Allaiter dans l adversité

Je pensais qu allaiter allait de soi.
J ai pris ma carte à la Leche League.
Je suis allée aux réunions.
J’ai engrangé les informations sans aucune crainte.
Allaiter était vraiment une détermination. Je rêvais de ce que j imaginais être un corps à corps quasi mystique avec la chair de ma chair.

Puis A.est né.
Après un accouchement compliqué et une césarienne, il ne téte pas.
Je n’avais pas prévu la césarienne, la séparation post naissance et… le bébé qui ne parvient pas à téter.

Première « tétée « : 3 personnes au dessus de moi, je suis groguie, je ne peux pas bouger et on presse déjà mon sein tout en me pressant moi et A. sur l’urgence de la situation.
Car A. fait des hypoglycémies et on lui donne des compléments:  » Pas de biberon « . Je me répète, j insiste lourdement.  » Oui, mais vous êtes trop fatiguée. » On opte pour la cuillère puis la tasse. J essaie de montrer que je maîtrise mon sujet.
Ce complément est un déchirement.
Oui, c’est idiot.

La montée de lait s ajoute aux autres douleurs, doutes, frustrations.
J ai mal, aux seins, au dos, au ventre, j ai perdu plus de 10kilos et j ai une anémie assez importante. Le lait coule en permanence de mes seins tendus, on me pose des compresses d osmogel, on m aide à exprimer un peu de lait. Je pleure dans la salle de bains (après mon accouchement épique, je me trouve un peu ridicule).
Mon corps m est devenu étranger, si faible.
Je tire mon colostrum puis le lait avec un vieux tire-lait. On entre dans la chambre comme dans un moulin à vent, alors que je suis branchée au tire-lait. Même les visiteurs voient mes seins dans le couloir.
C est la désillusion.
Donc c est cela la maternité.
Accouchement très éloigné de ce que j avais projeté et allaitement qui est en train de m’échapper.
Mon fils est superbe, je l’aime mais je suis trop fatiguée pour le réaliser.
Je suis passée à côté des premiers jours.
Peut-être ma seule grossesse pour cette découverte brutale de la maternité.
Quand je marche essoufflée dans le couloir, quand je donne le bain, je trouve toutes les mères meilleures que moi, plus belles et plus épanouies.
Je culpabilise pourtant: il est si parfait, j ai presque retrouvé ma silhouette, mais de quoi je me plains ?

Chaque sage-femme ou auxiliaire de puériculture a un avis sur la prise de sein de A. On peut s acharner sur mon sein de longues minutes, A.pleure. Il glisse sur ces seins trop gonflés. On me repropose même le biberon, comme une évidence.
Stop.
Je ne veux plus qu’on force mon bébé à prendre le sein.
Je donne mon colostrum puis mon lait à la tasse sans demander d’aide. Je décide de poser A. au maximum sur moi, même si ma césarienne me gêne beaucoup. Il joue avec le sein quand il est calme. Je joins ma conseillère en lactation, je m’accroche, je veux allaiter. Le quatrième jour, une auxiliaire et une sage femme bidulent un DAL avec une sonde. Je ne les remercierai jamais assez.
Nous pratiquons le DAL au doigt.

http://www.lactissima.com/a-tire-d-ailes/une-solution-meconnue-au-refus-du-biberon/

Ce système sauvé mon allaitement puisque A. ne tétera pas avant ses trois semaines.
Que de doutes et de fatigue, d’envies de renoncement.
Toutes les deux heures, jour et nuit,  je tire mon lait que je donne à la demande avec la crainte de ne pas tirer assez ou à temps et celle de voir ma lactation baisser. ( entre temps. D. s est fracturé l épaule et je gère donc tout toute seule).
Ma sage-femme est soucieuse quant à mon état de fatigue. La moindre annonce de poids qui stagne me submerge d’angoisse, malgré les propos rassurants.
Si je n avais pas eu de soutien, de ma sage-femme et de ma conseillère en lactation,  j aurais sans doute tout balancé. Ou bien je me serais retrouvée à l’hôpital.

