Du marketing et de l’infertilité

On s’est souvent demandé ce que nous pourrions réclamer pour rétribuer nos évidents talents de narratrices infertiles.
Un test de tampax?
Un concours de Cup?
Un lot de revues pornographiques ?
Un an de téléchargement sur RedTube ?
Un coupon réduction pour les culottes coton midi de chez Sloggi ?

Il s’avère qu’au gré de mes errances webiennes, je suis tombée sur un article qui parlait de nous :  des « gentilles » nous et des « méchantes » nous. Quand j’écris nous, je veux bien entendu parler des couples, et plus particulièrement des femmes, qui ne parviennent pas à obtenir de grossesse.
C’est un peu mon tour de « veille » sur le net, je parcours et je retourne à mes préoccupations.
Rien de neuf ni de plus brillant sous le soleil de Satan.

Cette fois je trouve que l’article est tourné un peu étrangement. Je vois la mention « lien hôte » en-dessous (à moi, sombre blogueuse du tréfonds de wordpress, cela ne me parle absolument pas). J’approfondis alors ma lecture et je clique sur un lien qui me renvoie à un autre blog tenu par une femme qui a eu un enfant suite à une parcours PMA. Un article y parle de la récente vague (disons vague de septembre) de liens hôtes vers une clinique privée espagnole et du malaise ressenti face à cette pratique.

Donc, pour quelques poignées d’euros, on parle de l’infertilité et on glisse vers le site d’une clinique espagnole.  Cette clinique c’est http://www.ivi-fertility.com ; je crois qu’elle, je peux la dénoncer parce que le procédé est quand même abject.
Je ne vais pas réécrire l’article qui parlait, avec beaucoup de justesse, de cette situation, ni mettre de lien vers celui-ci pour des raisons que vous devinez. Il était absolument très bien rédigé ; il n’y aurait rien à ajouter.
Je répéterai simplement cette réalité : le recours à des établissements privés étrangers n’est ni un eldorado ni une démarche de première intention dans le traitement de l’infertilité. C’est une solution qui répond à des situations très ciblées : arrêt de prise en charge en France, couple lesbien, femme célibataire, délai de don……

D’une part le ciblage marketing est un poil raté  (nos marketeuses m’approuveront sans doute) ;  d’autre part, on ne peut pas écrire sur l’infertilité comme on écrit sur un rouge à lèvres, une voiture ou un magasin.

 

C’est un peu comme si Guigoz me demandait de rédiger un article pour parler de lait adapté aux régurgitations , il y aurait comme une dissonance….. Ou bien comme si un cabinet de psy me demandait de parler de la dépression post-partum, cela serait pour le moins incongru !
Dns le cas qui nous intéresse, même si cela part d’une bonne intention matinée d’intérêts pécuniaires, on parle de traitements médicaux. En plus d’être déplacé, le lien est même potentiellement une source de danger.

Que le couple/femme qui souhaite se renseigner sur les cliniques espagnoles, tchèques, belges se rapproche de personnes qui ont vécu cette expérience.

L’infertilité est un problème médical qui nécessite de communiquer des informations éclairées et impartiales. Ces connaissances ne s’acquièrent pas en quelques clics sur la toile.
On parle clairement de  SANTE et de RISQUES.

Si elle est menacée de devenir un business (et je crois que c’est le cas, au-delà d’être déjà un sujet de polémique), par pitié, n’y participons pas.

Tel le poignard dans la plaie

Hier, j’ai été embarquée dans deux vernissages d’art contemporain, un prévu et un à l’improviste, un privilège de nullipare.
J’aime beaucoup  l’art contemporain qui répond tout à fait à l’affreuse nécessité que je ressens de créer des nœuds marins à l’intérieur de mon cerveau. Quand l’objet transcende le sujet, ça me parle.
Grave.
J’ai pris un air très sérieux pour mettre en relation le développement de l’esprit critique de nos chères têtes blondes avec l’art.
Non point que je n’en sois pas convaincue. Je suis intimement convaincue de la puissance de l’art. Je ne suis pas ironique; je me sens juste illégitime parce que je suis une jeune enseignante, une bleuette en quelque sorte.

Mon jus à la main, légèrement en retrait de la scène fantasmagorique et artistique, j’ai disséqué le ballet mondain. Le semblant d’intérêt. La critique assassine glissée dans un gant de velours. L’orchestration savante des discours. Le convenant, l’inconvenant. Le dit et le non-dit. Guetté la chute après le porté.
J’adore les mondanités.
J’aime être la spectatrice de l’ombre, l’ingénue que l’on croit.
Mais s’ils savaient….

De toute façon, je n’avais pas envie de rentrer. Je n’ai plus envie de rentrer chez moi. Rentrer cela signifie jouir de la condescendance appuyée de D., prendre ma progestérone, me rappeler que j’attends.
Pour 3 ridicules petits pourcent.
Je veux oublier.
Je suis dans la phase de colère.
Je veux mettre du rouge à mes lèvres, des escarpins et danser avec un verre d’alcool à la main dans un bar à la mode.
Je veux traîner dans la ville muette trahie par le bruit de mes aiguilles, emportée par le souffle froid des frimas sous un amas d’étoiles livide.

Mais je suis là, en tenue quelconque, un verre de jus à la main, souriant de manière convenue.

