I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat

Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur 

(c) Dame Nature.
Popularisé par un obscur premier ministre anglais.

Cette phrase, tous les gynécologues de PMA devraient la dire à leurs patients, dans le même esprit que Churchill.

Personne ne sait comment il vivra cette bataille.
Personne ne peut parier sur ses chances de victoire.
Personne ne connaît l’issue de la bataille
Personne ne mesure l’étendue des efforts qu’il faudra consentir.
Oui, il y aura de la souffrance,
Mais on sait que le combat doit être mené,
Même quand tous auront décidé que le combat doit s’arrêter,
Alors la bataille continuera.
Vous le savez.
Vous tomberez; on vous croira battus;
Mais vous vous relèverez.

Alors de nos tripes sortira cette rage de vaincre l’ennemi,
Alors ce cri assourdissant de notre ventre anéantira l’ennemi
Les yeux dans les yeux,
Parce que nous aimons le goût de la victoire,
de la victoire légitime,
Parce que cet ennemi est aussi impitoyable qu’injuste.

La victoire sera douce.
Elle dormira au creux de votre épaule à poings fermés.
Sa peau contre la vôtre
Et le murmure de son souffle apaisé.

[..] la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de la terreur, la victoire aussi long et dur que soit le chemin qui nous y mènera ; car sans victoire, il n’y a pas de survie.

 

Hier, j’avais eu mes règles et j’avais déjà fait deux tests urinaires négatifs.
Je savais que je n’étais pas enceinte.
Je l’ai « bien vécu ».
Pas de larmes.
La vie a continué.
Le soir, je suis allée chercher mes résultats de prise de sang . (d’ailleurs, il faudra que j’écrive sur les réflexions des labos quand tu viens avec une ordonnance de dosage de BHCG).

J’ai ouvert cette enveloppe sans surprise.
C’était écrit :  <1 .

Je peux pas expliquer pas pourquoi c’est à ce moment là que les murs ont commencé à se fissurer ; pourquoi c’est là que je me suis dit que je ne serai jamais enceinte; pourquoi j’ai compté les mois, estimé les sacrifices, voulu tout foutre en l’air, pensé que je n’aurai pas le courage de recommencer.

A ce moment-là, j’ai pensé avec beaucoup de force à ceux qui avaient un parcours tellement long et je crois que j’ai perçu (un tout petit peu de) votre immense courage.

Je suis restée 20 minutes dans ma voiture. J’ai déchargé ma peine par sms à mon conjoint.
Je suis sortie de la voiture en priant très fort de ne rencontrer personne pour aller pleurer et me reposer de ma journée. Et recommencer : travailler, m’occuper de mes douze protégés.
C’est alors que j’ai entendu crier mon nom du trottoir en face. C’était une dame que je connais bien pour un chat en difficulté.
Dans son entrée, il y avait un chat d’environ trois mois qui s’était fait heurter par un véhicule. Il hurlait et il respirait très mal.
J’ai compris tout de suite qu’il n’y aurait rien à faire. Le vétérinaire avec qui nous travaillons s’était fâché la dernière fois que j’étais arrivée en catastrophe avec un de mes chatons qui convulse régulièrement (j’étais épuisée à ce moment là ; j’avais perdu un chat quelques jours auparavant, j’avais paniqué et j’étais arrivée sans prévenir). J’ai pris sur moi et j’ai appelé.
L’état du chat s’est dégradé rapidement sur les cinq minutes du trajet. Il continuait à hurler. Evidemment, j’avais le sentiment que personne sur la route ne daignait rouler à une allure raisonnable.
Une jeune vétérinaire que j’aime beaucoup nous a pris en charge. Elle a rapidement confirmé ce que je craignais : une hernie diaphragmatique. L’animal souffrait toujours beaucoup ; cela faisait vingt bonnes minutes que je supportais sa douleur.
On a effectué une radio pour s’assurer de notre geste final : il présentait une hémorragie abdominale et une hémorragie pulmonaire. En deux minutes, la décoloration de ses muqueuses s’était accentuée. Deux minutes inutiles de souffrance supplémentaire.

Immédiatement, nous avons décidé de procéder à son euthanasie.
La vétérinaire a injecté le produit dans le thorax car il était trop en état de choc pour effectuer une simple injection.
Il continuait à pleurer.
Cela m’a paru long, très long.
Je l’ai caressé ; je lui ai parlé.

