Le cinquième mois, mon poids, le sport, la bouffe, l’exil.

Certes, je n’écris pas beaucoup ces derniers temps. Une grossesse se vit finalement plus qu’elle ne se raconte. Je crois qu’aucune langue au monde n’est encore parvenue à inventer les mots justes et les métaphores suffisamment puissantes pour traduire ce qu’implique cette aventure.
Je vais essayer de vous dresser un petit point sur la situation quand même. Parce que j’ai un petit besoin de le partager. J’ai quelques articles « sérieux » sous la botte et j’espère trouver le temps de vous les rédiger avec application.
Et puis, je traverse des émotions pas toujours évidentes en ce moment et je ne vais pas vous laisser au milieu de mes interrogations un peu tristes.

Petit Pois s’est mu en Petit(e) Gourou(te).

Il bouge, il bouge, il bouge, il bouge. C’est bien simple, quand je ne le sens pas plus de deux heures, il suffit que je pense à lui pour qu’il fasse un triple salto. Je suis capable de dire à ma sage-femme où il se situe et où il est positionné.
On se parle, on se touche, bref, on s’aime.
Etrangement, la nuit, il me laisse divinement dormir du sommeil des Justes.

J’ai enfin inauguré le carnet de grossesse de Petit(e) Gourou(te)

Mais j’ai toujours du mal à me laisser aller pour écrire dedans. Je ne sais pas si c’est une fausse pudeur ou la retenue ou une fuite en avant ou le manque de temps.
Un peu de tout.

J’ai acheté le tee-shirt que je voulais depuis le début de mon parcours PMA.

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J
‘espère que vous pourrez toutes et tous vous l’offrir !

Je suis toujours hyperactive

J’ai quand même demandé à ma sage-femme si je pouvais retourner courir. Réponse négative. Je fais des pilates. Je fais des randonnées. Je culpabilise….

Je vis toujours dans une chambre d’internat à 100 km de chez moi.

Et je le vis bien.
Mes élèves sont extrêmement bienveillants ; pour ma part, je les aime beaucoup.
Je reste dans ma bulle ; je vais me promener dans des coins paumés
Et je travaille, travaille, travaille….
Le bonheur.
Malgré cela, j’ai peur de ne pas avoir le temps de tout faire, le mur à enduire, le nid d’ange à tricoter, l’agrégation à préparer, la cour à aménager, la fiche à réviser de telle classe….

La nourriture me pose toujours problème mais « je gère »

La sage-femme n’est pas inquiète pour mon poids ; c’est vrai que j’ai l’impression de me priver ou de ne pas « profiter » mais je m’alimente correctement et suffisamment, même si c’est au prix de quelques frustrations.
J’arrive même à me plaire, même si c’est davantage mes brindilles de jambes que mon ventre qui me font cet effet.
Le but est de ne pas être plus mince après avoir accouché qu’avant pour ne compromettre ni ma récupération ni l’allaitement.

A chaque semaine, sa lubie

En ce moment, c’est l’âge et le poids minimaux pour tenter une réanimation chez un prématuré

Je pleure au moins deux fois par jour, en particulier sous la douche

En me disant, je suis enceinte, je l’ai fait, je suis enceinte et si tout se passe bien dans quatre mois, je vais avoir un enfant.

Je ne ressens aucune angoisse à l’idée d’accoucher

mais ça changera peut-être.

Je suis partie en week-end en Bourgogne 

Et on a pu dormir en peau à peau avec mon conjoint. Il a pu se blottir contre son petit pioupiou.  Il est un peu gêné. Il a le sentiment de s’immiscer dans une relation privilégiée, que ce n’est pas encore son tour.J’ai fait des églises romanes à tour de bras et je me suis épanouie au soleil.

Je refuse de passer aux caisses prioritaires

de peur de faire ma PB. Comme j’ai envie d’ajouter, c’est un bébé PMA à chaque fois que je crois que je franchis la limite PB.

Globalement, et pensées à Miliette, mis à part la nourriture, je profite.
Même si je ne trouve pas assez le temps à mon goût de rester avec la main sur les mouvements de mon Petit Gourou ; même si je ne prends pas une photo de mon ventre toutes les semaines comme je voulais ; même si parfois la nostalgie m’étreint à l’idée que je ne sais pas si je pourrai en avoir un autre ; même si parfois une irrépressible angoisse de le perdre me saisit sans raison.
J’aime beaucoup être enceinte.
Je suis heureuse.

Je vous embrasse très très fort et vous envoie une grosse brassée de soutien, de bises et d’affection.

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« Maman est malheureuse… »

La salle est grande et dégage une atmosphère de solennité propre aux lieux réservés à la justice. Je me sens comme une petite chose écrasée par le poids de la vertu cardinale. Dans cette pièce baignée par un pâle soleil de novembre, le velours cramoisi des fauteuils s’accorde au chêne doré  de l’estrade et se reflète sur l’imposante cheminée Renaissance.
Nous sommes à des dizaines de mètres, en contrebas, citoyens justiciables sous l’épée aveugle et équitable.
Je ne le sais pas encore mais je suis enceinte de quatre jours. C’est fou mais je ne le sais pas encore.

Audience de 15h30 dans ce bâtiment qui a fait et défait mon enfance. Aujourd’hui, mon père est à mes côtés. Nous sommes demandeurs tous les deux.
La cloche tinte, les juges rentrent et nous nous levons, fidèles au protocole.
Comme des lions en cage, les couples frappés par la discorde tournent et retournent. Ils exécutent la chorégraphie de l’ignorance et du déchirement, chronique des affaires familiales du désenchantement.
Une à une s’égrainent les affaires du jour. Chacun s’en tient à une stricte symétrie axiale. Pourtant, leurs corps se sont mêlés un jour et puis cet espace s’est mû en vide tenu par quelques particules de froide colère.

Moi aussi, je me suis tenue diamétralement opposée à mon père. La salle sent encore ce jour où il est venu saoul à l’audience de la révision de ma pension alimentaire.
C’est dans le bureau, derrière, que mes parents se sont déchirés un mois de février 1995.
Il aura fallu des années, que je me meure sur un lit d’hôpital, plusieurs cures de désintoxication pour qu’il essaie de me faire rire face à mon indicible mais palpable tension de ce jour de novembre.