Le verre de jus de pomme et mon déclin du crémant rosé invitent à la discussion.
On m’interroge. J’explique. Je n’ai pas de tabou.
Chez mon interlocuteur, il n’y a pas de retenue ou bien inconscience de la résonnance des paroles.

« Mais pourquoi cet acharnement de l’enfant biologique ? »

« Est-ce que le problème n’est pas votre différence d’âge ? »

 » Comment tu peux dire que tu le quitterais si tu ne pouvais pas parvenir à avoir un enfant avec lui ? Donc tu n’es pas amoureuse? »

Je souris.

J’ai envie d’être enceinte. Dois-je réellement me justifier sur mon désir alors même qu’il s’agit des souffrances endurées par mon corps et par mon âme ?
Si quelqu’un a un rêve, doit-il se justifier de se donner tous les moyens possibles pour y parvenir ?
J’ai écrit par ailleurs que j’aimerais adopter mais je ne veux pas que cela soit un choix par défaut.
Qu’est-ce qu’ils savent, eux, de la béance sous mon nombril, du vide, du néant abyssal qui grignote mon utérus, la gangrène de l’attente?
Qu’est-ce qu’ils savent, eux, du regard tranchant de reproches, des mains qui se défont, des corps qui vont qui viennent, qui viennent de moins en moins?
Qu’est-ce qu’ils savent, eux, des nuits d’insomnie où j’imagine son petit corps gluant sur mon ventre , les traits de son père et sa bouche puissante sur mon sein?

Mais le véritable coup de couteau, c’est la remise en question de ma relation.
Depuis samedi et l’échec du recueil, j’ai nourri de très vilains sentiments.
Je lui en veux cruellement. A D.
Je crois pourtant qu’exprimer les choses est une affaire d’honnêteté. Au fond, je ne sais pas ce que je ferai. Faire le deuil d’une grossesse n’est pas envisageable pour l’instant , le renoncement me serait trop douloureux ; je pense que cela impliquerait à moyen ou long terme une séparation bien moche.
Est-il humain de demander à une femme de choisir entre son désir de porter un enfant ou sa relation amoureuse ? Peste ou choléra? Tragédie à la Corneille.
Je n’ai pas envie de gâcher notre histoire qu’elle continue ou qu’elle s’interrompe.
La différence d’âge.
Le jugement d’autrui.
La santé de D.
Maintenant l’infertilité.
Mes épaules qui ploient inexorablement.

Je rêve de volutes bleues couleur de Curaçao , mon regard trouble cerné de noir qui perce la fumée épaisse . Quelque chose meurt au fond de moi.

Comme des imposteurs…

On écrit sur nos blogs pour nous délester de nos épreuves, pour se retrouver entre patients PMA et aussi, j’en suis convaincue, pour que d’autres puissent nous lire et trouver des réponses, même si c’est souvent un effet ricochet.
Et nous autres, savons que c’est déjà beaucoup. C’est beaucoup, lorsque l’on a un diagnostic d’infertilité ( ou toute autre épreuve d’ailleurs), de savoir que d’autres « savent » ce que nous vivons, d’incarner notre parcours. Nous nous nourrissons des expériences et des mots des uns et des autres.

Il y a des sujets que l’on aborde plus ou moins difficilement cependant. Ce sont les sujets qui touchent à l’intimité, à nos sentiments mitigés, à notre couple, à notre corps, aux corps de nos conjoints. Et ce sont peut-être des sujets que d’autres auraient besoin de voir soulevés. Il y a aussi cet anonymat, une question aussi épineuse que douloureuse.

Je souhaitais donc déchirer une petite partie du voile sur la paternité tardive et la Procréation Médicalement Assistée au sein du couple présentant une grande différence d’âge.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que la fertilité chez les hommes et les femmes est asymétrique.  C’est une inégalité biologique. Même si aujourd’hui, on reconnaît de plus en plus la détérioration des gamètes chez les hommes avançant en âge, la période de la vie pendant laquelle un homme peut être fertile est naturellement plus longue que chez la femme.
Il en résulte un vrai problème de société.
L’espérance de vie s’allonge aussi et les projets se décalent avec cet allongement. Ce prénomène n’ira pas en sens inverse.  Avoir quarante ans, c’est être jeune. Sauf pour une femme qui souhaite avoir des enfants.
De plus en plus de femmes entrent dans un parcours PMA à quarante ans et se heurtent à un exercice de probabilité douloureux et implacable. C’est une réalité qu’elles n’avaient pas envisagée, surtout dans un discours ambiant qui tend à vouloir démontrer que l’AMP est l’école de la réussite et de l’eugénisme.
J’en viens donc à un sujet d’actualité.
Permettre la conservation des ovocytes, c’est augmenter le taux de réussite en PMA, contribuer à diminuer les inégalités et faire réaliser des économies sur les parcours AMP. En outre, cela pourrait aussi permettre d’augmenter les dons puisqu’on pourrait envisager que les femmes parvenant à obtenir une grossesse naturelle puissent faire don de leurs ovocytes.

Malgré ces observations d’ordre physiologique, il y a toujours un « âge social » pour être parent.

