Mon conjoint a une maîtresse.

Elle est blonde, d’un beau blond foncé et profond, avec des courbes rondes et suaves.
Objectivement, je n’ai rien à lui envier… Enfin, me semble-t-il.
Il faut croire que je ne lui suffis pas c’est tout.
C’est un constat dur et amer.

C’était juste une bonne copine à lui, au début. Enfin, c’est ce que j’ai cru. Comme une débutante.
Je voyais bien qu’il tenait à elle.
A vrai dire, je m’en méfiais un peu, quand même, parce que j’avais fleuré un certain rapprochement ; mais on ne veut jamais y croire véritablement. De son côté, il me rassurait : « c’est juste une amie… on se connaît depuis longtemps et puis, elle sait me comprendre ».

Cette relation a fini par me faire du mal, par NOUS faire du mal. C’est moi qui ai réalisé qu’elle prenait trop de place dans notre vie.
Pourtant j’avais beau retourner le problème dans tous les sens, je ne saisissais pas ce qu’elle avait de plus que moi ; ce qu’elle pouvait bien faire que je ne savais pas faire ; ce qu’elle lui apportait que je ne savais pas lui apporter.
Moi aussi, j’ai toujours été là. J’ai porté ses joies et ses peines. On a eu un enfant.
Il dit qu’elle lui fait du bien, que c’est la seule capable de soulager ses angoisses ; mais moi je vois bien qu’elle le rend malade et que c’est un tyran.
Elle lui fait du chantage dès qu’il s’absente un peu.
Alors il part la voir en cachette.
La maison est pleine de recoins pour leurs amours interdites. Je sens son parfum qui se disperse d’une pièce à l’autre ; quand il m’embrasse, c’est encore ses effluves qu’il me communique.
Elle n’arrête pas de lui dire qu’il a besoin d’elle. Et lui est capable de dilapider son salaire pour répondre à ses caprices et je ne sais pas trop quoi dire à ma banquière : comment avouer que l’on est une femme trompée?

J’ai découvert au fur et à mesure que leur relation était passionnée et qu’elle le tenait par tous les sens.
Il se cachait pour la voir mais une fois il l’a embrassée à pleine bouche dans la cuisine. Je les ai surpris. Il était honteux.  Il a balbutié quelques mots incohérents et ridicules.
Je me trompais.
Ce n’était pas ce que je croyais.
J’ai exigé qu’il choisisse d’elle ou de moi, celle qui devait continuer à vivre avec lui. Je ne veux pas faire de ménage à trois sous mon toit.
Je me tais et je m’occupe, de mon fils et de mon conjoint. Elle prend l’homme et me rend un enfant désorienté. Elle prend le père et rend un infirme.
Elle n’est même pas capable de le rendre heureux cette pouffiasse. C’est le moins qu’elle pourrait faire avec ce qu’elle nous vole d’intimité.

Il a fini par me promettre de moins la voir.
Par amour pour notre enfant, pour moi.
Il a même arrêté de la voir pendant quelques temps et elle ne semblait pas lui manquer. J’ai pensé avec satisfaction qu’il avait enfin saisi que notre relation était plus forte que cette idylle.
La vérité, c’est que c’est une fine stratège. Elle finit toujours par le convaincre de le revenir en dévoilant ses talents de séductrice facile. En vérité, c’est qu’il est impuissant face à ses charmes : c’est une amante qui dépossède du libre-arbitre, du choix, de la volonté.
Je crois qu’il est sincère pourtant quand il me dit qu’il va la quitter.
Il sait qu’il ne pourra pas avoir les deux, elle et sa famille.

Je connais bien ce genre de maîtresse.
Mon père avait un peu la même, sauf qu’elle était blonde nordique avec un parfum anisé. Il a fini par la plaquer et ça fait dix ans qu’il ne l’a pas revue. En attendant, elle a tout détruit sur son passage.

Elle est revenue dans ma vie.
Sous une autre forme.
Elle a remis son manteau de dupe.
Elle revient me voler les hommes que j’aime.
Putain.