Nous demandons d’annuler le jugement de ma pension alimentaire. Une ironie, lorsque l’on sait les déchirements qu’elle a provoqués. Elle m’est versée par saisie sur salaire, saisie demandée par ma mère et donc non annulable auprès de l’huissier en mon nom.
Elle est tout ce qui me rattache à cette enfance tourmentée.

Après plus d’une heure d’attente, nous pénétrons dans une pièce sombre qui contraste avec la clarté lumineuse de la salle d’audience.
Le juge est froid, la greffière sourit.
Ma mère est le défendeur ; elle n’est pas venue. J’étais terrorisée à l’idée qu’elle puisse venir ; qu’elle me fasse perdre mon sang-froid et que je me montre faible quelques jours après cette insémination que je pensais perdue. Dans les mains du juge, je devine une lettre longue, emportée, qu’il n’évoque qu’en un demi-mot : « Vous n’avez que peu de relations avec votre mère? »

– Aujourd’hui aucune.

Qu’aurais-je pu lui dire ?
Que je n’aime pas ma mère et que je n’en éprouve aucune souffrance?
Que ma vie a commencé quand j’ai cessé de la côtoyer ?

Bien sûr, elle m’a allaitée, nourrie, soignée, mise au monde sans péridurale.
Bien sûr, elle a été fière de mes résultats scolaires.
Bien sûr, elle disait à qui voulait bien l’entendre que j’étais jolie et intelligente.

Je lui aurais raconté comment elle s’était posé la question d’avorter quand elle avait su que j’étais une fille, elle qui ne s’était projetée qu’avec un garçon.
Je lui aurais raconté comment elle m’a élevée comme un garçon, me forçant à garder les cheveux courts des années durant.
Je lui aurais raconté comment j’ai été droguée aux calmants parce que je ne dormais pas bébé.
Je lui aurais raconté comment elle m’a tenue à trois ans par une jambe au-dessus de la balustrade du troisième étage parce que je n’avais pas été « sage » cet après-midi.
Je lui aurais raconté la peur au ventre quand lors de ses crises, elle me cognait dans les murs et qu’elle me passait sous la douche froide parce que hoquetant de frayeurs et de sanglots, je lui implorais d’arrêter.
Je lui aurais raconté le silence familial, les chutes diplomatiques pour expliquer les bleus quand j’étais en vacances.

« Maman est malheureuse »
« Maman est malade »
« Maman ne va pas bien »

J’aurais voulu leur dire que moi aussi, j’étais malheureuse. Malheureuse de voir mon père désabusé se réfugier dans l’alcool.  Malheureuse de voir débouler le médecin de garde à trois heures du matin injecter du Tranxène à ma mère. Malheureuse de l’entendre ramener des hommes à la maison quand mon père était de planton.

Mes parents ont divorcé, ma mère a eu ma garde et tandis que mon père plongeait dans un alcoolisme chronique; à 10 ans, je suis devenue responsable de ma mère.
On venait me chercher en classe pour me dire que ma mère était encore à l’hôpital.
Elle a abandonné mon chien dans les bois pour que son amant vienne s’installer avec le sien à la maison.
Elle a couché avec mon père quand il m’a ramenée, un jour, j’étais dans la pièce à côté. Mon père est reparti et elle m’a dit « il baise toujours aussi mal ».
Une seule fois, une assistante sociale est venue à la maison suite à un signalement et j’ai dit que tout allait bien. Je voulais juste qu’elle m’aime.

Au milieu de cet hiver, mes invincibles étés étaient les vacances chez mes grands-parents.

Et puis la parenthèse enchantée a été mon beau-père et la naissance de ma soeur que j’ai protégée de mon mieux.
Tout semblait résolu. Le passé semblait envolé, enterré. Et en même temps, je gardais au fond de moi ce terrible passé ; on me disait volontiers angoissée, malade, fragile.
Ma mère avait trouvé cet équilibre dans cette relation, son rôle maternel : ma fille est fragile.
Et puis quelques mois après la naissance de ma soeur, tout a recommencé.
On a rejoué la comédie « Maman est malheureuse » avec la nuance « à cause de toi, parce qu’elle se fait du souci ».
J’étais au lycée. J’ai été prise dans une brillante classe préparatoire parisienne et je suis restée là parce que « tu es trop fragile pour être loin de moi ».

Ensuite l’anorexie dont j’ai parlé dans un précédent article, l’indépendance avec D. et ma psychothérapie, les retrouvailles avec mon père sobre depuis plusieurs années et mon appétit de la vie.

Je vais avoir trente ans.
J’ai un travail que j’aime et je vais à nouveau passer l’agrégation.
je vis avec mon conjoint depuis onze ans.
J’ai un appartement à mon nom.
J’ai mon permis.
J’ai une graine de sésame surprise qui a souri à mon ventre.
Ma vie a commencé à plus de vingt ans,  ce soir où je lui ai dit que je ne voulais pas être comme elle.

Bien sûr, elle m’appelle encore régulièrement pour me dire qu’elle m’aime, qu’elle est malheureuse.
Mon beau-père a divorcé et ma soeur a refusé d’obtenir un droit de visite chez elle.
Elle a abîmé deux enfants, allaités, mis au monde sans péridurale, nourris, soignés, bien éduqués.

Je ne considère pas que donner la vie fasse des femmes des héroïnes parce que cela ne suffit pas.
Les enfants ne choisissent pas les ventres où ils s’installent.
Une mère n’est pas plus sacrée qu’une autre personne ; elle n’est pas toujours un croisement de super-héros et de princesse ou une femme dévouée corps et âme à ses petits.

Aujourd’hui, c’est moi la mère potentielle et je ne sais pas ce qu’est véritablement une mère.
Je crois que je sais aimer ; je sais donner du temps, avoir la patience ; mais je n’ai pas de modèle.
Je vais devenir mère ; je suis mère et je suis là, adulte, construite et si fragile à l’intérieur.