Un homme qui souhaite être père à 50 ans soulève des questions : Refus de vieillir ? Démon de midi ? Caprice d’une jeune maîtresse insouciante ? Autant d’interrogations qui tendent à rendre illégitime le désir de paternité passé un « certain âge ».

Pourtant, le désir d’enfant naît de la même manière qu’à 20 ou 30 ans : une histoire d’amour, une irrépressible envie de filer la métaphore de la continuité.

De la genèse du désir

Au début du commencement de l’histoire, j’avais dix-huit ans et trois mois, il venait d’avoir quarante-et-un ans. J’avais envie d’une relation physique ; je ne me suis pas interrogée sur le désir d’enfant. Depuis que j’avais eu une petite soeur à quinze ans dont je m’étais beaucoup occupée,  j’étais passée simplement du « je n’aurai jamais d’enfant » à « j’aurai des enfants sur le tard après trente-cinq ans ».
Trente-cinq ans, c’était dans dix-sept ans, quasiment le double de mon âge d’alors.

Quand D. a appris qu’il allait être grand-père, j’avais vingt-cinq ans. Notre banale histoire de sexe était devenue sept ans de vie commune, avec traversée d’épreuves et différence d’âge assumée.
Il fallait se rendre à l’évidence. On vivait une histoire sérieuse. J’ai senti que les conventions n’en sortiraient pas indemnes , qu’il fallait évoquer LE sujet.
J’ai esquissé, un jour, timidement, l’hypothèse d’être un jour parents tous les deux.
Sa réponse a été sans appel :  » Tu vas me donner envie. (silence) Oui, je crois que j’aimerais bien. »

Et s’il avait refusé ?
Je serais restée ou bien je serais partie. Cela, je ne le sais absolument pas. Il n’était pas question d’avoir un enfant non désiré, par respect pour mon conjoint et pour cet enfant. Cela ne m’a jamais effleuré l’esprit.
Sans doute aurais-je beaucoup souffert d’un refus et que cela m’aurait demandé, dans un sens ou dans un autre, un immense sacrifice.

J’étais encore une étudiante passionnée et ambitieuse avec un désir d’enfant qui enflait en permanence, le MASTER, les concours… S’investir et attendre. Mais tout me ramenait à une maternité. Quand D. a été grand-père, j’ai développé un sévère eczéma qui ne s’est finalement résorbé que lorsque j’ai arrêté ma contraception, tant je me sentais dans une position inconfortable, entre douleur de l’envie et  douleur du doute.

Du point de vue des autres, c’est-à-dire de l’enfer, je suis devenue la personne à abattre. Un homme de cinquante ans ne pouvait pas sciemment avoir envie d’un enfant. Il fallait une femme manipulatrice qui voulait confisquer cet homme à tout prix.

Mais la vie ne se résout pas à la manière d’une fonction linéaire. Les chapitres de celle de D. ne s’étaient pas toujours succédé comme il l’aurait souhaité. Il me dit souvent : « J’ai vingt ans de retard sur notre histoire ».
Avoir un enfant à cinquante ans, ce n’est pas faire table rase du passé ni le renier,  ce n’est pas prendre la vie pour un palimpseste, ce n’est pas une transgression. C’est le choix d’inaugurer une page blanche, d’écrire une suite différente :  c’est un rebondissement .

Curieusement, je suis celle qui s’est posée le plus de questions ; là où D. a clairement assumé son choix de paternité.
Disons-le clairement : si mon père avait envie d’un enfant aujourd’hui , ne ressentirais-je pas comme un sentiment étrange ?
Je crois que oui. Mais même si notre histoire a eu des ratés ; je lui aurais reconnu le droit fondamental d’essayer d’en écrire une autre, pour son bonheur, parce que je l’aime et parce que ça ne rayerait pas la nôtre.
J’ai fini par être intimement convaincue d’être une usurpatrice, une voleuse de « grand-père », une pourfendeuse de la famille traditionnelle et de la bienséance tout en étant révoltée du jugement d’autrui. Je ne me sens toujours pas, parfois, à ma place. D. sera bientôt grand-père pour la troisième fois ; mon ventre est toujours vide. Comment ne pas imaginer là une remise à notre place du destin?

De la légitimité du désir d’enfant ?

A-t-on le droit de vouloir un enfant vis-à-vis de la société et vis-à-vis de la responsabilité d’une vie?  Vis-à-vis de la société, il faut apprendre à surmonter le jugement. Vis-à-vis d’un enfant, je crois que tout couple se posant sérieusement la question de la parentalité est sensible à ce sujet.
Evidemment, plus que d’autres couples, nous envisageons les malformations possible, le fossé générationnel; le risque de décès, la question du renoncement et de l’âge limite. Nous serons, si Dame Nature le veut bien, des parents hors normes, mais sans aucun doute des parents qui auront désiré leur enfant du fond de leurs tripes.

De la solitude et de l’incompréhension

Dès que nous avons évoqué notre désir, nous nous sommes globalement heurté à un mur d’incompréhension.
Un enfant, chez un couple entre vingt et quarante ans, est attendu comme un cadeau par toute la famille.
Chez nous, non.
Personne n’attend cet enfant pour nous ; personne ne s’inquiète de sa non-venue, personne ne s’impatiente, sinon nous.
Quelque part, il est un enfant du non-désir.
Et je demande à D. « Est-ce que ça suffit d’être à deux pour vouloir et faire un enfant ? »
Un enfant coupé du reste de sa fratrie, un enfant peut-être unique au sein de la nichée, un enfant désapprouvé.
Alors quand l’infertilité est venue se joindre à cette danse, la douleur en a été décuplée, comme s’il s’agissait d’une punition divine.

