Je suis prof TZR et j’allaite

Article technique s’il en est aujourd’hui !
Oui, on peut allaiter et travailler ; non, ce n’est pas toujours une joyeuse sinécure.

Il vous faudra :

    • un excellent tire-lait adapté ( électrique double pompage)
    • un tire-lait manuel pour les jours où il faut être plus discrète, rapide ( les formations, les sorties scolaires….)
    • un sac isotherme
    • un réfrigérateur ( infirmerie, laboratoire, salle des professeurs)
    • des contenants pour le lait récolté
    • une salle disponible ( votre salle de cours fermée de l’intérieur, tout local pourvu d’une prise)
    • Un petit plaid ( pour cacher, pour se réchauffer…)
  • Beaucoup, beaucoup de motivation

 

Jusqu’à récemment , je n’avais pas été appelée en remplacement et je tirais donc mon lait dans une salle de cours mise à ma disposition ( je suis dans un établissement récent richement pourvu en salles), trois fois par jour, pour un tirage quotidien d’environ un demi-litre.
Je grimpais en salle de classe entre les cours et je branchais mon tire lait ( symphony de Medela) le matin et je le reprenais en fin de journée : il était caché sous le bureau et j’aurais pu tout à fait faire cours avec le matériel installé.

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Et puis il est arrivé, le coup de fil désespéré du rectorat qui a épuisé son stock de TZR:
Je pars à 6h30 et rentre à 19h, catapultée en lycée pour l’avant-veille, sur un lycée en deux sites éloignés d un petit kilomètre.
J’ai exigé un local pour tirer mon lait et franchement, l’administration s’est pliée en 4 pour me trouver un petit placard avec point d’eau ( local de service). Après que le chef est tombé nez à néné avec ma personne en pleine production , la secrétaire a ajouté un petit panneau amovible sur la porte qui ne ferme pas. C’est beaucoup mieux pour tout le monde….
Il faut insister. Quand on veut ( du côté de l’administration), on peut. J’ai généralement observé que si vous montrez que vous êtes parfaitement motivée et impliquée ; on vous facilite la vie en regard.
Je tire mon lait deux fois car j’ai trop de contraintes et de travail mais les quantités produites restent stables et ce n’est pas trop inconfortable . En effet, c’est peu si on considère qu’il faudrait déterminer le nombre de tirages en divisant son temps d’absence par trois. En revanche, j’ai tous les jours trois sacs à promener entre mon véhicule et l’établissement ( non doté de parking car en centre ville).
Seul inconvénient : le délai entre les tirages s’étant allongé ; j’ai déclenché mon retour de couches.
Pas d’incidence notable sur l’allaitement néanmoins. Sur mon état physique, c’est une autre histoire.

Je n’ai jamais caché la nature de mes activités : je considère qu’il s’agit d’un acte naturel pour nourrir mon enfant et cela évite les situations gênantes de part et d’autres ( oui, j’ai déjà accueilli un agent de service, grand sourire aux lèvres et téterelles à la poitrine). je ne vais pas dire que c’est un plaisir ; mais je me dis que la normalisation de l’allaitement passe par là et c’est aussi quelque part un combat féministe.

Petite astuce :
le lait est stable et se conserve 24h à température de 15 °C: votre voiture, un sac isotherme et un pain de glace peuvent faire l’affaire en hiver.

ode à l’allaitement

Me nourrissant de le nourrir, je m’emplissais l’âme.

Sa succion était une vague lascive et je me voyais courir vers l’écume blanche tandis que je souriais. La vie bouillonnait, jaillissait éclatante. J’entendais le bruit de la mer telle une berceuse de l’infini, l’infini s’écoulant de moi à lui.
Il est moi, je suis lui,il est lui, je suis moi.
Nos âmes s’épousent alors dans un bruissant ravissement.

