-shirt.
Voire une chemise de nuit à pression marquée CHU.

Je suis donc enceinte de 36 SA aujourd’hui et je souffre du syndrome du « déjà la fin ». Ayant passé quatre mois loin de chez moi, j ai éprouvé quelques difficultés à préparer les choses, à réaliser la venue imminente du petit habitant.
J ai ressenti le plus grand choc émotif quand j ai préparé le berceau.
Cela faisait partie des gestes que je m étais un million de fois imaginée faire et voilà, on y était. Je le faisais.
Je posais la turbulette.
Je posais la peluche.
Je montais le mobile.
Je me suis assise sur le rebord du lit, j ai pleuré.

La sage-femme pense que j accoucherai d ici deux semaines. Mon corps a commencé à exprimer quelques demandes inhabituelles de repos. Ma mobilité a diminué légèrement ; mais pour donner un exemple, je peux encore courir si j’en ai envie sur plusieurs centaines de mètres. C’est dire si je vis une grossesse de rêve ; il faut le reconnaître et j’en ai parfaitement conscience. J ai toujours peur d accoucher avant le cap fatidique des 37 SA, ce qui comprometterait mon projet de naissance. J espère cependant me rapprocher le plus possible de la date du terme fixée au 22 août.
Je m’allonge donc au moins deux heures par jour.

Sur un plan physique, je continue à me mobiliser le plus possible tout en m octroyant des plages de repos. La sage-femme et D. ont convenu que j avais fait des efforts non négligeables sur ce point.
Mercredi , je fais une séance d ostéopathie pour positionner le bassin et le sacrum ( ma chute de mai a laissé des traces).
J attaque également début de la semaine prochaine les massages du périnée et la tisane de feuilles de framboisier.
Plus d’informations ici : http://www.quintesens-bio.com/blog/en-fin-de-grossesse-buvez-de-la-tisane-de-feuilles-de-framboisier
Je fais des séances de 30 minutes en piscine le plus souvent possible pour éviter de trop solliciter mon col par la marche et répondre à mon besoin d activité physique.
Je me sens globalement en forme. Je n ai pas d anémie.
Pourtant cela fait un siècle que je n ai pas vu un morceau de viande.

Psychologiquement, je travaille mes lieux refuges, ma respiration sur les contractions de Braxton, sur des exercices de sophrologie.
J’ai visualisé chaque étape. J’imagine le bébé qui descend, qui passe.
Je réfléchis à ce qui me fait peur. En fait, je ne crains pas la douleur ; je suis plus impressionnée par le passage du bébé.
Je suis partagée entre la peur d un accident en fin de grossesse: mort intra-uterine, ma phobie absolue et les craintes qui entourent ma rencontre avec ce petit, la peur de ne plus pouvoir le protéger.
J aurais aimé avoir une consultation avec un psychologue pour parler de ma relation à ma mère, de mon anorexie, de mes tracasseries au sujet du lien, mais je n’aurai pas le temps de le faire. Je vais réserver un temps avec ma sage-femme pour en parler. Plus l’accouchement approche, plus je ressens de colère envers cette femme. Je voudrais transformer cette colère en force pour aller plus loin, accomplir davantage, aimer mieux mon enfant.
La sage-femme me confiait que les accouchements peuvent faire revenir des choses assez violentes et j’avoue que cela me terrifie….

C’est assez compliqué à expliquer comme émotions.
La hâte et la crainte. La confiance et le doute absolu.
Tout est prêt et parfois une peur soudaine que rien ne l’est me prend à la gorge.

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Vertige, j’écris ton nom.

Vertige de l’amour,
Vertige de la peur,
Vertige de l’hypotension,
Vertige de l’hyperactivité,

Il est là, ce bébé tant attendu, là, dans ce ventre gonflé. Trois hoquets par jour, les pieds sous le diaphragme, la bosse étrange qui se promène, la ligne sous le nombril, le sein lourd, les muqueuses qui foncent, le masque de grossesse. Il est là.

Et je suis là, dans cette chambre que je n’aménage pas, ces pyjamas que je n’achète pas.
Encore à 100 km de chez moi, dans cette chambre d’internat.
Et pourtant, à l’affût de la moindre sensation, prise du vertige d’un « instinct » qui m’emporte, là, malgré moi, malgré mon vécu, malgré la peur.
Il est là et je ne suis pas là.
Je suis loin encore.

Est-ce possible vraiment ? Que je sois mère dans un peu moins de trois mois ?
Que cet être arrive dans mes bras, tel que je l’ai fantasmé, patiemment depuis 2009.
Pourquoi?
Pourquoi je ne me reconnais pas dans cette foule des « futures mamans » ? Pourquoi je ne veux pas qu’on me materne, qu’on me chouchoute, qu’on m’arrête quand je suis fatiguée?
Pourquoi je me fous des « maux » de grossesse ?

Toucher.
Te toucher.
Imaginer tes contours derrière ces quelques centimètres de chair qui nous séparent et nous relient.
Toi.
Je savais bien que tu étais quelque part, mon enfant, le mien. J’ai imaginé un endroit où attendent les enfants que nous attendons. Une attente réciproque. Que nous les ayons mis au monde ou adoptés. Comme des limbes joyeuses ou bien le Meilleur des Mondes. J’imaginais que tu dormais là.
C’est ridicule. Tu es le fruit d’un ovocyte et d’un spermatozoïde, un « supertozoïde » comme disait ma cousine. CET ovocyte là et CE spermatozoïde là dans l’enfer des probabilités.
J’essaie de mesurer la portée du miracle mais à chaque fois, mon esprit échoue à en embrasser les contours.
Alors je reste là, avec ce ventre qui enfle et ton diaphragme qui bat la mesure, la main qui cherche tes contours à toi, tes contours clairement mesurables.

Je ne me sens pas transformée. Je ne sens pas d’infime basculement vers la réalité de « mère » ; ni nouvelle dimension ni différente. Les angoisses se tassent.
Toute cette route pour t’envisager, pour me libérer de mes démons, pour te concevoir ; c’est cela.
Je chemine.
Je ne fais qu’avancer.