Pourquoi me plaindre, moi qui m’inflige un traitement, quand il me suffirait de faire un enfant avec un autre homme ?
Pourquoi le plaindre lui alors qu’il a déjà des enfants et que ce n’est plus de son âge ?
Pourquoi contribuer au trou de la sécurité sociale pour un caprice décalé?
Et au milieu, du chagrin, de la solitude et du vide.

Une fois n’est pas coutume, le salut est presque venu du corps médical. Pourtant certains centres refusent les couples dont l’homme est trop âgé….
Pas l’ombre d’une remarque sur notre histoire ni sur notre désir.
Enfin.
On nous a offert de l’aide.
Lors du premier rendez-vous, j’ai failli pleurer d’émotion pour ce simple fait : l’absence de jugement.
« Vous voulez un enfant, vous rencontrez des difficultés et on va vous aider ».
Pourtant, encore maintenant, je me sens mal à l’aise quand je vais à la maternité. J’ai peur du regard désapprobateur, de l’incompréhension. Je considère presque l’éventualité d’un échec comme allant de soi, alors que je suis absolument certaine de mon désir d’enfant.

Faut que ça saigne !

Purée, ça y est, il a déposé le préavis.
Mon endomètre fait grève.

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35 follicules d’après les forces de l’obstétrique, 1 follicule dominant d’après les manifestants. Sans doute pas d’ovulation sur le cycle de repos d’après la patronne qui pense que c’est là que le bât blesse.

Il a sorti les slogans et les banderoles. Il y a comme une sorte de brouillard épais en bas de mon ventre, une pesanteur.

 » Travailler plus pour procréer moins? Et le pouvoir d’ovulation? »
« Exigeons des gamètes de qualité »
« Ton Gonal , si tu savaiiiiiiss, si tu savais où on se le met! »
« On veut des embryons, on veut des embryons ! »
« Pas de recul sur les acquis hormonaux ».
« Trop d’ovocytes sacrifiés »
« Ras l’échographie »
« Touche pas à mon col, No Pasaran » (
mon endomètre vote à gauche)
« On lâchera rien »
« Un bébé c’est un pénis et un vagin » 
(oh, mer*e, si ça se trouve mon endomètre est un conservateur réactionnaire en fait)

Il a pris mes règles en otage.

J’ai réuni les différents acteurs génitaux hier dans une réunion de crise sans fin. A trois heures du matin, les représentants sein-dicaux n’étaient pas parvenus à un compromis (mal, pas mal, tendus, chute de progestérone, granuleux?). J’ai signé pour une cure de vitamine C pour les gamètes de D. (à écouter la pharmacienne, tu rajeunis de vingt ans, elle est marrante la pharmacienne, pour un peu j’aurais presque cru que ça pouvait augmenter la mobilité des spermatozoïdes) ; j’ai accepté de continuer le versement de la prime de B9 et j’ai concédé un 13e mois de Tardyféron.

J’espère juste qu’ils vont pas se  mettre à faire des saucisses bières et brûler des pneus.
(oui, c’est totalement cliché et c’est juste pour la note humoristique )

J’ai repris mes incantations vaudoues. Celles que je faisais quand je savais que j’étais pas enceinte et qu’il fallait que j’aie mes règles.
Je me mets devant une glace, salle de bains, rétroviseur intérieur, chiottes du collège et je répète à haute et distincte voix : « Je vais avoir mes règles » ou  » Je ne suis pas enceinte ».
Ma collègue m’a regardée d’un air complice : « Aaaaaaaaahhhhhhhh ».
« Non ».
« Ah. »
J’imagine le sang couler. J’imagine une rupture de barrage.
D. me regarde avec circonspection.
Presque heureux que le foirage s’annonce de mon côté, histoire de changer.

Elle font sang-blant. Elles sang-blent se marrer à jouer à cache-cache avec mes nerfs, avec ma cup et avec mes symptômes.
Elles sang viennent et sang vont. Il va sang dire que je suis perdue.
Une demi-cup, une demi-journée.
Something rotten in the kingdom of Denmark, comme dirait un obscur dramaturge élisabethain.

Je crois bien que le fait d’avoir été bien malade la semaine dernière a semé un rare capharnaüm dans mon organisme. Moi, la C29 O-Day 15, dpo 14.
Des saignements alternatifs comme la musique que j’aime.

Dans la vraie vie, je m’en ficherais. Mais c’est mois de traitement avec injections à planifier et du coup, je ne sais toujours pas si j’ai eu mes règles, si je suis en phase progestative , si mes hormones pédalent grave dans la choucroute….
Cela paraît déjà tellement l’éternité un mois de pause entre les tentatives. Et puis début décembre c’est l’anniversaire de D. et notre anniversaire de rencontre , j’étais déjà en train d’imaginer un truc…. (Oui, j’imagine des « trucs »  en IAC avec une orientation de base en ICSI, que veux-tu…).