Bordel, j’ai peur.
Pas peur d’accoucher, pas peur de changer les couches, pas peur d’allaiter.
Confrontée aux faillites familiales dans mon métier qui me renvoient avec plus ou moins de gravité à ma propre histoire , j’ai peur d’être cette mère mal aimante ; j’ai peur de ne pas savoir aimer.

 

« Je suis venue te dire qu’il faut que l’on se quitte » (lettre à mon anorexie)

 » On a fait un long chemin ensemble. Tu es un peu comme l’amant destructeur avec qui l’on croit pouvoir avoir beaucoup de plaisir avec des conséquences indicibles ; tu es un peu comme le compagnon de l’ombre , l’ami qu’on rappelle quand plus rien ne va ; tu es un peu aussi comme le sex-friend  pas très réconfortant qu’on recontacte après une rupture. Dix années de vie commune, avec des hauts et des bas. Je te dois l’année de mes vingt ans passée dans cet hôpital ; je dois deux sondes naso-gastriques et pas mal de douleurs. Je te dois aussi cette force de vivre puisée tout au fond de ce qu’il me restait d’encore un peu chaud au fond de mes tripes. Je te dois d’avoir réussi professionnellement. Je te dois cette rage de vaincre qui m’a habitée dès que j’ai décidé de survivre. Je te dois de m’être libérée de ma mère, cet être qui me détruisait. Je te dois d’être devenue une femme, d’être devenue quelqu’un, d’être devenue moi. Peut-être que sans ce que tu m’as révélé sur moi ; je n’en serai pas là aujourd’hui. Alors c’est vrai, au départ j’avais un peu honte de notre relation ; t’as été l’ami pervers, l’ennemi et puis l’ami avec qui on fait la paix. Au fond,aujourd’hui je peux te l’avouer,  je n’ai jamais effacé ton numéro de mon répertoire. Des fois, je parcours mes contacts et je suis à deux doigts de t’appeler ; mais voilà, je sais bien qu’on a vécu ce qu’on avait à vivre ensemble ; recommencer, ce serait se faire du mal ; ce serait briser la paix.

Néanmoins, j’avais encore quelques petites choses sur le coeur à te dire. Parce que oui, je suis venue te dire qu’il faut que l’on se quitte. Je ne peux plus monter en catimini sur la balance et pleurer sur les chiffres ; je ne peux plus dépendre d’une pesée volée au détour d’un rv ou d’un lavage de mains dans la salle de bains d’inconnus ; je ne peux plus passer mes journées à compter ou à tourner comme un lion en cage parce que je n’ai pas pu sortir faire du sport. Je ne peux plus avoir envie de toi.

Tu vois, il y a des grammes qui sont plus importants que d’autres. 150 petits grammes présentement. 150 tout petits grammes durement acquis. 150 petits grammes qui prennent beaucoup de place. Qui n’ont rien de superflu. C’est avec ces 150 petits grammes que j’ai envie de vivre désormais. Lutter contre les kilos et lutter pour d’autres kilos, c’est presque une ironie de la vie…

Maintenant, il y a autre chose, une autre histoire d’amour qui prend ta place.. Non, ne sois pas triste ; tu vois c’est juste que j’ai changé ou plutôt j’ai grandi, enterré la petite fille. Je pense que tu ne me reconnaîtrais plus vraiment.

Voilà, j’ai préparé tes vieilles affaires que j’avais gardées précieusement. Je voudrais que tu viennes les chercher et que tu partes doucement, sans claquer la porte. Je te tiendrai la main ; je t’embrasserai à la volée et puis tu t’en iras sans te retourner. Tu sais bien que nous ne devons pas pleurer. »

Quand j’ai été hospitalisée pour la première fois, il y a dix ans, en unité de psychiatrie pour mon anorexie, il y avait une jeune professeure des écoles qui était là. Elle mangeait seule  en chambre avec une infirmière. Elle avait un petit garçon de dix-huit mois qu’elle n’avait eu le droit de voir qu’à partir de 41 kg. C’était au mois de janvier et elle avait passé Noël seule dans cette unité parce qu’elle n’avait pas atteint l’objectif. Pendant la semaine, elle avait obtenu le droit de manger le dessert en salle avec les autres. Je me souviens du cône glacé, de son air dégoûté contenu et j’ai ressenti exactement la même chose, quand, deux années plus tard, j’ai totalement cessé de m’alimenter. Enceinte, elle avait perdu 4 kg. Je me rappelle que son fils avait un gros problème de vue mais je ne sais pas si c’était lié à l’état de sa mère. J’avais détesté cet hôpital, détesté qu’on décide à ma place, détesté le traitement des patients.

Je repense souvent à elle depuis mon tout début de grossesse. A cette paix que j’ai signée avec mon corps. N’était-elle en fait qu’un simple armistice ?

L’alimentation est au coeur de la grossesse : toxoplasmose, listériose, vitamines, apports de ci, apport de cela, contrôle de la prise de poids. On nous inonde de prescriptions extrêmement précises sur la répartition du poids, sur la consommation de ci de cela…. Même dans la valise d’accueil, on y a droit : « Attention à la prise de poids ».