Il y a les gens qui ne comprennent pas que j insiste, mes seins sont trop petits, je suis trop mince, trop fatiguée, mes mamelons trop plats…
Et puis un jour…
Après trois semaines, un matin pendant que je me préparais, A. grognait un peu.
Allez, on essaie.
Je prends A., je m’assieds au bord de la baignoire. Le voici qui prend le sein. C’est notre toute première vraie tétée sous la lumière glauque de la salle de bain. Je pleure de joie.
Je suis aussi un peu inquiète. J’ai trois biberons d’avance dans mon réfrigérateur. Est-ce que je dois encore tirer mon lait?
Est-ce que nous sommes vraiment sur la bonne voie?
A chaque pleurs, D. me fait remarquer qu’il n’a peut-être pas assez au sein.
L’entourage ne se rend pas compte mais il est très rarement encourageant dans ces circonstances. Mais je persiste. Cela n’empêche pas les doutes, je fouille le net et j’allaite à la demande (là aussi tout le monde a un avis sur la fréquence des tétées…) en me fiant aux fiches de La Leche League.
J’aime voir le visage repu de mon fils et le lait qui coule à ses commissures.

Je revis.
Enfin, je peux sortir et je prends confiance en ma maternité.

Mais bientôt, les crevasses arrivent. Que dis-je, ce sont des ornières, des fossés, des gouffres.
Inconsciemment, je repousse le moment de la tétée parce que je hurle de douleur. Je pense même que je vais perdre un bout de mamelon.
Là, encore, j’insiste. Cela va passer forcément. Tout passe.
Je mets de la crème Melectis et puis j’achète un tube de lanoline des laboratoires Lansinoh, j’applique des coquillages d’allaitement et la nuit, je laisse mes seins à l’air.
Là encore, il m’a fallu pas mal de soutien.

A. a aujourd’hui six semaines mais les crevasses commencent à se résorber. L’allaiter est devenu une joie. Nous pratiquons toutes les positions et tout semble enfin se réguler. Il a pris 800 grammes en vingt jours. Je me repose enfin.
Voilà, je découvre ce que je voulais de l allaitement: m’arrêter sur un banc et nourrir mon enfant, le voir s’accrocher à mon sein.
Et puis apprendre à aimer. Non, mère ne suppose pas un attachement inné à son enfant, ce qui est assez déroutant quand on a expérimenté un long désir, il y a une forme d instinct mais l’amour se construit.
Nourrir au sein, et y parvenir, m’a aidée à me construire comme mère: il existe une sorte de symbiose, un langage biologique invisible entre lui et moi, que je perçois maintenant après six semaines et depuis que je me fais confiance. Il faut apprendre à lâcher prise et à se fier au cerveau reptilien. Celui qui t’indique que ton enfant a faim 10 minutes avant ses larmes même en son absence.
Ce fourmillement dans tes seins.
L’odeur de sa peau qui remplit ta poitrine.
Son apaisement quand il dort contre le sein.

Il y a une grosse contradiction dans la prise en charge de l allaitement en France aujourd’hui. On ne peut pas le promouvoir en étant aussi ignorant de ce qu il implique ou en restant sur les bases de l’alimentation par lait industriel.
Toutes les trois heures n a pas de sens dans un allaitement à la demande et allaiter n’est pas que nourrir.

Je n ai jamais autant compris le nourrissage par biberon que depuis que j allaite.  Avant, je ne faisais pas de prosélytisme en la matière. Je ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui une réelle supériorité nutritive du lait maternel sur le lait artificiel. En revanche, je suis convaincue qu’allaiter doit être un vrai choix pour ne pas être vécu comme une aliénation.
Je suis plutôt du genre hyperactive et anxieuse : me voici condamnée à suivre le rythme imprévisible d un nourrisson. Ses besoins en nourriture, ses douleurs, ses peurs. Ma peur de ne pas assouvir un de ses besoins. La peur de faillir dans mon rôle de nourrice. Le sentiment d’être prisonnière puisque ce rythme est à l’inverse de la liberté que je prône. Oui, allaiter suppose de se mettre à l’écart, d’une certaine manière, des rythmes de la société.
Pour moi, la tranquillité vantée par la Leche League n est pas du côté de l allaitement. Il n est pas qu’épanouissement, bien au contraire. Il peut même être très douloureux au moins les premières semaines.