Sex and the (IA)City

Alors tu vois lecteur, moi je n’aurai jamais de bébé naturel.
Qu’est-ce que c’est moche d’ailleurs cette expression… genre quand tu conçois un enfant à l’horizontale (ou à la verticale, c’est toi qui établis les lois de ta gravité) il est bio, élevé au bon grain et quand tu l’as en AMP, il est nourri aux hormones.

Ah mais m*rde, mais oui en fait.

Je vais faire un bébé de batterie. * frightened scream*

Je n’aurai jamais de « bébé couette » (là aussi, si tu veux le concevoir dans les toilettes d’une boîte entre le dégueuli du Mojito et celui de la Margharita c’est toi que ça regarde) parce que nous ne pouvons pas « le faire ».
Mon conjoint ne souffre pas seulement d’éjaculation rétrograde ; il souffre aussi de graves troubles de l’érection. Qui résistent à toutes les prises en charge jusqu’ici.  Combo : neuropathie diabétique + traitement médicamenteux.
Comme dans mon dernier article sur le premier sujet, je me lance parce que je ne suis pas seule et pourtant je suis seule quand j’ai besoin d’aide, de me confier. Nous sommes pourtant plusieurs centaines de couples dont le mari est tétra ou paraplégique, opéré d’un cancer de la prostate , malade,  en parcours AMP  et pour lesquels la sexualité est devenue un autre parcours du combattant (sans compter les couples hors AMP).

Tabou, chut… Honte.

Et puis ceci n’est pas un blog consensuel, alors au diable l’avarice et là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir.  (oui, j’aime parler par aphorisme)

D’ailleurs en parlant de plaisir…
Je te vois venir… Tu vas me dire que je suis une « mal baisée ». Tu vas me dire que je m’aventure sur des pentes glissantes en ajoutant la casquette de « frustrée » à celle d’ « infertile aigrie ».
Alors, je te rassure de suite…. Déjà, si ton plaisir se limite à la seule pénétration en missionnaire, tu rates un truc. Un truc de ouf.
La sexualité est un vaste éventail de pratiques extatiques.
Mais oui, un rapport sexuel ordinaire bête et méchant, c’est essentiel à l’équilibre.
Ne me demande pas ce qu’il m’arrive pour que je te fasse ce coming-out. C’est la lecture d’un article, un mail reçu auquel je n’ai pas su répondre, alors voilà, je viens te livrer ma vie.

J’ai été trash au début, mais je te promets, je deviens plus sage dans la seconde partie.

Je ne vais pas te dire que tout se passe comme dans un panneau FB : « Si toi aussi, t’as un homme formidable… blablabla, avec du love et des coeurs autour »

Parce qu’en plus des rapports programmés, tu peux aussi ajouter à l’addition, supplément gratuit (ne passez pas par la case Départ, ne remerciez pas DNLP), la prise des petites pilules bleues non remboursées (ou orange ou blanches, faut tout essayer dans la vie) qui font vomir et puis quand ça ne fonctionne plus les injections intracaverneuses prescrites par The big Ponte des Loosers de la Kékette qui ne jure que par les dépassements d’honoraires et qui ne fonctionnent plus non plus.
Après ça, t’essaies d’avoir une sexualité épanouie.
Siiiiiii, vas-yyyyyy, essaie.
Essaie de rassurer ton mec. Essaie de lui faire prendre conscience que non, ce n’est pas uniquement parce qu’il est fatigué. Essaie de lui expliquer que, non, là, ça ne va pas fonctionner après deux heures de préliminaires.
L’abstinence du « rapport normal » se compte en années et les « bébés couette » se font avec la méthode artisanale qui circule feutrée sur les sites lesbiens, pot de yaourt en verre et pipette d’Efferalgan nourrisson.
Mais ça marche pas non plus. Rapport à l’éjaculation rétrograde.
Je suis comme les hommes politiques, je cumule.

Comme je ne suis pas une sainte ni une carmélite, que je n’ai pas trente ans, une libido assez prononcée et que je sais très bien que souvent  les hommes me regardent, je ne vais pas te dire que c’est pas grave, que tant qu’il y a de l’amour y a de l’espoir et que je sublime ma frustration en faisant du yoga, non. Pas vraiment.

Oui, j’ai eu envie de partir.

Oui, j’ai déjà été odieuse au 3e essai raté de la semaine.

Oui, j’ai souvent pensé et je pense encore parfois à un amant et comme je suis itinérante, je pourrais ne pas m’attacher.

Oui, j’ai déjà discuté avec mon conjoint de la possibilité que je puisse avoir un amant et de la manière dont il le vivrait.

Oui, je me suis inscrite sur un site de rencontre en culpabilisant et j’ai échangé avec d’autres hommes, puis j’ai arrêté.

Oui, je suis une femme fidèle. Infaillible. Enfin jusqu’à maintenant. Par amour, par respect…. et aussi parce que l’opportunité ne s’est jamais vraiment présentée.
Ou bien que je l’ai soigneusement évitée. Je ne suis pas une héroïne non plus.

Alors, tu vois, je ne jugerai jamais personne sur son itinéraire personnel, son envie, ses failles. Tant que tu ne le vis pas ; tu ne peux pas savoir ce que c’est.