Poids à prendre, à quel moment, en quelle proportion, ni trop, ni trop peu…

STOP. Quand je me prive d’un aliment que j’aime pour cause de listériose ou de toxoplasmose ; je ressens cet étau qui se serre au fond de mes tripes. La frustration de l’anorexie et cette sourde satisfaction vicieuse de surmonter l’envie ; bref, des émotions que je croyais enfouies à tout jamais. Comment être sûre que ce que je mange est bien dépensé ? Rien ne m’angoisse plus que de ne pas décider de ce que je mange ( quand je vais en séjour ailleurs, quand je voyage, quand je dépends d’un repas que je n’ai pas préparé)

Les angoisses ont refait surface dès le premier mois… Dans le miroir, je vois ce que je ne suis pas ; envie de me dissimuler, sentiment d’être envahie, impression de promener un corps qui ne m’appartient pas. Pour une montée sur la balance et 1,5kg en 5 semaines de grossesse…. Mon IMC de départ est de 18,8,  sans effort, en mangeant presque tout ce que je veux. Deux mois plus tard, j’ai tout reperdu et même un peu plus en revenant à un poids légèrement inférieur à celui de départ. Autre angoisse : est-ce que je ne mange pas assez sans m’en rendre compte? Car oui, ne pas prendre de poids me soulage, me donne un sentiment de toute puissance alors que le sentiment de toute puissance devrait être celui de donner la vie. Bon, et puis début de quatrième mois, ça y est, j’ai repris 1,5 kg. Ces chiffres qui dansent , l’absence de contrôle. Les chiffres. Se peser : Est-ce que je suis allée aux toilettes avant ? Est-ce que j’ai bu? Est-ce que c’est le poids de mon collier ? Recalculer en fin de journée les calories ingérées ; déduire les dépenses caloriques ( métabolisme de base + grossesse + efforts physiques) ; aller sur internet pour calculer la dépense calorique induite à telle semaine de grossesse, chercher des indices sur le fonctionnement de la thyroïde, le poids de l’utérus, du foetus, du volume sanguin.

Et puis les gens …. « j’ai pris tout d’un coup, tu verras ». Sans compter celles qui se plaisent à te raconter leur prise de poids, la déformation de leur corps. Les charmantes : « Si tu grossis pas, ça ne compte pas! » « Tu le mets où ? » Les flippantes : « Si tu ne grossis pas, il va être tout petit, tout malade, tout… »

J’ai peur…. J’ai tellement peur de réfléchir à ce que je mange, peur de perdre le contrôle sur mon corps, peur de manger un truc qu’il ne faut pas, de manger trop, de ne pas manger assez, peur de devoir être alitée…

La grossesse replonge une anorexique dans toutes ses angoisses les plus profondes : – relation à la maternité – relation au corps, – contrôle et maîtrise du physique – maîtrise de l’hyperactivité – réflexion sur la composition des repas – frustration alimentaire Je regarde mes assiettes avec anxiété. Je n’ai pas l’impression de manger pour mon foetus, par plaisir : toute assiette est suspecte. Assez équilibrée ? Fraîche? Il se passe quelque chose dans mon corps sur laquelle je n’ai aucune prise; c’est lui qui décide si je suis fatiguée, si j’ai mal, si le foetus reste ou s’en va. Est-ce que l’amour peut vaincre les démons? Est-ce que je suis aussi un embryon de mère assez aimant pour être aussi tourmentée ? Pourtant, j’aime ce petit arrondi qui se dessine sous mon nombril, les seins plus lourds. le plus dur, c’est vraiment la perte du contrôle, des chiffres, de l’appétit, du corps. J’ai tout de suite évoqué mon parcours avec la sage-femme. Elle ne m’a pas fait la morale, ne m’a pas mise en garde. Elle m’a juste laissé m’exprimer. Elle m’a dit que j’étais capable d’expliquer, de mettre des mots et que je serai capable de demander de l’aide si j’en avais besoin. J’ai encore un peu honte de mon hyperactivité ; mais je sens que dans mon esprit l’amour que je ressens pour mon futur enfant est plus fort que les restes de la maladie. Pourtant, hier, en allant marcher 8km, une douleur sous l’utérus ne m’a pas arrêtée et j’ai beaucoup culpabilisé à cette idée. J’essaie de multiplier les petites marches rapides pour compenser les grandes marches auxquelles je m’astreins deux fois par semaine. De l’extérieur, personne ne remarque rien. Je suis juste la petite nana enceinte, sportive et menue, qui mange correctement et qui continue à s’entretenir. Mais moi, je sais que ça n’est pas ça. Lundi, je me pèse. Entretien du 4e mois. Et j’ai presque autant peur de ça que de ne pas trouver le coeur de mon enfant. La faim, la nourriture, la frustration, le poids, l’envie. Je suis venue te dire qu’il faut que l’on se quitte. Je suis venue te dire qu’il faut que l’on se quitte. Je suis venue te dire…

Le Tri-test, les probabilités et l’anxiété (édit)

J’avais pas envisagé cela.
La fausse-couche, la mort intra utérine, les résurgences anorexiques, la peur de ne pas être affectivement à la hauteur, je l’avais envisagé.
Pas le Tri-test pseudo-vaseux.

Je commençais à lui parler dans mon ventre, à m’endormir la main contre mon ventre, à faire équipe (mais je n’ai toujours rien écrit dans son carnet) et puis cette prise de sang est venue tout ébranler.

Le Tri test est donc une prise de sang qui évalue le risque de porter un enfant porteur d’une trisomie 21. Les taux de deux marqueurs sont combinés à l’âge et à la clarté nucale pour déterminer une probabilité.
Ce n’est donc pas un diagnostic mais une manière de classer les femmes enceintes dans une population à risque.
Quand le risque est de 1/250, on propose une biopsie du trophoblaste ou une amniocentèse en fonction de l’avancement de la grossesse. Ces deux gestes permettent d’établir le caryotype de l’enfant et permet donc un diagnostic certain. Mais il existe un risque infime mais réel de fausse-couche ( difficile à estimer car il tient aussi à la maîtrise technique du personnel médical).
Parmi ces personnes, on estime que plus de 95% portent un enfant non atteint de trisomie.

Depuis 2009, on pratique préférentiellement un Tri-Test au cours du premier trimestre car il est plus fiable que l’ancien effectué au second trimestre. L’ancien entraînait davantage d’amniocentèses et donc de risque de perte foetale.
Il s’agit de doser la fraction libre de la B HCG et la PAPP-A, une hormone sécrétée par le placenta.
Lors d’une grossesse, le taux de BHCG diminue et la PAPP-A augmente ( il s’agit de la mise en place du fonctionnement placentaire).
On a remarqué que dans le cadre d’une grossesse au cours de laquelle l’enfant est trisomique 21, souvent, le taux de BHCG reste élevé et celui de la PAPP-A s’abaisse.