VARIOUS
Mandatory Credit: Photo by OJO Images / Rex Features ( 1169834a ) Highball glass of alcohol with ice cubes VARIOUS /Rex_OJO_1169834A//1004161403

Vers le don d’ovocytes

Avant d’avoir un enfant grâce à la PMA, avant de découvrir le récit de femmes devenues mères grâce au don, je savais déjà que j’étais sensible à la question du don d’ovocytes et que je ferais probablement un jour les démarches pour devenir une donneuse.
J’ai donné mon sang, mon plasma et j’ai fait les démarches pour donner mes plaquettes et m’inscrire sur le fichier des donneurs de moelle (refusée pour antécédents d’anorexie et poids légèrement insuffisant dans un cas et dans l’autre).
Accoucher a fait mûrir mon projet.
Je vous avoue que je me suis interrogée parce que je voyais mon enfant et je me disais : « C’est un bout de moi ; la moitié de moi » et il y avait cet amour qui m’emportait. La question du don était un peu plus vacillante. Mais en fait, non.
Mon enfant, c’est cet enfant : l’aboutissement d’un désir, de mon couple, d’une grossesse, d’un accouchement.

Il n’est pas un ovocyte.

On parle très peu du don de gamètes sur la toile. Et c’est triste.

Pour ma part, je n’ai jamais résumé mon désir de maternité à une vague histoire de génétique, même si j’ai reconnu un peu plus haut que la naissance d’A. avait pu affecter ma détermination.
D’ailleurs mon fils ne me ressemble pas. Je suis une brune aux yeux noirs. Mon fils est blond aux yeux bleus. Parfois, je blague avec son père et je demande s’il est bien sûr qu’il n’y a pas eu échange entre le bloc et la salle d’examen néonatal. Quand j’étais enceinte, vu la probabilité extrêmement faible qu’un de ses spermatozoïdes arrive à bon port, c’était sur la paternité que nous faisions des blagues douteuses.
Et même, pour être tout à fait honnête, si on me l’avait échangé, l’aimerais-je moins ? Aucunement.
Je suis devenue mère, dans les faits, quand ce petit être sans défense est devenu ma responsabilité. Tout le reste ne fut que des vastes préliminaires, une préface de l’essai que j’écris sur la maternité.

Au fond, qu’est-ce qu’un enfant pour un coeur de parents, sinon un profond désir d’être parents et la responsabilité d’une charge d’âme?

Je pensais à cela quand je suis retombée sur mes échographies du cycle d’insémination gagnant. Je regardais mes follicules. Je trouvais cela amusant de me dire que sur cette échographie, il y avait la moitié de mon fils.
Mais en réalité, il y a juste une cellule incomplète. C’était la moitié de mon fils parce que je le désirais depuis longtemps.
Elle n’est pas un enfant. Donner des ovocytes, ce n’est pas donner un enfant. Donner des spermatozoïdes, ce n’est pas donner un enfant. C’est donner une cellule.
Pense-t’on à la mort mensuelle de nos ovocytes comme à la mort de nos potentiels enfants?  Bien sûr que non ( sauf en PMA, mais c’est un autre débat).

En donnant mes ovocytes, je donne ce qu’il manque à des parents qui ont tout le reste : le désir et l’amour. Je ne donne pas un enfant ; je donne de l’espoir.

Je pense concrétiser les démarches du don en 2017. J’aimerais parrainer un couple et j’espère que je serai éligible au don.

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La gelée de pommes sauvages

Avec A., je suis allée ramasser, comme à peu près tous les ans, des pommes sauvages non loin de ma chaumière.
A. a le droit à sa petite promenade quotidienne en sling. Il tête mon doigt et regarde tout d’un air mi-curieux mi-pénétré qui me fait souvent sourire. Evidemment, cela finit invariablement par un gros somme et de grosses sueurs dues à l’efficacité de mon petit radiateur portatif.

J’aime bien être en forêt. J’imagine là, mon petit A. dans un an, on rentre et on fait des bonhommes en marrons et des tableaux de feuilles d’automne.
En réalité, j’ai crotté mes escarpins, marché sur mon imperméable et tordu le dos pour ramasser les pommes sans réveiller A.
On a donc limité l’opération ramassage à un petit kilogramme de pommes.

A quoi reconnaît-on des pommes sauvages?

Ce sont de petites pommes d’à peine la taille d’une balle de golf. Elles sont immangeables crues car très âcres. Elles sont jaunes ou vertes et on en trouve dans certaines haies, au bord des chemins ou en forêt, courant du mois d’octobre.

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Une fois rentrés avec notre récolte, on la fait cuire dans une bassine en remplissant d’eau jusqu’à hauteur des fruits. Quand les pommes partent en charpie, on éteint et on laisse reposer la nuit.
on peut mettre à cette étape des plantes à infuser : verveine, tilleul… ou des épices : cannelle, vanille.