Ce n’est pas incompatible avec le désir d’enfant. Je n’ai pas envie d’un enfant avec un autre homme ; j’ai eu envie d’un enfant avec l’homme que j’aime comme un prolongement naturel de notre histoire et ça n’a rien à voir avec notre sexualité. Techniquement, et sauf mauvaise surprise bien dissimulée de DNLP (avec celle-là, faut se méfier), je peux avoir un enfant de n’importe quel homme fertile; mais pour moi, aujourd’hui, ça n’a aucun intérêt. J’ai plein de projets qui font qu’intrinsèquement, un enfant pour un enfant, n’est pas un but en soi, maintenant. En revanche, la perspective de ne pas avoir d’enfant avec cet homme-là maintenant me fait beaucoup souffrir.
Je n’imagine pas faire ma vie avec quelqu’un d’autre pour une histoire de sexualité.
Par contre, je m’imagine très bien faire furieusement l’amour sous une gouttière la nuit façon neuf semaines et demi.
Je voudrais que les deux ne soient pas incompatibles. C’est un jeu dangereux. J’ai peur de faire mal. J’ai peur de perdre. Je n’aime pas perdre.

Car, en revanche, je peux te dire, et en PMA on est assez calé pour pouvoir l’ouvrir à ce sujet, je peux te dire ce que c’est d’aimer, d’aimer jusqu’au bout, d’aimer malgré tout. D’aimer en dépit de tout.
Aimer quand tout va bien , quand tu as l’argent, la santé, la fertilité ; certains te diront que ça relève déjà de l’exploit. Si tu arrives à surmonter l’ennui sans doute.

Et pourtant, on est là.
Avec nos vingt piges de différence d’âge, la peur de se perdre, la peur de ne pas avoir d’enfants.
Après plus de dix ans de relation, on est là.
Là, tout en haut de la vigie, en proie aux tempêtes, aux mouettes qui attendent le cadavre à la mer et qui suivent le bateau, on est là.
Mais, s’il m’avait dit :  » Dans dix ans, je serai diabétique sous insuline, j’aurai fait un infarctus, je souffrirai d’éjaculation rétrograde, je ne pourrai plus te faire l’amour et mes spermatozoïdes seront mous du flagelle », est-ce que je serais restée? Peut-être que non.
Est-ce que je vais rester ? Peut-être que non.  C’est simplement être réaliste sur les tensions de l’être humain, sur nos capacités naturelles d’endurance.
Le temps use ou rapproche, hiérarchise nos priorités, tisse cet invisible lien (et là, si tu as déjà vu comment on tressait une corde de chanvre, tu vois exactement de quoi je parle) ou le détricote.

Et je me questionne : l’amour ou la force de l’habitude ?
Et puis, on se retrouve à ce café entre le recueil et l’insémination, putain, et je sais que c’est l’amour.
Alors ce qui se passera après, je ne sais pas.
Si j’aurai un enfant de lui, je ne sais pas.
Si on se mariera, je ne sais pas.
Si je le tromperai, je ne sais pas.
Mais là, je veux juste vivre ce que l’on a à vivre.

PS : tu es en AMP, tu te sens concerné(e) et tu as besoin d’échanger ? Fais signe. Ne reste pas seul(e).

Je cours pour ne pas m’arrêter

Je cours.
Environ deux fois par semaine, parfois trois. Entre cinq et dix kilomètres. Parfois du fractionné.
Je voudrais m’inscrire à un dix mille, puis à un semi-marathon.
Mais voilà, je m’arrête au moins quinze jours tous les deux mois lorsque j’ai une tentative alors il m’est difficile d’établir un plan d’entrainement qui tienne la route. Et puis je cours seule. Etre une femme et courir seule après le travail , ce n’est pas toujours rassurant.
Je cours parfois pour des bonnes causes, j’ai raté Octobre rose, mais j’ai couru avec mes élèves pour ELA. Quatre courses de suite, 8km500. Et un élève poursuivi par une prof, ça court vite, surtout quand c’est un gaillard de 3e.

Petite, je n’étais pas une bonne coureuse.
On peut même dire que je n’aimais pas cela.
J’ai véritablement couru au début de mon anorexie. Et puis je n’ai plus osé faire de sport pendant plusieurs années.
J’avais peur de ne pas savoir m’arrêter, de me maltraiter à nouveau.

J’ai repris la course à pieds quand j’ai voulu un enfant, pour m’entretenir, pour me prouver que j’étais capable de le faire. J’espérais même entrer chez les pompiers comme volontaire.
Je me suis blessée alors j’ai essayé d’autres sports mais je reviens toujours à la course à pied.
Depuis deux ans, je procrastine beaucoup. Sauf en matière de course à pied.