Que cela ne finisse jamais ni la rythmique de ses goulées ni les longues promenades de sa main parcourant ma poitrine comme un souvenir toujours ravivé, un sentier de l’enfance, là le parfum du figuier, ici l’aubépine.
Le vent de sa respiration est la brise légère qui rafraîchit le crépuscule d’un trop brûlant été et ses yeux, l’instant d’avant deux étoiles bleu métallique, deux fulgurances rieuses, replongent en un sursaut dans la mer paisible de notre amour.
Ils sont présents mais s’absentent déjà pourtant, rappelés par quelque songe de tendresse.
La mer est tiède et caressante. Elle sent le musc et le miel ; elle est comme une immense étendue, la dilatation sans fin de mon coeur d’où rien ne déborde jamais.

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Vierge à l’enfant, Jean Fouquet, vers 1450

Allaiter dans l adversité

Je pensais qu allaiter allait de soi.
J ai pris ma carte à la Leche League.
Je suis allée aux réunions.
J’ai engrangé les informations sans aucune crainte.
Allaiter était vraiment une détermination. Je rêvais de ce que j imaginais être un corps à corps quasi mystique avec la chair de ma chair.

Puis A.est né.
Après un accouchement compliqué et une césarienne, il ne téte pas.
Je n’avais pas prévu la césarienne, la séparation post naissance et… le bébé qui ne parvient pas à téter.

Première « tétée « : 3 personnes au dessus de moi, je suis groguie, je ne peux pas bouger et on presse déjà mon sein tout en me pressant moi et A. sur l’urgence de la situation.
Car A. fait des hypoglycémies et on lui donne des compléments:  » Pas de biberon « . Je me répète, j insiste lourdement.  » Oui, mais vous êtes trop fatiguée. » On opte pour la cuillère puis la tasse. J essaie de montrer que je maîtrise mon sujet.
Ce complément est un déchirement.
Oui, c’est idiot.

La montée de lait s ajoute aux autres douleurs, doutes, frustrations.
J ai mal, aux seins, au dos, au ventre, j ai perdu plus de 10kilos et j ai une anémie assez importante. Le lait coule en permanence de mes seins tendus, on me pose des compresses d osmogel, on m aide à exprimer un peu de lait. Je pleure dans la salle de bains (après mon accouchement épique, je me trouve un peu ridicule).
Mon corps m est devenu étranger, si faible.
Je tire mon colostrum puis le lait avec un vieux tire-lait. On entre dans la chambre comme dans un moulin à vent, alors que je suis branchée au tire-lait. Même les visiteurs voient mes seins dans le couloir.
C est la désillusion.
Donc c est cela la maternité.
Accouchement très éloigné de ce que j avais projeté et allaitement qui est en train de m’échapper.
Mon fils est superbe, je l’aime mais je suis trop fatiguée pour le réaliser.
Je suis passée à côté des premiers jours.
Peut-être ma seule grossesse pour cette découverte brutale de la maternité.
Quand je marche essoufflée dans le couloir, quand je donne le bain, je trouve toutes les mères meilleures que moi, plus belles et plus épanouies.
Je culpabilise pourtant: il est si parfait, j ai presque retrouvé ma silhouette, mais de quoi je me plains ?

Chaque sage-femme ou auxiliaire de puériculture a un avis sur la prise de sein de A. On peut s acharner sur mon sein de longues minutes, A.pleure. Il glisse sur ces seins trop gonflés. On me repropose même le biberon, comme une évidence.
Stop.
Je ne veux plus qu’on force mon bébé à prendre le sein.
Je donne mon colostrum puis mon lait à la tasse sans demander d’aide. Je décide de poser A. au maximum sur moi, même si ma césarienne me gêne beaucoup. Il joue avec le sein quand il est calme. Je joins ma conseillère en lactation, je m’accroche, je veux allaiter. Le quatrième jour, une auxiliaire et une sage femme bidulent un DAL avec une sonde. Je ne les remercierai jamais assez.
Nous pratiquons le DAL au doigt.

http://www.lactissima.com/a-tire-d-ailes/une-solution-meconnue-au-refus-du-biberon/