Les résultats sont exprimés en écart par rapport à la médiane.
Décodons:
On prend tous les dosages sanguins des femmes non porteuses d’enfants trisomiques et on fait une médiane. Plus on s’écarte de cette médiane, plus le risque d’une grossesse pathologique est élevé.

Selon l’écart et selon les variations, on peut déterminer un risque accru, non seulement de trisomie 21 mais d’ autres trisomies ou affections de la grossesse.

Pour la trisomie 21, mon risque est d’1/568. C’est très bien.
Ma clarté nucale et mon âge font basculer le résultat du bon côté. (sans compter la présence des os propres du nez.. etc)
Mais mes marqueurs sériques ne sont pas très bons : PAPP-A basse ( 0, 37 de la médiane) et BHCG élevée ( 1,98 de la médiane).
Au départ, j’avais juste les chiffres…. et j’ai regardé sur internet…. J’aurais pas dû.

J’ai donc passé un week-end très angoissé. J’ai rappelé mon centre périnatal ce matin en essayant de jouer la fille pas trop anxieuse (visiblement, c’était raté).
Une PAPP-A basse entraîne une élévation du risque de RCIU, de MFIU, de prééclampsie. D’accord, dans 85% des cas, il n’y a rien.
Mais je ne vois que les 15% moi…..
La sage-femme m’a donc dit que le seuil d’inquiétude est à 0, 20 de la médiane et que l’on vérifiera la vascularisation du placenta ainsi que la croissance du foetus mais que ces variations hormonales ne la tracassaient pas davantage.

Bien entendu, j’avais fait 5heures de train en courant de Gare de l’Est à Montparnasse avec mes bagages ; j’avais refusé de prendre le tapis roulant (pour faire du sport) alors le soir ça tirait un peu partout ; bref, je me suis fait des films d’horreurs de vendredi à ce matin. J’espère profiter de mes quelques jours en famille dans l’Ouest.

Depuis, j’essaye de me reconnecter avec mon petit lapin/ Petit Pois/ Mc Gyver/Némo/l’Habitant.

Tout ceci pour vous dire que si vous acceptez le Tri-Test, attendez que votre médecin vous en donne l’interprétation car vous n’aurez que les valeurs brutes et ces valeurs brutes restent nébuleuses sans une lecture éclairée d’un praticien. Sur mon compte-rendu, même si je pense être quelqu’un d’assez futé, on ne lisait que : seuil d’évaluation retenu 1/250 que j’ai d’abord pensé être mon score…. (d’ailleurs, je pense sincèrement que dans ce cas précis, soit tu envoies tout à la patiente soit tu n’envoies rien du tout…)
Et n’oubliez pas que même dans les dosages hors-normes, 95% des grossesses sont non-pathologiques.

EDIT : l’une d’entre vous et je suis désolée car je ne me souviens plus qui ( je crois que c’est Biquette de mémoire)…. m’avait conseillé de consulter les forums « echofoetale ».
Après avoir lu et relu et refouillé les sujets, il apparaît que le seuil pathologique est de 0, 20   MoM pour les deux dosages.
Pour la PAPP-A, il apparaît qu’une « petite » surveillance des risques RCIU, pré-éclampsie, doit être réalisée en dessous de 0,40 MoM sans tomber dans la parano.

MAIS BON SANG, C’EST QUAND QU’ON « PROFITE » ? 

Un peu de dépaysement live from Saint-Malo pour finir :

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Bon oui, ils faisaient tous la tête.

12 sa et la « valisette »

L’ échographie du premier trimestre a donc eu lieu.
J’ai bien entendu été malade trois jours avant parce que j’ai eu un épisode de fièvre et que j’ai décortiqué le net.
Ma sage-femme, qui est absolument géniale, est tout de suite passée aux festivités.

L’écran s’est allumé et il est apparu : il avait grandi et j’ai de suite trouvé ce petit scintillement.
J’ai regardé la sage-femme ; j’ai souri  et je lui ai dit : « Bon le coeur bat, c’est bon, je me rhabille et je m’en vais ».
Mon foetus était dans une position totalement improbable et c’était l’heure de la sieste. D a donc dit qu’il était têtu comme sa mère et que c’était bien un enfant d’enseignant parce qu’il faisait déjà grève.
Après quelques stimulations, car ma sage-femme est à ce point géniale qu’elle évite tout examen intrusif surtout après un parcours PMA, on se serait cru devant un de ces films asiatiques que j’affectionne tant, un mix entre Tigres et Dragons et Flipper le Dauphin.

On a compté les doigts, écouté le bruit de son coeur pour la première fois et je regarde souvent la photographie de l’échographie sur mon portable.

Je ne sais pas ce que je ressens exactement.
Mon ventre est toujours aussi plat et j’ai perdu un peu de poids (il faut dire que mes TCA ont un peu réapparu mais la perte s’explique aussi par les nausées, j’en reparlerai dans un article si je trouve les mots pour le faire).

J’ai énormément de mal à me projeter comme femme enceinte et à imaginer ce petit être au fond de moi. J’ai encore un peu le sentiment d’être en PMA ; c’est -à-dire d’aimer un être que j’imagine mais comme inatteignable ; d’être un peu comme dans un rêve, une nuit douce et cotonneuse parce que je sais que je suis enceinte ; bref, je me sens un peu perdue certains jours. En revanche, je me sens vraiment portée par un amour et une préoccupation inconditionnels.