Le lendemain, on remet un petit coup de cuisson et on filtre avec un chinois très fin et une étamine.

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On a fait sans étamine...

On estime le poids du jus ; on le fait cuire avec moitié de son poids de sucre et on met en pot.
On obtient une jolie gelée ambrée qui sent bon l’automne.

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L’histoire d’autres miracles.

Elle avait environ dix jours, dans les frimas d’avril, sur un balcon.
Elle avait deux soeurs magnifiques, blanches avec des petites taches grises.
Elle était une boule de suie, moitié moins grande et grosse que ses jolies soeurs ; les yeux à demi fermés.
Sa mère était blanche avec des des tigrures grises en filigrane et des yeux bleu profonds. On faisait beaucoup d’éloges à ses soeurs ; on les manipulait, on prévoyait de les adopter.
Elles étaient là, toutes les trois au fond d’un carton avec une couverture.
Elle avait les yeux fermés et elle pleurait en se débattant maladroitement.
Elle démarrait moins bien que les autres. Elle ne m’a inspiré ni amour ni pitié; j’ai simplement soulevé cette petite boule de poils anonyme et j’ai constaté qu’elle avait du retard.

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"Ça ", le jour de notre rencontre

Une semaine est passée et je suis retournée voir la portée. Ma petite boule noire était éjectée du nid, elle piaillait à la façon d’un oisillon qui attend sa pitance. Ses soeurs avaient encore grossi, elles faisaient l’admiration des voisins. Elle ouvrait un peu les yeux, de travers, elle était toujours aussi maigrichonne et fragile. Une condamnée de plus de Mère Nature qui fait ses choix dans le monde impitoyable du chat errant.
J’ai voulu proposer un complément de biberon mais on m’a fait comprendre, les deux jolies soeurs dans les bras, qu’on allait pas s’embêter avec « ça ».

J’ai donc pris « ça » dans mon manteau, il faisait très froid en ce début de printemps. « Ça » n’a plus piaillé.
Ce n’était pas le premier chaton que je récupérais non sevré.
J’ai ramené « ça » à la maison.
Elle pesait 175g. Ce qui représentait un retard de croissance d’environ une semaine.
Je l’ai posée dans ma salle de bains, au fond d’une cuvette, une bouillotte sous une couverture et j’ai préparé un biberon.
Elle n’a rien bu.
La première nuit, dans la pièce à côté, elle n’a pas pleuré. Elle bougeait à peine et ne réclamait pas à boire. J’ai pensé qu’elle était morte. Et puis je suis allée la réveiller et elle s’est comme étirée.
Je n’ai pas ressenti le même attachement que pour ma première chaton biberonnée. J’ai juste fait mon « boulot » de protection animale.
Je suis allée acheter des seringues et je l’ai nourrie, ml par ml en alternant avec le biberon. C’était les vacances.
J’ai fait une sorte d’écharpe de portage avec mon pull et une écharpe et je l’ai gardée au maximum contre moi.

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Tout premiers jours...

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Elle ne tenait pas sa tête et au moindre stimulus, la posait sur le côté assez violemment.
J’ai pensé à une otite, à toutes sortes de problèmes.
Je suis allée chez le vétérinaire. Le réflexe de succion commençait à venir ; mais les réflexes restaient étranges. Il m’a dit : « Faites de votre mieux, quand elle convulsera, vous me l’amènerez et on abrégera ses souffrances ».
Bien.
Ne pas « trop » s’attacher, ne pas « trop » s »attacher.

Elle n’a pas convulsé. Elle a grossi. Tout s’est mis en place.
Les petites coliques habituelles, les épisodes diarrhées/constipation du chaton biberonné.
Mais elle ne se déplaçait toujours pas. Elle se traînait lamentablement. Puis elle a commencé à se déplacer vers l’arrière en tremblant de manière très accentuée.
C’est là que j’ai découvert l’ataxie cérébelleuse chez le chat. Ataxie, hydrocéphalie, nous n avons pas fait réalisé de scanner… À quoi bon savoir? Il n y avait rien à faire, juste à l’aimer et à la protéger.
On est parti en week-end avec elle, les biberons, le lait, les alèses. Il n’y avait que nous pour la connaître, la nourrir, la couver.

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En week-end

Il a fallu adapter certains apprentissages comme la propreté. Je la posais dans une litière après les biberons et puis j’ai déposé une alèse sous la litière. C’est là qu’elle faisait ses besoins.
Aujourd’hui, à plus d’un an et demi, elle continue à utiliser des alèses et va aussi dans la litière quand elle n’est pas trop pleine de copeaux car si ses pattes s’enfoncent, c’est la panique. Et puis,elle tombe souvent en sortant, fait basculer tout le bac.