Ce système sauvé mon allaitement puisque A. ne tétera pas avant ses trois semaines.
Que de doutes et de fatigue, d’envies de renoncement.
Toutes les deux heures, jour et nuit,  je tire mon lait que je donne à la demande avec la crainte de ne pas tirer assez ou à temps et celle de voir ma lactation baisser. ( entre temps. D. s est fracturé l épaule et je gère donc tout toute seule).
Ma sage-femme est soucieuse quant à mon état de fatigue. La moindre annonce de poids qui stagne me submerge d’angoisse, malgré les propos rassurants.
Si je n avais pas eu de soutien, de ma sage-femme et de ma conseillère en lactation,  j aurais sans doute tout balancé. Ou bien je me serais retrouvée à l’hôpital.

Il y a les gens qui ne comprennent pas que j insiste, mes seins sont trop petits, je suis trop mince, trop fatiguée, mes mamelons trop plats…
Et puis un jour…
Après trois semaines, un matin pendant que je me préparais, A. grognait un peu.
Allez, on essaie.
Je prends A., je m’assieds au bord de la baignoire. Le voici qui prend le sein. C’est notre toute première vraie tétée sous la lumière glauque de la salle de bain. Je pleure de joie.
Je suis aussi un peu inquiète. J’ai trois biberons d’avance dans mon réfrigérateur. Est-ce que je dois encore tirer mon lait?
Est-ce que nous sommes vraiment sur la bonne voie?
A chaque pleurs, D. me fait remarquer qu’il n’a peut-être pas assez au sein.
L’entourage ne se rend pas compte mais il est très rarement encourageant dans ces circonstances. Mais je persiste. Cela n’empêche pas les doutes, je fouille le net et j’allaite à la demande (là aussi tout le monde a un avis sur la fréquence des tétées…) en me fiant aux fiches de La Leche League.
J’aime voir le visage repu de mon fils et le lait qui coule à ses commissures.

Je revis.
Enfin, je peux sortir et je prends confiance en ma maternité.

Mais bientôt, les crevasses arrivent. Que dis-je, ce sont des ornières, des fossés, des gouffres.
Inconsciemment, je repousse le moment de la tétée parce que je hurle de douleur. Je pense même que je vais perdre un bout de mamelon.
Là, encore, j’insiste. Cela va passer forcément. Tout passe.
Je mets de la crème Melectis et puis j’achète un tube de lanoline des laboratoires Lansinoh, j’applique des coquillages d’allaitement et la nuit, je laisse mes seins à l’air.
Là encore, il m’a fallu pas mal de soutien.

A. a aujourd’hui six semaines mais les crevasses commencent à se résorber. L’allaiter est devenu une joie. Nous pratiquons toutes les positions et tout semble enfin se réguler. Il a pris 800 grammes en vingt jours. Je me repose enfin.
Voilà, je découvre ce que je voulais de l allaitement: m’arrêter sur un banc et nourrir mon enfant, le voir s’accrocher à mon sein.
Et puis apprendre à aimer. Non, mère ne suppose pas un attachement inné à son enfant, ce qui est assez déroutant quand on a expérimenté un long désir, il y a une forme d instinct mais l’amour se construit.
Nourrir au sein, et y parvenir, m’a aidée à me construire comme mère: il existe une sorte de symbiose, un langage biologique invisible entre lui et moi, que je perçois maintenant après six semaines et depuis que je me fais confiance. Il faut apprendre à lâcher prise et à se fier au cerveau reptilien. Celui qui t’indique que ton enfant a faim 10 minutes avant ses larmes même en son absence.
Ce fourmillement dans tes seins.
L’odeur de sa peau qui remplit ta poitrine.
Son apaisement quand il dort contre le sein.

Il y a une grosse contradiction dans la prise en charge de l allaitement en France aujourd’hui. On ne peut pas le promouvoir en étant aussi ignorant de ce qu il implique ou en restant sur les bases de l’alimentation par lait industriel.
Toutes les trois heures n a pas de sens dans un allaitement à la demande et allaiter n’est pas que nourrir.