Du coup, malgré cette grossesse, je me sens toujours aussi éloignée du monde des « mamans » et même des « femmes enceintes » et toujours aussi proches de toutes les femmes.
Je ne me sens ni héroïne, ni transformée, juste chanceuse et heureuse timidement. Je n’ai pas le sentiment d’avoir une autre place dans la société. Ce n’est pas une fierté ; c’est juste une rencontre entre moi, mon conjoint et un petit être tellement désiré, qui fait son chemin, lentement.
Je suis retournée sur des blogs au hasard parce que je cherchais des informations et j’ai ressenti exactement la même chose que des semaines auparavant quand mon utérus était vide.  Agacée par les « bidous », les plaintes, les débats, le côté Wonderwoman du quotidien. Rien à faire, je ne bascule pas dans le monde de la guimauve et je commence à me dire que je suis peut-être anormale. Désolée, mais je ne parviens pas à appartenir à m’identifier à un groupe de femmes qui vivrait une expérience initiatique ; je peux pas vous dire que les nausées c’est terrible alors que ma seule angoisse c’est de me demander si « la petite merveille » (dixit la sage-femme) va bien.
Je suis toujours aussi gênée de dire que je suis fatiguée ou nauséeuse surtout avec une collègue qui a des difficultés à avoir un enfant. Quand j’en parle, je me sens impudique comme ces femmes enceintes que je honnissais en mon temps.
J’ai l’impression de mentir quand je dis « Je suis enceinte » ; surtout quand mon physique reste inchangé.
Dans la salle d’attente de mon centre périnatal, je me sens étrangère et j’ai du mal à comprendre qu’on me parle à moi en tant que future mère. Je grommelle contre les magazines, les futilités, la pub qui a envahi la boîte « cadeau » qui accompagne la déclaration de grossesse. Tout ceci me paraît suranné, superficiel.
Je reste dans une bulle.

Je crois qu’il n’y a pas que mon parcours PMA , qui fut bien mince au final.
Je suis peut-être vraiment une sociopathe qui s’ignore.
Ou c’est juste les séquelles d’une enfance chaotique et d’un long déni de ma possibilité d’être mère , le fait que je m’étais persuadée qu’aucun enfant ne pouvait me choisir moi pour être sa maman.
Ou bien si, je suis une psychopathe.

Je l’ai enfin annoncé au monde entier (sur les réseaux sociaux, comprenez) pudiquement et j’ai eu une envolée de voeux qui m’a émue ; moi qui craignais que ce bébé ne soit pas si attendu que cela, notamment en raison de l’âge de mon conjoint. Cela m’a beaucoup aidée à m’apaiser. Il y avait des personnes qui me suivaient discrètement depuis tous ces mois d’essai… On n’est pas si seuls que cela au final.

Je publie moins mais je vous lis TOUS les jours. Je pense très fort à vous.

Je voudrais te dire que je t’aime

Je voudrais coincer ma bulle en pensées contre ta toute petite bulle à l’intérieur de moi, là dans l’ombre de mes entrailles.
Je voudrais savoir à chaque seconde si tu vas bien , sentir ton minuscule palpitant contre le mien.

Je voudrais te demander pardon.
Pardon de ne pas t’appeler autrement que « l’embryon », pardon de ne pas avoir cru en toi,  de douter encore, de toi, alors que tu nous as fait l’immense confiance de te nicher dans mon ventre.
Pardon de ne pas réaliser que tu es, toi, issu de sept petites paillettes décongelées pour FIV ICSI, que tu es un début de vie comme tous les autres débuts de vie.
Pardon de m’être dit : « Ne t’attache pas, son coeur va s’arrêter et il va s’en aller ». Pardon d’être allée courir en me disant, quelque part dans le coin de mon esprit, que tu ne pouvais pas être, que je ne te mérite pas, moi que la maternité laisse pleine d’interrogations.

Je voudrais mettre la main sur mon ventre et te parler ; mais je n’y arrive pas.
Je voudrais écrire dans ce carnet que j’ai acheté, photographier ma silhouette régulièrement ; mais je me sens immobilisée.
Le temps s’est arrêté et il avance cependant dans un long décompte vers la sécurité.
Je te sens si fragile au bout hypothétique de ce parcours PMA, bien court néanmoins comparé à d’autres parcours.

Pourtant, quand l’écran s’allume et que je vois ce scintillement, mon être s’emplit d’une émotion inconnue.
Je voudrais te prendre contre moi et je voudrais te dire que je t’aime, les yeux plein de larmes.
Je voudrais partager l’emballement des gens à qui j’annonce ta présence dans mon ventre et je me contente de sourire sans conviction.
Je voudrais imaginer les contours de ton visage et je n’y parviens pas alors que c’était presque plus simple pendant les traitements.
Je photographie l’échographie et je la regarde, plusieurs fois dans la journée, quand la peur s’empare de moi, quand les seins paraissent moins lourds, la tension utérine trop présente.
Toutes les nausées, les douleurs, la fatigue, je m’en fous. Elles ne sont rien tant que tu bats quelque part mystérieusement au tréfonds de moi. Elles sont simplement le juste rappel de cette chance extraordinaire de te porter, toi, mon inconnu(e) que j’ai toujours connu(e).

Je voudrais te dire que je t’aime.

Ecartelée entre l’amour fou et la peur folle.
La peur de perdre et de ne pas avoir le courage de recommencer, la peur que le miracle s’éteigne comme une bougie qui embrasserait une brise trop violente.

Une grossesse post PMA c’est cela aussi .

« Un jour je rencontrerai la Vie en moi, la joie qui se cache dans ma vie, quoique les jours troublent mon sentier de leur inutile poussière. » 

Rabindranath Tagore, L’Offrande Lyrique,

Et soudain, son coeur

Etape #1 : avoir une putain de deuxième ligne rose
Etape #2 : avoir un taux satisfaisant à la prise de sang
Etape #3 : ne pas avoir ses règles quand on devrait les avoir
Etape #4 : avoir une bonne évolution du taux
Etape #5 : voir une scintillation, signe d’une activité cardiaque

« En astronomie, la scintillation est la fluctuation rapide de l’éclat lumineux des étoiles lorsqu’on les observe à l’œil nu. Elle est due au faible éclat des étoiles et aux turbulences dans l’atmosphère.

La scintillation s’explique par les variations de température et de pression provoquées par les turbulences de l’atmosphère et les différences de densité entre les différentes couches atmosphériques. L’indice de réfraction de l’air n’est donc pas uniforme et lorsque la lumière franchit les différents milieux qu’elle rencontre, elle subit à chaque fois une déviation infime responsable du scintillement. »

Voilà.
J’ai pleuré mais je ne crie pas victoire.
La victoire c’est 15 SA.
Néanmoins, j’assume de me dire enceinte (juste pour moi, le reste de l’humanité attendra 15SA).