Je cours contre les éléments, la pluie, le vent, la neige, le soleil comme je lutte contre mon infertilité.
Je cours longtemps comme je lutte contre le découragement, les yeux fixés sur l’horizon indélébile, la ligne de toutes les ambitions.
Je souffre mais j’arrive toujours à destination. Le souffle court, je me rappelle qu’à la fin, c’est toujours moi qui gagne.
J’écrase sous chaque foulée mes douleurs, mes peines et mes déceptions.
Je travaille la pensée positive ; parce que quand tu es en pleine montée après 8km avec le vent de face et dégoulinante de transpiration, si tu penses à la douleur de tes cuisses ou à ce qu’il te reste à gravir, c’est foutu. En revanche, si tu te concentres sur la part de tarte au citron meringuée qui t’attend à la maison, aux kilomètres déjà avalés, tu arrives en haut et tout le monde sait qu’après les côtes, viennent toujours les descentes, c’est-à-dire la récupération, la stabilisation du souffle. Quand je dois annuler une IAC, quand j’ai mes règles ; je tente de retrouver cet état de grâce, de suspens et j’avance.
Quand je cours, je sens que je vis ; j’oublie le reste et je ne suis concentrée que sur mon effort, la distance, le temps. Des fois, je me dis que c’est pour ça que l’infertilité m’est tombée dessus , parce que je suis une lutteuse, une travailleuse de longue haleine, une marathonienne dans l’âme, les performances en moins.

Lorsque je dois faire une pause, je finis invariablement par souffrir à nouveau du dos ou du piriforme. Alors je rechausse mes baskets et je vais courir. A chaque fois que je suis en colère, débordée, que je ne comprends plus ce que je lis ; je sors et je cours.
Je profite de cette douche chaude au milieu de l’hiver quand il fait moins de zéro ou que la pluie a traversé mes vêtements ou bien de cette douche fraîche quand il fait moite et que l’ombre a manqué.

Je cours pour ne pas m’arrêter.

 

Moi, aigrie et méchante 2

Il y a plusieurs semaines, il m’est arrivé une mésaventure assez lourde de conséquences.
En effet, j’avais rédigé il y a quelques temps de cela un article fustigeant les blogs de mères, et plus particulièrement un, sur lequel j’étais tombée par contacts interposés.
C’est vrai qu’il m’arrivait, avec d’autres, de me moquer de certains aspects de ces blogs. Ce n’était pas toujours rédigé dans une prose flamboyante.
Glissant un lien fort maladroitement dans un autre article, de la même manière que le Président de la République entre le code rouge, s’ensuivit un déferlement de réactions, de l’auteure qui s’était reconnue d’une part et de plein de femmes tenant des blogs au sujet de leur maternité d’autre part.

Un dimanche, j’ai allumé mon ordinateur vers 10h pour me mettre au travail et j’ai découvert mon compte twitter saturé d’insultes toutes aussi poétiques que distinguées.
J’ai découvert qu’on avait trouvé mon nom, mon adresse, qu’on allait écrire à mon employeur.
Dans la journée, on ne compta plus les articles « droit de réponse ».

On me reprocha alors d’avoir supprimé mes articles comme une dégonflée (qu’auriez-vous fait si on avait menacé de vous balancer aux RG ?) après avoir demandé que je retirasse mon article.
On me fustigea pour ne pas avoir personnellement contacté la personne qui s’était reconnue, alors que j’eus à peine le temps de me connecter que je croulais sous la vindicte populaire.

J’ai d’abord laissé le temps passer puis j’ai parcouru certaines  réactions du côté du camp blessé.
On a dit, et il est vrai, qu’un droit ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.
J’ose mettre un bémol quant à la vérification de l’adage pour le droit de réponse.

Les amis de mes ennemis, les ennemis de mes amis…. enfin bref.
Il n’était nulle question ici de chercher une quelconque vérité. J’avais rédigé un article borderline, j’ai présenté des excuses dans un autre article pour certains aspects du contenu qui avaient pu heurter la sensibilité de l’auteure qui s’y était reconnue.
La rumeur enflant , je suis passée de rédactrice d’un blog médiocre et aigri à pourfendeuse de la maternité.
J’avais dit à une mère que son enfant était laid ; je détestais les mères, toutes les mères. On s’insurgeait, on pleurait, on avait des contractions de désespoir à la découverte d’une telle noirceur dans les entrailles défectueuses de quelques infertiles en rupture de ban.

Alors voilà, je ne ne déteste pas les mères. Je ne déteste aucune femme parce qu’elle a ce qu’il me manque à moi. J’ai plein de mères adorables ou parfois un peu embêtantes dans mon entourage ; je les apprécie ou je les déteste pour des raisons variées, mais nullement liées à la qualité intrinsèque de leur capacité reproductive. Une de mes plus sincères amies a d’ailleurs trois enfants conçus  quinze jours après l’arrêt de sa contraception et je la kiffe vraiment…. Je côtoie aussi des futures mères et, non je ne fais pas de cérémonies de magie noire au fond de ma cave…

Je n’ai jamais dit qu’un enfant en particulier était laid. J’ai dit que tous les bébés n’étaient pas beaux. Je pourrais dire la même chose des bébés chats et pourtant, je ne compte plus les nuits blanches à sauver des boules de poils orphelines de quelques jours. Actuellement, j’ai même un chat très très moche à la maison. Sans blague, aucune, sous prétexte que c’est un bébé, si on ne se met pas à pleurer en excrétant un : « Ooooooooohhhh, il est trooooooppppppp mimi », vous croyez foncièrement qu’on est un grand déséquilibré ? Dans ce cas, il va falloir enfermer une grande partie de la population.