Et puis j’ai pleuré.
Je ne pleure jamais dans ces cas-là.
Je ressens toujours une colère sourde qui emporte tous les autres sentiments.
Mais hier, j’ai pleuré.
La vétérinaire qui connaît mon sang-froid a été étonnée.
Alors, je lui ai raconté : le protocole, l’échec, la prise de sang et le chaton que j’avais déjà perdu en septembre, continuer le boulot coûte que coûte.
Marre du sang, de la douleur.
Je me suis excusée de cette impudeur. Elle n’a pas été gênée. Elle m’a même dit que j’avais bien eu raison, que de temps en temps se confier à un inconnu était ce dont on avait besoin. Moi, j’étais affreusement gênée.
Moi, si digne ; si imperturbable.
Moi qui  ne pleure que dans mon lit ou en écoutant la radio dans ma vieille saxo.

Le petit chaton est mort.
Alors doucement, un filet de sang et de mucosités s’est échappé de ses narines inertes.
Comme le sang de mon entrejambe.
Le sang.
Je n’en peux plus du sang.

Dicours de Winston Churchill à la Chambre des Communes, 13 mai 1940:

« A la Chambre des communes, je dirai comme je l’ai dit à ceux qui ont rejoint le gouvernement :  » Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur « .

Nous avons devant nous une épreuve des plus douloureuses. Nous avons devant nous de nombreux et longs mois de combat et de souffrance.

Vous demandez, quelle est notre politique ? Je peux vous dire : c’est d’engager le combat sur terre, sur mer et dans les airs, avec toute la puissance, la force que Dieu peut nous donner ; engager le combat contre une monstrueuse tyrannie, sans égale dans les sombres et désolantes annales du crime. Voilà notre politique.

Vous demandez, quel est notre but ? Je peux répondre en un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de la terreur, la victoire aussi long et dur que soit le chemin qui nous y mènera ; car sans victoire, il n’y a pas de survie. »

 

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Le pastiche infertile (mais néanmoins littéraire)

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne me suis-je pas bien piqué tous les soirs
Que pour voir en un pipi flétrir tant d’espoirs ?

– L’IACid 1-

(si je vous jure, ça fait bien 12 pieds comme tout alexandrin qui se respecte)

Ok,j’avais d’abord hésité à détourner le discours de la défaite de Sarkozy en 2012.
Et je me suis dit que cette défaite  méritait bien du Corneille.

So, it’s officially a fail….

Bon, en même temps, j’avais tellement envie de redescendre en ville boire mon cappuccino au Colombus Café entre le recueil et l’insémination dans les frimas de novembre….

J’ESPERE AU MOINS QUE J’AI LAISSE MON TOUR A L’UNE D’ENTRE VOUS.
Scrogneugneu
(Positive Mental Attitude)

(et si c’est à Miliette, j’en suis ravie 😉   )

Chronique d’un monde de LPAUD

Toi lecteur qui arrives dans le Dallas de la blogosphère ; tu te diras peut-être que dans le monde impitoyable de l’infertilité, du fond de nos utérus et de nos coeurs rabougris telle une momie desséchée au fond de sa pyramide attendant l’aube nouvelle d’une mise à jour archéologique ( euh, je m’emballe là…) , que pour quelques paroles maladroites, nous sommes cruelles…

…que, sans doute,  nous sommes comme les Parques, sombres, prêtes à maudire toutes les procréatrices de l’univers, à délier les destins, à souhaiter des horreurs innommables.

Si tu passes par là lecteur, je voudrais que tu t’immerges quelques minutes avec moi dans une matinée d’un centre de PMA.

***

Quand on arrive au petit matin dans ce labo frisquet et impersonnel après un mois de traitement avec une demi-dizaine d’autres couples, on se salue chaleureusement. Même quand on a le bide en vrac, l’ovaire dans les godasses et une tronche à réveiller la momie susmentionnée.

De manière civilisée, nous attendons pour nous enregistrer. On se sourit, timidement. Tu sais, ce n’est pas facile de cacher son stress, ou de se regarder dans les yeux quand on sait, pour les hommes qu’on va aller se masturber à la chaîne, et pour les femmes, qu’on aura les pieds dans les étriers à sursauter au passage de ce foutu cathéter.

***

Là, tu te dis peut-être, qu’embusquée entre Paris Match et Femme Actuelle, à lire et à relire les affiches sur le don de sperme ( TMTC : cet arbre qui éclôt entre les mains) angoissée à l’idée que mon conjoint « n’y arrive pas », je récite des incantations pour que les autres femmes ne soient pas enceintes, pour que cela soit moi la privilégiée…. Peut-être même que je suis allée me balader dans la maternité dire du mal de toutes les femmes enceintes que j’ai croisées.

Ou bien,

On est toutes restées là,

Ou bien, parfois, quand on a réussi à croiser nos regards, on a aussi croisé les doigts.

Ou bien, on a oublié les statistiques et on a souhaité du fond de nos tripes à toutes ces femmes d’être enceintes .