Je vous embrasse tous et toutes et vous souhaite un doux réveillon avec ou sans champagne. J’espère continuer à vous suivre, dans un train c’est tout ce que je vous souhaite, en 2015.
Tendres pensées.

PS : j’ai fabriqué les cartes avec mes petites mimines et je vous les envoie.

La dernière fois que j’ai dit « A bientôt » ?

Il n’a pas de petit nom ; il est là dans le creux de mon ventre, une minuscule graine de sésame dans la chair gonflée de mon ventre.
Il a vaincu les probabilités, il a vaincu mon désenchantement, il a vaincu mes doutes.
Quoi qu’il arrive, il est une indéniable victoire.

1400 ui à 20 dpo

J’appelle le centre après 15h. Parce que je sais que ce sont les femmes en essai qui appellent entre 14 et 15h et je sais ce que c’est d’attendre son agenda dans une  main, le numéro de fax de la pharmacie dans l’autre.

« On confirme donc votre grossesse »
Un tout petit spermatozoïde congelé et décongelé perdu au milieu de 820 000 potes tous plus tordus les uns que les autres. Jon Snow, le spermatozoïde, lui, il a un nom.

« Ce serait bien que vous fassiez une échographie de datation vers Noël pour vérifier l’activité cardiaque ».
Dans ma ville, j’ai un petit Centre Périnatal de Proximité et je pense y aller après Noël pour être sûre de ne pas être dans le doute quant au résultat pour voir ou non une activité cardiaque. Je veux être fixée, pas de oui, mais non, mais peut-être.

« Je vous envoie les ordonnances lundi. A bientôt. »
Et je pense à celle qui est dans la salle d’attente et qui entend cette conversation. Est-ce que je lui donne de l’espoir ou est-ce que je la perturbe. Et je n’ose pas poser davantage de questions.

J’ai très très peur en fait.

Il a déjà un carnet pour lui :

Photo du 12-12-2014 à 17.42

Mais je n’ai rien rempli à cause de la peur de la fausse-couche. Le carnet reste vierge.
Je voulais me photographier toutes les semaines, et rien.
J’ai vu de très jolis bolas de grossesse ; j’avais toujours dit que ce serait mon premier achat, et rien.
Dans la boîte à bébé fabriquée par ma grand-mère il y a plusieurs mois ( ok, mais c’est fait par amour par Mamie)  :

Photo du 12-12-2014 à 17.42 #2

juste le test et la première prise de sang. Et encore, pour ne pas les perdre au cas où.

A la place, je me précipite aux toilettes à la moindre sensation suspecte ; je touche mes seins en permanence ; je conjure le sort ; je surveille ; j’ai peur au plus petit des maux de ventre qui me rappelle vaguement les règles.
J’ai arrêté le café.
Chose très répréhensible, je surfe beaucoup sur Doctissimo.
J’hésite à me projeter.

Quelques collègues savent parce qu’elles ont été là à m’écouter me confier à toutes nos soirées, après-midi, intercours.
Ma grand-mère, parce que je lui avais promis.
Une collègue qui m’a annoncé avec beaucoup de tact sa grossesse après mon insémination ; j’avais été très touchée et c’est un bon moyen de pouvoir échanger.
Une autre collègue à qui j’avais dit que j’irais dormir en internat à 150 km de chez moi de janvier à juin pour la remplacer.
Notre famille, rien. Pour ne pas avoir à nous écrouler en cas d’issue défavorable et à répéter mille fois la même chose.

Avant l’infertilité, j’avais imaginé flotter dans une bulle douce et agréable pendant neuf mois.

Ce n’est pas cela du tout.
Une peur a succédé à une autre peur.

Je comprends encore moins les gens qui annoncent leur grossesse triomphalement au premier jour de retard. J’envie leur certitude sur l’issue de leur grossesse, alors que dans mon esprit tout n’est que brume d’anxiété.
Je déteste toujours autant les étalages sur la grossesse, les gens qui se plaignent d’avoir mal par ci mal par là.

J’adore être fatiguée, avoir mal aux seins.
J’aime m’endormir en me murmurant dans une petite voix, « je suis enceinte ».
Ma collègue est venue avec sa petite et moi qui l’avais portée une seconde trente il y a trois semaines, je l’ai endormie dans le creux de mon bras, apaisée.
Si tout s’arrête demain , j’aurai au moins goûté à ce tout petit sentiment d’infini.

Et je pense toujours infiniment et très fort à ceux et à celles que je lis….

De larmes et de miracle

Je ne sais pas vraiment comment dénouer les fils de ce tissage complexe de sentiments.

Le 22 novembre, a eu lieu une insémination avec 820 000 spermatozoïdes progressifs issus de paillettes décongelées suite à un échec de recueil.  Ces paillettes avaient une indication pour FIV ICSI. Le taux de formes typiques était en dessous de la normale.  Ces paillettes ont été obtenues avec le sperme éjaculé uniquement : sept paillettes en deux recueils.
Je rappelle à mes lecteurs et lectrices que j’ai insisté pour effectuer quatre IAC alors que le centre de PMA nous avait orienté vers une FIV ICSI. L’urologue prévoyait au moins une FIV simple.
Mon conjoint cumule une éjaculation rétrograde importante ( avec une éjaculation antérograde variant entre 0,6 et 0,9 ml), un indice de malformations multiples de 1,89, une nécrospermie. On peinait à dépasser le million de spermatozoïdes mobiles progressifs.
Je précise parce que je crois que je n’ai jamais lu de témoignage positif dans le cadre d’une éjaculation rétrograde.

Sitôt l’insémination terminée, j’ai calculé le calendrier de la FIV et de ma vie professionnelle.  Je me suis positionnée sur un remplacement à 150 km m’obligeant à m’absenter toute la semaine pendant 6 mois à partir de janvier.
J’ai bu du beaujolais, j’ai couru. J’ai même oublié la progestérone, la B9. Le compte-rendu d’insémination soulignait le fiasco.