Progressivement, on a constaté qu’elle était complètement aveugle.
A partir de ce moment, on a développé d’autres stratégies. On a pris des intonations spécifiques pour l’appeler et on a fixé un nom définitif : « Rikiki » avec beaucoup de sonorités en « i » qui sont très bien perçues par l’oreille féline. On a limité les perturbateurs olfactifs, les déplacements de meubles dans la maison.

Tout n’était qu’inconnu au fil de sa croissance, de surprise en surprise. Fièvre élevée après la vaccination, chute, stérilisation…

On est tombés amoureux fous de notre Rikiki.. en quelques semaines.
Elle a débarqué dans nos vies au début de nos « vrais » essais pour être parents…au moment où on a compris que ce serait plus difficile que prévu.
Elle a participé à ma prise de confiance en mes capacités à m attacher, à aimer, à comprendre.

Rikiki, quand je rentre après plusieurs jours d’absence, miaule joyeusement au son de ma voix depuis l’autre bout de l’appartement. Elle arrive en boitant et en tournant en rond puis essaie de sauter dans mes bras, quand je la prends sous les pattes avant.
Alors elle pose sa patte toute douce sur mon visage, fait le tour de ma joue, puis cherche le creux de mon cou pour nicher sa petite tête. Et elle reste là.
Tous les matins, il lui faut ses dix minutes d’embrassades, calée dans les bras, sinon elle renouvelle ses appels désespérés.

Rikiki, c est plus que mon chat
, c est un des grands amours de ma vie.

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Quelques jours après son arrivée

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Adulte

Une bonne crème solaire contre le masque de grossesse

J’ai un peu honte de rédiger un tel article mais néanmoins,  c’est un vrai bon produit auquel je souhaite un prompt recours à toutes !
Mais vous pouvez aussi l’utiliser sans être enceinte puisque c’est un produit sans perturbateur endocrinien.

Sous contraceptif, j’ai déjà une nette tendance à me métamorphoser en bronzage passoire sale ; les premiers rayons du soleil ont donc produit un effet fort sympathique sur mon visage.
J’adore mes tâches de rousseur et j’adore le soleil mais je n’ai pas envie de voir jusqu’où ma peau pourrait aller enceinte et j’ai une peau assez acnéique par ailleurs.

J’ai donc farfouillé le net.
Encore
Et encore

et j’ai trouvé cette crème :

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C’est une crème hydratante et crème de jour. La protection solaire est d’indice 30 et ne contient que des filtres minéraux à large spectre : oxyde de zinc (7,5%) et dioxyde de titane (5%).
Elle ne blanchit pas la peau, ne laisse pas de film gras, ne dessèche pas. C’est une crème très confortable.
Son prix assez élevé : 40 € les 60 ml se justifie par la qualité du produit et sa longévité (peu de produit suffit).
On se maquille très facilement derrière.

Je vous laisse juger de la composition car je suis loin d’être une experte en la matière même si je suis très intéressée par la cosmétique bio ou du moins naturelle:

Aqua (water), aloe barbadensis (aloe vera) leaf juice,* capric caprylic triglycerides, ethyl hexyl palmitate, glyceryl stearate, glycerin, cetyl alcohol, jojoba oil,* shea butter,* panthenol, tocopherol acetate, allantoin, sodium pca, green tea extract,* magnesium aluminum silicate, hyaluronic acid, calendula extract,* ethyl hexyl glycerin, benzyl alcohol

Les composants suivis d’une * indiquent qu’ils sont certifiés bio. On constate que  le jus d’aloe vera arrive en seconde position.

Enfin, les filtres minéraux ne perdent pas leur efficacité comme les filtres chimique et vous pouvez donc conserver votre crème plus longtemps.

« Maman est malheureuse… »

La salle est grande et dégage une atmosphère de solennité propre aux lieux réservés à la justice. Je me sens comme une petite chose écrasée par le poids de la vertu cardinale. Dans cette pièce baignée par un pâle soleil de novembre, le velours cramoisi des fauteuils s’accorde au chêne doré  de l’estrade et se reflète sur l’imposante cheminée Renaissance.
Nous sommes à des dizaines de mètres, en contrebas, citoyens justiciables sous l’épée aveugle et équitable.
Je ne le sais pas encore mais je suis enceinte de quatre jours. C’est fou mais je ne le sais pas encore.