Ou bien, on a eu peur de reconnaître quelqu’un, tabou de l’infertilité quand tu nous tiens,

Ou bien en passant dans le service d’hospitalisation de jour du service obstétrique, on a désiré que derrière ces portes fermées, les BB4 C1 naissent au bon moment, même quand les mamans postent leur test urinaire sur FB,

Ou bien, on a saisi une bribe de conversation et on a compris que c’était la dernière tentative et on s’est dit : « ce serait injuste que cela soit moi le 15% de réussite, merde, c’est ma première tentative, ils attendent depuis si longtemps »

Ou bien on a vu des couples pour qui on a souhaité le meilleur.

Ou bien, on a retrouvé cette femme au moment de l’insémination, sans son conjoint et on a eu envie de lui dire que si elle était angoissée, désespérée, juste seule, on pouvait discuter.

Ou bien on est passé à côté de la néonatalogie et on a vraiment désiré qu’ils aillent tous mieux, tous ces bébés de C1, 2, 3, 72….

Ou bien on a regardé toutes ces photos de bébés dans ce couloir ambiance XIXe et on ne les a pas trouvés tous magnifiques mais on s’est dit que c’était sans doute des victoires de toute beauté.

***

Pourtant, je te jure, nous sommes les invisibles.
Les femmes sans ventre,
Reléguées au laboratoire à l’extérieur.
Celles dont on ne sait rien, celles dont on ne devine rien.
Celles qu’on regarde de travers sur le parking des patients.
Celles qui vont coucher sur un blog que la femme au gros ventre qui les a fusillés du regard quand elles se sont garées sur ce parking, en retard de 5 minutes, était sûrement une sacrée pétasse, qu’elle avait pas dû s’enfiler 36 seringues pour attendre ce troisième gamin qui sera au moins aussi mal luné que sa mère. Toutes ses copines lui diront que « Ouais, putain, mais qu’est-ce qu’elles sont chiantes ces femmes enceintes »
Et puis cette femme au gros ventre expliquera sûrement sur FB que certaines sont mal éduquées et leur souhaitera sans doute d’en baver pour se garer quand elles seront pleines d’oedèmes à 8 mois de grossesse et que ça promet si elles  sont enceintes un jour. Toutes ces copines lui diront : « Ouais putain, qu’est-ce qu’elles font chier ces gonzesses qui ne savent pas ce que c’est »

Tu vois ce que je veux dire ?

Bref, j’ai fait une insémination

On a voulu un enfant. J’ai arrêté ma contraception, On s’est envoyé en l’air,
J’ai attendu,
J’ai eu un RV dans un service d’AMP,
J’ai attendu

J’ai eu une consultation en AMP. La salle d’attente était en face de la salle des naissances.

J’ai attendu,

j’ai pleuré,

j’ai attendu.

Le médecin nous a reçus, On a déballé notre vie intime, J’ai pleuré, Le médecin a fait un frottis, J’ai pas pleuré, Le médecin m’a filé plein d’ordonnances d’examens. J’ai pris des RV,

J’ai attendu.

J’ai fait des prises de sang,

J’ai attendu

J’ai fait des échographies, J’ai lu Parents en salle d’attente,

J’ai attendu

Mon mec s’est masturbé dans un CECOS, Il y avait pas de Parents mais juste des Paris Match,

J’ai attendu,

J’ai fait des hystérosalpingographies,

J’ai attendu,

J’ai fait des frottis, J’ai fait des prises de sang, J’ai fait des tests,

J’ai attendu,

J’ai pleuré,

J’ai attendu,

J’ai reconsulté, Le médecin nous a donné plein d’ordonnances de médocs, Mon mec s’est masturbé dans un CECOS, On a congelé des paillettes On a fait des blagues douteuses sur les congélateurs On nous a dit FIV ISCI, J’ai dit IAC, On nous a dit sperme congelé, J’ai dit sperme frais, On a parlé de sperme au bahut où je travaille, J’ai insisté IAC, On nous a dit ok pour l’IAC J’ai attendu,

J’ai eu mes règles, J’ai pleuré,

J’ai attendu,

J’ai regardé mon ventre, j’ai regardé l’ aiguille, j’ai pincé mon ventre, j’ai regardé l’ aiguille, j’ai piqué.