A 11 dpo, j’ai fait un test histoire de pouvoir me prendre une cuite l’esprit serein.
Rien.
Le soir, j’ai ouvert ma poubelle de salle de bains et j’ai vu une ligne rose faible qui ne ressemblait pas à la ligne d’évaporation habituelle.

Je me suis rappelé tous ces tests gardés précieusement, regardés sous toutes les coutures, les lignes imaginaires qui délimitaient les tropiques de mon obsession. Mon esprit s’est littéralement scindé en deux : d’un côté l’étincelle d’espoir fou, de l’autre le roc de la rationalité.

J’ai ressenti des douleurs inhabituelles dans les seins et dans le ventre. Inhabituelles mais dans une variation quasi insoupçonnable ; comme une pièce musicale trop connue jouée par d’autres musiciens.
Je me suis endormie dans une entreprise avec les élèves, au bord du malaise, à 12 dpo.
J’ai éprouvé une faim inconnue, plus forte que n’importe quelle autre faim éprouvée jusqu’ici.
J’ai persuadé l’étincelle d’espoir fou qu’il s’agissait des effets secondaires de la progestérone.

A 13 dpo, j’ai fait un nouveau test. Une ligne rose faible est apparue en plus ou moins dix minutes. J’ai commencé à trembler, à m’embrumer, à trouver que la comédie avait assez duré. J’ai soupçonné les tests d’être ratés.
C’était pas comme j’avais prévu.
Avant les traitements, j’avais prévu d’uriner sur un test, de voir une ligne franche, de pleurer devant le miracle de la vie comme dans les films.

Je me suis retrouvée comme une conne dans ma salle de bains.
Cela faisait 13 jours que je répétais à D. qu’on allait faire une FIV, qu’il était responsable, que je souffrais, que j’étais fatiguée, perdue, désabusée.
Son anniversaire était la veille et en lui offrant son cadeau, je lui avais dit que j’aurais tellement voulu lui annoncer qu’on allait avoir un enfant. Mais que je n’étais pas enceinte.
Basta, foutu, RV en janvier pour la FIV.
Mes chances de grossesse étaient inférieures à 5%  et en même temps, elle était là. La fameuse barre. Pâle mais là. Visible à l’oeil nu, sous la lumière naturelle, artificielle, dans la pénombre. Là.
Putain.

Je suis sortie de la salle de bains. D. envoyait un message à sa chef. Je l’ai appelé et je lui ai dit d’une voix chevrotante : « Je crois que je suis enceinte ».
La claque.
Rien.
Scotché sur place.
En état de sidération.
« Je crois que le test est positif »
« Mais c’est impossible ».
J’ai parlé toute seule.
Et au bout d’un moment, il m’a dit : « C’est vrai? »
« C’est vrai que je crois que le test est positif ».
En fait, au fond, je ne ressentais pas ce truc que je pensais devoir me submerger.

J’avais des douleurs de règles avec une sensation de pesanteur et des douleurs ligamentaires. J’ai mis ma cup, persuadée que c’était un fugace espoir qui me serait repris dans la journée.

J’en ai discuté avec une collègue. Je suis allée à la pharmacie avec mon test démonté et comme ce n’était pas une dame que je connaissais, mais une ancienne camarade de primaire un peu coincée, j’ai acheté mon Clearblue Digital et je suis rentrée sans déballer ma bandelette.
C’est devenu ingérable, alors je l’ai fait le soir même.
Il a marqué les mots magiques.

Mais je me suis dit que c’était un reste d’Ovitrelle. Oui, c’est forcément ça. C’est marqué dans la notice. Il est très réactif et c’est ça.

Je suis allée faire ma prise de sang ce matin. Sans mon ordonnance. Je l’avais perdue et j’en avais rien à foutre; vu que c’était raté depuis le début.
J’ai quand même appelé vers midi. Je me disais pas moi, je mérite pas;  je n’y ai pas cru ; je ne suis pas assez gentille ; j’ai couru ; j’ai oublié mes médicaments…

117.

C’est donc vrai, réel, palpable, tangible ?
Dans le rétroviseur, j’ai répété calmement : « Je suis enceinte » là où j’avais répété tant de mois : « Je ne suis pas enceinte » pour avoir mes règles.
J’ai enfin pleuré de joie, seule, dans ma voiture dans un village perdu. Et tout le retour. Et à la maison.
J’ai enfin offert le cadeau que je souhaitais offrir à D. « le jour où » et qui était caché depuis deux ans dans mes placards.
Car oui, au beau milieu des soldats de glace, il y avait, de l’autre côté du Mur, un Jon Snow.

Je me souviens de tout. De ce jour de 2009 où il m’a dit qu’il voulait un enfant avec moi, de 2010 quand ce désir a vraiment commencé à me prendre les tripes, de ce premier mois d’essai, du premier RV…

Pour autant, je ne me sens pas métamorphosée ou une autre ou envahie par l’instinct maternel. Je me sens heureuse et terrorisée tout au fond.
Je ressens juste de l’espoir, timidement, humblement.
Et de la culpabilité, de n’avoir pas avoir donné sa chance à cette insémination, à cette toute microscopique vie, de m’être plainte, alors que j’ai le billet de train.
Je ne veux pas de » félicitations ». Je n’ai jamais compris la nécessité de féliciter un couple qui attend un enfant. Il n’y a aucun mérite à être enceinte. C’est une banale affaire de probabilités, de nature, de médical, de génétique et de douleur immense quand ces éléments ne sont pas de notre côté.

Ce long message pour dire aux couples dont le mari souffre d’éjaculation rétrograde, que oui, les inséminations peuvent permettre d’obtenir une grossesse.
Et pour dire aux autres couples que dans les probabilités, quand il y a 1%, on peut être dans ce pourcentage , dans les mauvaises mais aussi dans les très belles choses.

Il n’y aura peut-être pas de volume 3.
Merci de m’avoir soutenue, épaulée, encouragée. Je sais que cet article est maladroit. Je veux continuer à vous suivre et j’espère très fort aller au bout de l’aventure pour pouvoir donner mes ovocytes d’ici 2016 et permettre à d’autres couples d’aller au bout de ce désir fou.