Audience de 15h30 dans ce bâtiment qui a fait et défait mon enfance. Aujourd’hui, mon père est à mes côtés. Nous sommes demandeurs tous les deux.
La cloche tinte, les juges rentrent et nous nous levons, fidèles au protocole.
Comme des lions en cage, les couples frappés par la discorde tournent et retournent. Ils exécutent la chorégraphie de l’ignorance et du déchirement, chronique des affaires familiales du désenchantement.
Une à une s’égrainent les affaires du jour. Chacun s’en tient à une stricte symétrie axiale. Pourtant, leurs corps se sont mêlés un jour et puis cet espace s’est mû en vide tenu par quelques particules de froide colère.

Moi aussi, je me suis tenue diamétralement opposée à mon père. La salle sent encore ce jour où il est venu saoul à l’audience de la révision de ma pension alimentaire.
C’est dans le bureau, derrière, que mes parents se sont déchirés un mois de février 1995.
Il aura fallu des années, que je me meure sur un lit d’hôpital, plusieurs cures de désintoxication pour qu’il essaie de me faire rire face à mon indicible mais palpable tension de ce jour de novembre.

Nous demandons d’annuler le jugement de ma pension alimentaire. Une ironie, lorsque l’on sait les déchirements qu’elle a provoqués. Elle m’est versée par saisie sur salaire, saisie demandée par ma mère et donc non annulable auprès de l’huissier en mon nom.
Elle est tout ce qui me rattache à cette enfance tourmentée.

Après plus d’une heure d’attente, nous pénétrons dans une pièce sombre qui contraste avec la clarté lumineuse de la salle d’audience.
Le juge est froid, la greffière sourit.
Ma mère est le défendeur ; elle n’est pas venue. J’étais terrorisée à l’idée qu’elle puisse venir ; qu’elle me fasse perdre mon sang-froid et que je me montre faible quelques jours après cette insémination que je pensais perdue. Dans les mains du juge, je devine une lettre longue, emportée, qu’il n’évoque qu’en un demi-mot : « Vous n’avez que peu de relations avec votre mère? »

– Aujourd’hui aucune.

Qu’aurais-je pu lui dire ?
Que je n’aime pas ma mère et que je n’en éprouve aucune souffrance?
Que ma vie a commencé quand j’ai cessé de la côtoyer ?

Bien sûr, elle m’a allaitée, nourrie, soignée, mise au monde sans péridurale.
Bien sûr, elle a été fière de mes résultats scolaires.
Bien sûr, elle disait à qui voulait bien l’entendre que j’étais jolie et intelligente.

Je lui aurais raconté comment elle s’était posé la question d’avorter quand elle avait su que j’étais une fille, elle qui ne s’était projetée qu’avec un garçon.
Je lui aurais raconté comment elle m’a élevée comme un garçon, me forçant à garder les cheveux courts des années durant.
Je lui aurais raconté comment j’ai été droguée aux calmants parce que je ne dormais pas bébé.
Je lui aurais raconté comment elle m’a tenue à trois ans par une jambe au-dessus de la balustrade du troisième étage parce que je n’avais pas été « sage » cet après-midi.
Je lui aurais raconté la peur au ventre quand lors de ses crises, elle me cognait dans les murs et qu’elle me passait sous la douche froide parce que hoquetant de frayeurs et de sanglots, je lui implorais d’arrêter.
Je lui aurais raconté le silence familial, les chutes diplomatiques pour expliquer les bleus quand j’étais en vacances.

« Maman est malheureuse »
« Maman est malade »
« Maman ne va pas bien »

J’aurais voulu leur dire que moi aussi, j’étais malheureuse. Malheureuse de voir mon père désabusé se réfugier dans l’alcool.  Malheureuse de voir débouler le médecin de garde à trois heures du matin injecter du Tranxène à ma mère. Malheureuse de l’entendre ramener des hommes à la maison quand mon père était de planton.

Mes parents ont divorcé, ma mère a eu ma garde et tandis que mon père plongeait dans un alcoolisme chronique; à 10 ans, je suis devenue responsable de ma mère.
On venait me chercher en classe pour me dire que ma mère était encore à l’hôpital.
Elle a abandonné mon chien dans les bois pour que son amant vienne s’installer avec le sien à la maison.
Elle a couché avec mon père quand il m’a ramenée, un jour, j’étais dans la pièce à côté. Mon père est reparti et elle m’a dit « il baise toujours aussi mal ».
Une seule fois, une assistante sociale est venue à la maison suite à un signalement et j’ai dit que tout allait bien. Je voulais juste qu’elle m’aime.