J ai aussi beaucoup souffert des remarques. Soyons honnête: allaiter jouit actuellement d une très bonne image dans l opinion publique.
Toutes les trois heures.
Dans une pièce séparée.
Jusqu’à 6 mois.
Quand tu as un certain gabarit.
Je mets mon enfant au sein avant qu il ne pleure, je dors contre lui toutes les nuits ( berceau Next to Me de Chicco), je compte allaiter strictement jusqu’à 6 mois et poursuivre jusqu’au sevrage naturel.
Sentir mon petit en dormant en collant mon nez sur sa tête, l’odeur du lait et de nos corps maintiennent des montées de lait impressionnantes.
Je suis donc classée parmi les mères possessive et castratrices éduquant des enfants capricieux et dépendants. Je n ai sûrement pas un lait de qualité vu mon poids à la moindre colique ou tétée rapprochée.
J ai fini par mentir à mes proches pour ne pas avoir à me justifier sans arrêt. Ou bien j’encaisse. Ou bien je milite pour le respect de mon choix.
« Ton lait n’est pas assez nourrissant »
« Arrête de le couver »
« Il n’a pas faim, il te fait du chantage »
« Donne lui une tétine »
« T’en as pas marre de l’avoir pendu à toi comme ça tout le temps? »

Allaiter est essentiellement instinctif.
Mais la société, dans son fonctionnement normatif, cherche à le rationaliser. Il n y a rien à rationaliser. C est une histoire d amour entre une mère et son enfant et la passion n a pas de normes.
Quelques connaissances de base suffisent pour allaiter:
– Les signes d une succion efficace ( positionnement lèvres, menton, joues gonflées)
– La lactation est une affaire d’offre et de demande : plus on donne, plus on produit.
– La composition du lait varie au cours d une tétée ( utile pour certains troubles digestifs) : il faut donc veiller à ce que le bébé reçoive régulièrement  le lait de « début » et de « fin » de tétée ( le sein est alors « mou »).

Après, tout est affaire de couple mère/enfant et en l’absence de problème de prise de poids ou de santé du bébé, il n’y a pas lieu de s’inquiéter sur la manière dont on mène son allaitement.

Un bébé peut apprendre à téter même après plusieurs semaines à condition de ne pas perturber ses réflexes de succion: ne pas céder au biberon si sa volonté profonde est d allaiter.
Il ne faut se fier qu’à une personne spécialisée en allaitement : une conseillère en lactation de La Leche League ou bien tout autre personne possédant un diplôme universitaire adaptée ( certains pédiatres le passent).
En cas d’interrogations, on peut consulter le site de La Leche League ( non que je fasse de la publicité mais c’est réellement un site de référence).

http://www.lllfrance.org

Pour la médication en cours d’allaitement, on peut consulter le site du CRAT  qui s’intéresse aux effets tératogènes des différentes molécules.

http://www.lecrat.org

Et vous, les arrivées en gare de destination, comment vivez-vous l’allaitement?

Naissance d une mère et d’ un petit garçon

Métaphore de l imprévu.

Après quelques jours de faux travail, elles sont arrivées comme ça, au coeur de la nuit, insidieusement, les premières contractions. Nous étions à 13 jours du terme.
Dans la journée qui a suivi, ma consommation effrénée de Spasfon et le bain n’ont pas changé grand chose à la grande et immuable rythmique, assez désordonnée chez moi. Je commence à me pendre, le bassin en bascule, sur tout ce que je trouve. Le col bouge. Je m’active et je fais même de l’enduit.

18h, je perds le bouchon muqueux. Je préviens ma sage-femme. Cette fois, on y est ; je sens que le travail progresse.

20h, je vais déplacer ma voiture, les contractions sont présentes toutes les huit minutes, je choisis la bonne fenêtre pour manoeuvrer. C’est assez joyeux ; je suis confiante.

21h, je vais chercher les bouteilles d eau oubliées dans la voiture. Je m arrête régulièrement sur le trajet pour me pendre à D. Je prie pour ne croiser personne. J espère que le travail progressé rapidement. Ma sage-femme est régulièrement jointe par sms.