Je n ai jamais autant compris le nourrissage par biberon que depuis que j allaite.  Avant, je ne faisais pas de prosélytisme en la matière. Je ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui une réelle supériorité nutritive du lait maternel sur le lait artificiel. En revanche, je suis convaincue qu’allaiter doit être un vrai choix pour ne pas être vécu comme une aliénation.
Je suis plutôt du genre hyperactive et anxieuse : me voici condamnée à suivre le rythme imprévisible d un nourrisson. Ses besoins en nourriture, ses douleurs, ses peurs. Ma peur de ne pas assouvir un de ses besoins. La peur de faillir dans mon rôle de nourrice. Le sentiment d’être prisonnière puisque ce rythme est à l’inverse de la liberté que je prône. Oui, allaiter suppose de se mettre à l’écart, d’une certaine manière, des rythmes de la société.
Pour moi, la tranquillité vantée par la Leche League n est pas du côté de l allaitement. Il n est pas qu’épanouissement, bien au contraire. Il peut même être très douloureux au moins les premières semaines.

J ai aussi beaucoup souffert des remarques. Soyons honnête: allaiter jouit actuellement d une très bonne image dans l opinion publique.
Toutes les trois heures.
Dans une pièce séparée.
Jusqu’à 6 mois.
Quand tu as un certain gabarit.
Je mets mon enfant au sein avant qu il ne pleure, je dors contre lui toutes les nuits ( berceau Next to Me de Chicco), je compte allaiter strictement jusqu’à 6 mois et poursuivre jusqu’au sevrage naturel.
Sentir mon petit en dormant en collant mon nez sur sa tête, l’odeur du lait et de nos corps maintiennent des montées de lait impressionnantes.
Je suis donc classée parmi les mères possessive et castratrices éduquant des enfants capricieux et dépendants. Je n ai sûrement pas un lait de qualité vu mon poids à la moindre colique ou tétée rapprochée.
J ai fini par mentir à mes proches pour ne pas avoir à me justifier sans arrêt. Ou bien j’encaisse. Ou bien je milite pour le respect de mon choix.
« Ton lait n’est pas assez nourrissant »
« Arrête de le couver »
« Il n’a pas faim, il te fait du chantage »
« Donne lui une tétine »
« T’en as pas marre de l’avoir pendu à toi comme ça tout le temps? »

Allaiter est essentiellement instinctif.
Mais la société, dans son fonctionnement normatif, cherche à le rationaliser. Il n y a rien à rationaliser. C est une histoire d amour entre une mère et son enfant et la passion n a pas de normes.
Quelques connaissances de base suffisent pour allaiter:
– Les signes d une succion efficace ( positionnement lèvres, menton, joues gonflées)
– La lactation est une affaire d’offre et de demande : plus on donne, plus on produit.
– La composition du lait varie au cours d une tétée ( utile pour certains troubles digestifs) : il faut donc veiller à ce que le bébé reçoive régulièrement  le lait de « début » et de « fin » de tétée ( le sein est alors « mou »).

Après, tout est affaire de couple mère/enfant et en l’absence de problème de prise de poids ou de santé du bébé, il n’y a pas lieu de s’inquiéter sur la manière dont on mène son allaitement.

Un bébé peut apprendre à téter même après plusieurs semaines à condition de ne pas perturber ses réflexes de succion: ne pas céder au biberon si sa volonté profonde est d allaiter.
Il ne faut se fier qu’à une personne spécialisée en allaitement : une conseillère en lactation de La Leche League ou bien tout autre personne possédant un diplôme universitaire adaptée ( certains pédiatres le passent).
En cas d’interrogations, on peut consulter le site de La Leche League ( non que je fasse de la publicité mais c’est réellement un site de référence).

http://www.lllfrance.org

Pour la médication en cours d’allaitement, on peut consulter le site du CRAT  qui s’intéresse aux effets tératogènes des différentes molécules.

http://www.lecrat.org

Et vous, les arrivées en gare de destination, comment vivez-vous l’allaitement?