Au milieu de cet hiver, mes invincibles étés étaient les vacances chez mes grands-parents.

Et puis la parenthèse enchantée a été mon beau-père et la naissance de ma soeur que j’ai protégée de mon mieux.
Tout semblait résolu. Le passé semblait envolé, enterré. Et en même temps, je gardais au fond de moi ce terrible passé ; on me disait volontiers angoissée, malade, fragile.
Ma mère avait trouvé cet équilibre dans cette relation, son rôle maternel : ma fille est fragile.
Et puis quelques mois après la naissance de ma soeur, tout a recommencé.
On a rejoué la comédie « Maman est malheureuse » avec la nuance « à cause de toi, parce qu’elle se fait du souci ».
J’étais au lycée. J’ai été prise dans une brillante classe préparatoire parisienne et je suis restée là parce que « tu es trop fragile pour être loin de moi ».

Ensuite l’anorexie dont j’ai parlé dans un précédent article, l’indépendance avec D. et ma psychothérapie, les retrouvailles avec mon père sobre depuis plusieurs années et mon appétit de la vie.

Je vais avoir trente ans.
J’ai un travail que j’aime et je vais à nouveau passer l’agrégation.
je vis avec mon conjoint depuis onze ans.
J’ai un appartement à mon nom.
J’ai mon permis.
J’ai une graine de sésame surprise qui a souri à mon ventre.
Ma vie a commencé à plus de vingt ans,  ce soir où je lui ai dit que je ne voulais pas être comme elle.

Bien sûr, elle m’appelle encore régulièrement pour me dire qu’elle m’aime, qu’elle est malheureuse.
Mon beau-père a divorcé et ma soeur a refusé d’obtenir un droit de visite chez elle.
Elle a abîmé deux enfants, allaités, mis au monde sans péridurale, nourris, soignés, bien éduqués.

Je ne considère pas que donner la vie fasse des femmes des héroïnes parce que cela ne suffit pas.
Les enfants ne choisissent pas les ventres où ils s’installent.
Une mère n’est pas plus sacrée qu’une autre personne ; elle n’est pas toujours un croisement de super-héros et de princesse ou une femme dévouée corps et âme à ses petits.

Aujourd’hui, c’est moi la mère potentielle et je ne sais pas ce qu’est véritablement une mère.
Je crois que je sais aimer ; je sais donner du temps, avoir la patience ; mais je n’ai pas de modèle.
Je vais devenir mère ; je suis mère et je suis là, adulte, construite et si fragile à l’intérieur.

Bordel, j’ai peur.
Pas peur d’accoucher, pas peur de changer les couches, pas peur d’allaiter.
Confrontée aux faillites familiales dans mon métier qui me renvoient avec plus ou moins de gravité à ma propre histoire , j’ai peur d’être cette mère mal aimante ; j’ai peur de ne pas savoir aimer.

 

Celle/Celui qui ne se fait peut être pas remarquer

Dans le collège où je suis arrivée la semaine dernière, il y a quatre femmes enceinte dont moi.
240 élèves, 4 femmes enceintes.
Rien que ça.
Ambiance familiale, tout le monde se connaît, tout le monde discute librement ; je m’y sens bien.

Et pourtant,
Je vous laisse deviner le sujet de nos conversations en salle des professeurs…
Et en bonne ex patiente PMA, sans nul doute à nouveau future patiente PMA car je n’aurai jamais d’enfant naturellement avec mon conjoint, j’y pense souvent, tout le temps.

Peut-être qu’il y a un ou une collègue en plein traitement, en plein désespoir, en deuil d’enfant, de désir d’enfant. Il/elle est là, au milieu de nos gros ventres (enfin moi tout est relatif), de nos courses aux toilettes, de nos fringales et je me dis qu’à sa place, je vous aurais écrit un article sur ma rancoeur, mon aigreur, mon désarroi et vous m’auriez comprise et si ce ou cette collègue est là, je le/la comprends…

Du coup, bêtement, entre deux discussions péridurale/allaitement/ventre qui grossit, je me dis que je vais trouver le moment pour glisser mon histoire en forme de : « Je sais pas si t’es concerné(e) mais voilà ça n’arrive pas qu’aux autres et ça peut fonctionner ».