J’ai attendu,

J’ai fait une écho, J’ai attendu 14h pour appeler la sage-femme. C’était occupé,

J’ai attendu,

J’ai rappelé, J’ai laissé un message,

J’ai attendu, 

Elle m’a rappelée Elle m’a dit que c’était foiré, J’ai pleuré. C’était les vacances,

J’ai attendu

J’ai reçu des ordonnances,

J’ai attendu,

J’ai fait des prises de sang

J’ai attendu,

J’ai consulté un biologiste. Elle nous a présenté le protocole de FIV, J’ai eu peur, Elle a essayé de me rassurer, Je lui ai dit que je voulais une anesthésie rachidienne, Elle m’a regardée bizarrement, Je l’ai regardée froidement, Elle m’a regardée moins bizarrement, Elle m’a dit : « C’est possible ». J’ai eu mes règles, J’ai pleuré,

J’ai attendu

Je me suis piquée aux hormones,

J’ai attendu,

Je suis allée faire une écho dans un centre d’imagerie près de mon lieu de travail, J’ai posé des autorisations d’absence, J’ai raconté  à mon chef la vie de mon utérus défectueux pour obtenir mes autorisations d’absence Il a compati, j’ai fait mon regard de chien battu, il m’a accordé mes heures. Je me suis perdue Je suis pourtant restée 10 minutes le cul à l’air dans le cabinet d’échographie,

J’ai attendu

L’échographe m’a examinée, J’ai blagué, Il a pas ri, Il a dit : un follicule mature et un endomètre à 8 mm J’ai voulu l’embrasser, Ila avait pas l’air de se réjouir, Je l’ai pas embrassé, J’ai payé 22 euros de dépassement d’honoraires J’ai bloqué l’entrée du labo car je n’arrivais pas à taper le code de la barrière du parking, Mes clignotants ont lâché. J’ai appelé la maternité à 14h Elle m’a dit qu’elle n’avait pas les résultats de la prise de sang, J’ai dit du mal du labo, Elle a confirmé, J’ai renchéri,

On a attendu O

n a eu les résultats à 15h, Elle m’a dit qu’on déclenchait l’ovulation J’ai voulu l’embrasser, On était au téléphone, On s’est pas embrassées. J’ai posé des autorisations d’absence, J’ai raconté  à mon chef la vie de mon utérus défectueux pour obtenir mes autorisations d’absence Il a compati, j’ai fait mon regard de chien battu, il m’a accordé mes heures. Je me suis injectée l’Ovitrelle, J’ai fait cours comme une camée aux élèves, Ils m’ont demandé si je me sentais bien, Je leur ai dit que oui, Je me sentais pas bien, J’ai mélangé mes cours, Ils m’ont dit que j’étais pas bien quand même. J’ai voulu reprendre le volant pour rentrer, Je suis restée au bahut, Je me suis reposée, J’ai repris le volant.

J’ai attendu

Ce matin, Je suis arrivée à 8H15, On est entrés dans le labo, Il y avait cinq couples, On les a regardés, Ils nous ont regardés, On s’est salués,

On a attendu

J’ai embrassé mon mec. Les mecs sont allés se masturber, Je suis allée dormir dans la voiture, Mon mec m’a regardée, je l’ai regardée, On s’est embrassés. On a presque pleuré.

On a attendu.

On est allés boire un café en ville,

On a attendu,

On ets revenus à la maternité,

On a attendu,

On nous a fait rentrer dans une pièce tamisée,

On a attendu,

Je me suis déshabillée,

On a attendu,

Tout le monde a vu mon intimité, Le docteur est arrivé, Elle était gentille, Elle nous a souri, J’ai voulu l’embrasser J’étais en position gynécologique, je l’ai pas embrassée. Elle a vérifié mon identité, C’était bien mon identité. La préparatrice a passé la tête par la petite fenêtre, Elle a dit « 1 450 0000, 74% de mobilité » J’étais déçue, Mon mec comprenait pas, J’ai caché ma déception. Elle a posé le champ, Elle a posé le spéculum, Elle a passé le cathéter, J’ai explosé la main de mon mec, Mon mec a quasi pleuré, Elle a déposé la préparation, La radio passait « New Year’s Day » J’ai quasi pleuré Elle a croisé les doigts, On l’a remerciée, On a quasi pleuré

On a attendu,

On a plaisanté,

On a attendu,

la radio a passé :  » raise me up »

On a attendu,

L’infirmière est passée, Je me suis rhabillée, Elle nous a expliqué plein de trucs, J’ai écouté, J’avais faim, Elle nous a rééxpliqué des trucs, j’ai écouté, On a quitté le service d’AMP, Je suis allée aux toilettes, On a rejoint la voiture sans clignotant, J’ai allumé la radio ça jouait : En Cloque _ Renaud On s’est dit que c’était une drôle de coïncidence, On a pleuré,

BREF, J’AI FAIT UNE INSEMINATION.

( Article qui doit beaucoup de son inspiration à Ciconia et à  un de ses derniers posts ! )