23h30, j ai des nausées monstrueuses et je commence à avoir des envies pressantes d aller aux toilettes. Les nausées me font paniquer ( vomir est ma grande phobie). Je vocalise sur les contractions et un de mes chats décide de se lover contre moi à partir de chaque décrue de la douleur, mon chat ne me quittera plus jusqu’au départ.
0h00, la sage femme arrive, je suis à 3. La douleur ne m effraie pas. Je me cale, je vocalise.
2h00, je suis à 6. On décide de partir, cela me contrarie. Je serais bien restée et je le dis à la sage-femme. Mon père arrive, il parle beaucoup alors que j ai besoin de silence. Dans la voiture, la douleur est intense et difficile à supporter sans la liberté de bouger et il pleut à grosses verses, ce qui nous ralentit. Devant nous, un gyrophare bleu nous fait craindre un accident.

3h, je suis à la maternité. J ai retenu un cri en montant dans le service. Je ne me sens pas bien, j ai peur de déranger et d incommoder les gens par mes vocalises. Je peine à m approprier l endroit, les contractions deviennent franchement irrégulières: on rompt la poché des eaux, premier geste d une longue lignée. Je le vis assez mal. Je n’aime pas être là, la présence du monitoring me dérange.
A chaque contraction, je perds un peu de liquide, de sang et j’émets régulièrement des selles. J’ai envie de me cacher. La sage-femme protège comme elle peut mon intimité et change souvent les alèses. J’ai peur de salir.
On s’explique avec la sage-femme pour que le travail reprenne sereinement.

6h, nous sommes à 9. En sortant de ma bulle, je m’aperçois qu’il fait jour.
Mais à 7h, rien ne bouge. Le coeur du petit marque quelques ralentissements sans gravité. Le médecin ne préconise rien mais le bébé se présente en occipito-sacrée, un bourrelet de col gêne la progression. « c’est un premier, c’est long madame, quoi qu’il arrive, il sera dans vos bras à la fin de la matinée ».
J’ai des contractions très intenses en spasmes, comme un vomissement mais dans le bas du ventre.
J’appelle mon bébé, j’appelle les contractions. Je plonge la main pour sentir mon bébé descendre et je sens ses cheveux ; mais le bébé ne descend pas.
Second passage du médecin, tout le monde va bien, on va tenter le tout pour le tout pour faciliter le passage du bébé.
Je tente toutes les positions. Je pousse. La sage-femme tente de faire tourner le petit. La douleur devient difficile à supporter ; je perds espoir et confiance.
A 9h30, la sage-femme m’annonce qu’à chaque contraction, le bébé descend puis remonte. Quelque chose bloque sa progression ; nous sommes à trois heures de stagnation du travail ; nous avons dépassé les limites. Deux obstétriciens ont débarqué dans la salle.
Bref, je lui dis avant qu’elle ne l’annonce, il va falloir faire une césarienne.
Elle confirme.
Après un nouvel examen, je lui dis que je ne veux plus qu’on me touche ; je ne veux plus que quelqu’un mette la main dans mon corps.
Je pleure ; je culpabilise. Ma mère, mes craintes, tout revient, tout se bouscule.
Ma sage-femme et l’ensemble de l’équipe viennent me réconforter pour me dire à quel point j’ai été forte jusqu’ici , que le blocage est mécanique, que le bébé va très bien.

Puis tout se met en branle. On me prépare.
Je vois la sonde urinaire débarquer, on me rase en même temps. Les contractions sont ininterrompues et je ne cesse de répéter : « non, pas maintenant, j’ai une contraction ». L’anesthésiste qui arrive dans le même moment se met à râler : « mais enfin, c’est inhumain de poser une sonde comme ça alors qu’on a le temps de poser la rachi ; elle souffre la dame ».

Je suis d’accord avec lui.
Trente heures de travail et je me souviens essentiellement de la pose de la sonde, qui me me gênera encore trois semaines après.