Oui j’aime être chouchoutée, qu’on soit prévenant avec mon « état » (je n’en abuse pas car ma forme est olympique, ce serait malvenu). Oui, parfois, je me laisse aller à quelques niaiseries, parce que « je l’ai bien mérité cet Petit Pois ».

Alors je ne sais pas si je glisserai mon histoire, s’il y a un membre d’un couple infertile dans l’établissement, s’il l’entendra mais j’aimerais qu’il puisse savoir qu’il n’est pas seul et que je suis désolée d’être parfois maladroite.

Je t’embrasse, collègue mystère.

Comment j’ai parlé des attentats à mes élèves

Quand les terroristes sont entrés dans les locaux de Charlie Hebdo , j’étais au téléphone avec la chef d’un établissement. Avec trois jours de retard, une habitude au rectorat, ils venaient de me dénicher. Puis je suis allée à la gendarmerie pour une affaire de lettre anonyme liée à mon association.
C’est plus tard dans l’après-midi que j’ai appris la nouvelle. J’étais chez un client.
Je suis rentrée.
J’ai mesuré tout ce que cela impliquait, branchée sur France Info dans ma voiture.
J’ai pleuré, davantage d’effroi que de tristesse.

J’étais nommée en collège pour quinze jours : 6e, 5e, 4e. Je les rencontrais le vendredi suivant.
J’ai décidé de dégager un temps de parole pour les 4e que je voyais lundi. C’est un établissement situé dans une préfecture de campagne, mixité limitée ( environ un à deux élèves de culture ou de confession musulmane par classe).

Premier contact, un élève qui n’a pas respecté la minute de silence dans l’effectif (par goût de la provocation plutôt que par conviction) , des 4e…. parler des attentats contre Charlie Hebdo est une gageure. J’ai longtemps retourné le problème dans tous les sens.
L’Education Nationale nous a monté un dossier pédagogique que je n’ai pas consulté ; je me suis fiée à mon instinct. Néanmoins, il est sûrement très intéressant et je vous mets le lien :

http://www.clemi.org/fr/je-suis-charlie/

J’ai renoncé au débat : un débat suppose un substrat  de connaissances pour nourrir des arguments. Des élèves de 4e ont étudié les débuts de l’islam en histoire et les libertés en 4e ; c’est mince.
J’étais bien embêtée.
En plus, j’étais plutôt gênée par la présence de certains chefs d’Etat à la marche du dimanche 11 janvier ; je n’avais pas envie de me lancer dans un discours patriotique ; je pensais à d’autres violations des droits de l’Homme, aux morts moins médiatisées, à la communauté musulmane blessée que je respecte, à la communauté juive blessée que j’aime aussi (j’ai failli résider Rue des Rosiers). En allant défiler le 11 janvier, je m’étais surtout sentie fondamentalement républicaine et attachée aux libertés.

Je décide de me limiter à une présentation des faits avec un historique de Charlie Hebdo et la caricature du dessinateur danois.
– sur une première page, je fais donc une rapide chronologie de l’hebdomadaire avec des rappels de vocabulaire ( journal satirique, dessin de presse, caricature, laïcité, blasphème)
– ensuite je présente différentes unes du journal dont celle de 2006 (publication des caricatures danoises) et de 2011 ( après l’incendie des locaux du journal) et deux autres s’attaquant à la religion catholique (préservatif) et la religion juive (question de la circoncision).
_ enfin, j’ajoute des dessins de presse de ces derniers jours.
Bref, j’opte pour un point de vue informatif et impartial. Mon avis est que les élèves sont noyés par les réseaux sociaux et ont besoin d’aide pour se forger un esprit critique sans se nourrir du pré-mâchage ultraconnecté de l’information.

Première heure : il faut se lancer dans l’arène.
J’entends les petits durs murmurer : « On va la faire démissionner » . Oui, le 4e est  un être sympathique, charmant et délicat en général.
Je recadre tout ce petit monde et je leur explique que nous allons consacrer 30 minutes à un point sur les événements des derniers jours sans adopter de posture de jugement ou de condamnation. Je relate les faits. Le débat s’alimente naturellement autour des définitions qui est davantage la constatation des limites de leur maîtrise du sujet.
Le plus difficile reste la notion de « blasphème ».

Selon moi, le travail le plus intéressant à mener est sur la couverture de 2011 :

charlie

Evidemment, je réexplique où se situe le débat sur la représentation de Mohammed dans l’Islam ; je rappelle les débats entre protestants et catholiques au sujet des images.
Et je leur demande qui sont les cons.
« Ben les musulmans Madame ! » est la réponse donnée à la cantonade. Je comprends alors que ce temps d’informaton est essentiel. Il y a parfois des contresens complets sur les faits.
« Non, cela serait de l’islamophobie (hop définition au passage), observez bien le dessin, qui sont les cons ? »
« Ahhhhh…. les intégristes ».
« Alors, quelle est la différence entre les musulmans et les intégristes ? »

J’ai fini en abordant l’importance de la liberté de presse par les dessins récents.

Ils n’ont rien dit. Ils ont participé avec avidité et un peu de retrait, d’hésitation.
Mais j’ai bien senti dans leur regard et leur comportement qu’ils étaient ressortis de cette mise au point avec une nouvelle maîtrise du sujet et le sentiment de pouvoir « donner leur avis » dans la masse de la logorrhée actuelle.
Je pense que j’ai bien fait mon métier, en toute humilité.

Une réflexion d’une collègue sur la difficulté de se positionner dans le feu des événements, un article admirablement bien rédigé :

https://lapedagogiepourlesnuls.wordpress.com/2015/01/10/au-dela-de-levidence-la-non-lettre-a-mes-eleves/

Les cadeaux de la blogo : Enfin, la recette des cookies parfaits

Mieux que ceux de Phoebe que Monica se cassait la tête à reproduire (et qui n’étaient en fait que des cookies industriels),

voici une recette de cookies à tomber spécial traitement, dpo, transfert, hystérosalpingographie, spermoculture…… Oui, les cookies qui vous accompagneront avec une tasse de thé dans tous les rebondissements de la PMA (et que vous referez avec vos petits, parce que oui, vous l’aurez votre petit, bordel).

Allez c’est parti ! J’ai repris la recette sur un site que j’ai très légèrement « améliorée ».

Pour une plaque de cookies à se faire pêter le ventre :

– 250 g de farine

– 125 g de sucre de canne roux ( que je mélange avec de la cassonnade brute pour moitié)

– 1 sachet de sucre vanillé

– 1 pincée de sel

– 1/2 sachet de levure

– 1 oeuf

– 125 g de beurre

– 2 cuillères à café de miel ( de roncier, une tuerie, mais vous pouvez varier les plaisirs)

– pépites de chocolat ou encore mieux du chocolat noir 70 % en plaque de 200g bien épaisse que vous concassez

Une fois réunis les indispensables, on se lance :

Mélangez la farine, les sucres, le sel et la levure dans un grand saladier.

Faites fondre le beurre, et ajoutez-y l’œuf battu et les 2 cuillères de miel et incorporez le tout au mélange farine, sucres, sels.

Préchauffez votre four à 220°C (thermostat 7-8), avec la grille au plus bas.

Façonnez des cookies d’environ 10 cm de diamètre, et disposez-les sur une plaque. Ils doivent être assez espacés pour éviter qu’ils se collent pendant la cuisson.

Disposez les pépites concassées.

Enfournez-les 9 à 11 min, suivant si vous les souhaitez respectivement « extra-moelleux, moelleux ou crousti-moelleux ». (Ah la vache, croustimoelleux…..)

Bon appétit ; j’espère que vous êtes toutes et tous gâté(e)s comme vous le méritez. Je vous embrasse !

Les cookies de la mort qui tue qui déchirent leur race.
Les cookies de la mort qui tue qui déchirent leur race.

La mission « voeux », si vous l’acceptez…

On n’appelle pas ça du retard.
On appelle ça un jet-lag.

Donc, voilà seulement que j’ai tout ce qu’il me faut pour faire les cartes de voeux.
Il a fallu que je trouve une idée.
Sachez qu’il y aura du vert.

Cours, boulot, mission chalet de Noël pour l’asso….. J’attends donc maintenant le décollage chez ma mamie, la seule, l’unique, celle avec qui je bricole depuis que je sais tenir un crayon et avec qui je cuisine depuis que je sais tourner une cuiller en bois en faisant un 8 pour les faire et les envoyer.

Du coup, comme je suis vraiment très en retard…. Je vais envoyer mes cartes en catimini, ce sera la surprise pour les filles de mon groupe et j’espère que ça leur fera plaisir.
Comme dirait Pascal ( Obispo pas Blaise, on a les références qu’on mérite) : « Donner c’est comme recevoir mais sans s’en apercevoir »

Les dieux de la philosophie de comptoir sont avec moi.