J’ai oublié mon conjoint à ce moment ; j’ai tout oublié. Je suis dans l’action ; je pense que j’ai mal. Je sais que ça va s’arrêter mais je suis dans l’inconnu. Finie la maîtrise.
Je n’ai pas révisé la césarienne ; je ne sais pas encore quel type de douleur il va me falloir affronter.
Je me cramponne à tout ce que je peux ; je suis sur le dos, c’est intenable.
L’anesthésiste invite pour que mon conjoint m’embrasse.
Le bloc est juste à côté.
Les infirmières doivent enlever mes mains de leurs bras pour poser les brassards.
Je claque des dents, je tremble. J’essaie de rester concentrée sur l’accouchement ; je ne veux rien rater ; j’écoute à peine ce que dit l’infirmière qui me parle de malaise.
Elle voudrait que je pense à autre chose ; je me souviens que je lui ai répondu : « mon bébé va naître, je ne veux pas penser à autre chose ; je n’ai pas peur ».
Et elle de rétorquer après la pose de la rachi que ma tension ne descend pas et que je suis plutôt solide comme petite dame.
Si j’avais pu, j’aurais baissé le champ pour voir. On m’explique ce qui va se passer et je réalise doucement que la douleur est partie. Je redeviens enjouée ; je blague avec les obstétriciens et l’anesthésiste sur le fait que, techniquement, j’ai accouché sans péridurale et que donc je peux lui amener des chocolats. Ma sage-femme a pu rester et elle rappelle que c’est moi qui veux découvrir le sexe de mon enfant.

« On commence, votre bébé est là dans cinq minutes »

« Il arrive »

Silence.
Juste le basculement de mon corps qu’on fouille.
Deux petits cris.
Larmes.
Si j’avais pu arracher ce foutu champ pour le voir.

« Il va bien, il est très beau. »
« On vous libère un bras, vous allez pouvoir l’embrasser avant qu’on l’emmène ».

Ma sage-femme apparaît et je reste concentrée sur ces deux prunelles perçantes.
Il s’incarne, le fruit de mes entrailles.
J’avais vraiment un enfant dans le ventre et c’était lui.
Je le touche, je l’embrasse, je le sens. Il me dévisage.

« Alors, c’est quoi? »
« C’est un petit garçon, j’ai un petit garçon, mon petit garçon »
« Félicitations »
« Faut l’appeler Désiré ». 
(c’est son quatrième prénom….)

Je me sens soulagée que tout aille bien. Voilà, j’ai un fils.
Je fais remarquer aux obstétriciens que je n’ai pas de vergetures et qu’ils ont intérêt à réussir la suture.
J’ai hâte de retrouver mon conjoint et mon petit.
Les obstétriciens me consolent en me confirmant que le problème ne venait pas du cordon mais bel et bien du positionnement de la tête, défléchie et enclavée dans le bassin.

Je suis transférée un petit quart d’heure plus tard en salle de réveil. Enfin, je crois. Ma sage-femme est venue me donner des nouvelles, le poids et la taille de mon bébé. Elle trouve qu’il a mes grands yeux.
A. arrive enfin dans les bras de son père ; on le pose sur ma poitrine.
Mon fils est beau.
A côté, une femme hurle et rit, son bébé naît ; j’ai un petit pincement au coeur même si je me sens très fière d’avoir surmonté tout cela.
C’est vrai, je ne verrai pas le premier regard de son papa ; je le sens un peu comme arraché de mon ventre. Et puis on m’explique les suites de la césarienne et je trouve cela beaucoup moins sympathique.
Mais il est là, plus beau que mes rêves l’avaient imaginé.

L’obstétricien repasse et me dit que ce petit c’est vraiment Désiré puisqu’il se souvient avoir pratiqué une échographie pour la réserve ovarienne. « la boucle est bouclée ».

Si je dois à nouveau accoucher un jour, je souhaite toujours un accouchement sans péridurale, si possible à la maison. J’ai plus souffert de l’absence d’intimité que de la douleur en réalité. J’aurais eu besoin d’être seule, sans regard.
J’ai affronté la douleur comme je l’avais imaginée et comme je m’étais projetée.
J’ai davantage d’estime de moi-même et cela m’a aidée à surmonter les difficultés qui ont suivi (et que je vous relaterai dans les prochains articles), même si dans les moments où cela va moins bien, le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur m’envahit.
L’accouchement est finalement peu de choses face aux immenses défis des premiers jours.