Polarisées (au féminin, car les lecteurs étaient essentiellement des lectrices) sur ces deux sulfureuses accusations, beaucoup n’ont pas cherché à saisir le propos de fond de l’article ; d’autres n’ont pas lu ; la quasi-majorité s’est arrêtée sur ce qui pouvait sentir le fiel.

J’ai lu des : « Non, mais ça me fait trop mal, quelle honte, je suis enceinte »
Personne ne s’est demandé ce que cela ferait à des femmes en plein traitement qui attendaient leur IAC ou leur FIV de lire qu’elles avaient un utérus à chier et qu’elles ne seraient jamais enceintes parce que les bébés choisissaient les bonnes mamans pour s’installer ?
Ne serait-ce pas un peu plus violent que de dire qu’un blog est niais ? Ou que le gender cake  est une institution d’un goût douteux ?
Non, car aujourd’hui, la prééminence va à celle qui porte la vie. Il est trop facile d’essayer de réduire au silence quelques femmes infertiles à l’humour corrosif parce que  oui, la PMA est un tabou et la crainte de notre identité dévoilée au grand jour, une réalité.

Tout le monde a eu un avis à donner sur la PMA. Tout le monde a connu la PMA.
Mais voilà, vous ne la connaissez pas, pour beaucoup d’entre vous. Tout comme je ne peux pas juger d’un deuil périnatal, d’une fausse couche, d’une GEU, d’une dépression post-partum, d’un déni de grossesse,de la mise au monde d’un enfant handicapé…
Et parce que je ne peux pas me permettre de comparer votre douleur à la mienne ; vous ne pouvez pas la comparer à la vôtre ; parce qu’il y aurait là de l’indécence. En tant que femme (et qu’être humain non sociopathe même), pourtant, je compatis à votre peine.
Etre un enfant de la PMA, connaître un enfant de la PMA,  s’être entendu dire un jour qu’on avait des ovaires un peu feignants, ne permet pas de se glisser dans la peau d’un couple infertile.
Ce n’est pas une compétition, une course à la douleur, c’est un fait.

A l’issue de ce retour sur les événements , je voulais résumer un avis tranché sur une certaine catégorie de blogs consacrés à la maternité. C’est mon avis et j’en assume l’entière « maternité » si je puis dire.

Je suis assez mal à l’aise avec les mères ultraconnectées qui retranscrivent leur quotidien et les faits et gestes de leurs enfants sur TOUS les réseaux sociaux. (ou presque). Réseaux sociaux qui présentent les mères comme des héroïnes du quotidien alors qu’elles remplissent une responsabilité qu’elles ont choisie grâce à leur faculté biologique de se reproduire : « Une maman peut remplacer n’importe quelle personne mais personne ne peut remplacer une maman ». Ben si. Et il est fort heureux qu’une mère ET/OU un père soient disponibles pour remplir les besoins vitaux et affectifs d’un être humain qu’ils ont choisi de mettre au monde. Et puis, les réseaux « sociaux » n’en ont que le nom tant il est vrai qu’ils demeurent un monde de l’ « entre-soi ».
Je pense que les blogs sponsorisés à gogo sont avant tout des entreprises (et certaines de ces mères sont bel et bien des entrepreneurs et dégagent un bénéfice assez substantiel de leur blog). Ce n’est pas un problème en soi, c’est même leur liberté la plus absolue : on reconnaîtra cependant qu’on est assez loin du contenu à vocation philanthropique pour cette grande communauté universelle des mères qui se soutiennent !
La preuve en est qu’il en résulte une grande chasse aux abonnements/abonnés, un système de « je te prête, tu me rends ».
Je ne suis pas là pour leur en vouloir. Bravo à elles d’ailleurs pour leur réussite, pour leur talent donc, pour avoir compris ce qu’attendaient le public et les annonceurs.
Enfin, en tant que féministe convaincue, il m’est d’avis que ces blogs placent encore la maternité comme accomplissement de la femme et en tant que consommatrice responsable, qu’ils encouragent le système mercantile autour de la maternité, un business florissant dans nos sociétés, mais qui n’est pas sans susciter certaines critiques.

Sans doute, certaines de ces blogueuses me feraient beaucoup rire dans la vraie vie. Peut-être que si je n’avais pas eu autant le temps de cogiter sur le sens de la maternité, j’aurais peut-être pu les lire et les apprécier, peut-être que certaines blogueuses m’auraient paru proches comme des bonnes copines. Ma formation intellectuelle ( j’entends là mon cursus et non pas mon Qi, je n’ai pas la prétention de juger de mon intelligence par rapport à celle des autres)  et mon itinéraire de femme font qu’il en est autrement.
C’est sans rancune aucune.

Quand j’avais 20 ans, j’ai arrêté de manger.

J’ai déjà abordé, et sous mon ancien pseudo, la question des TCA ( troubles du comportement alimentaire) et de la PMA.
Non point que je voue un culte aux problèmes médicaux rimant en A, mais que voulez-vous, Dame Nature a son sens de l’humour que le sens de l’humour ignore.

Donc, à 20 ans, j’ai arrêté de manger.

Ma vie et mon histoire familiale avaient été une longue succession de mensonges ; ma mère me gardait sous son aile comme un petit être fragile; mon conjoint faisait une grave dépression ; j’avais le sentiment d’être imparfaite mêlé à cet autre sentiment que l’on ne voyait que la part de moi qui était gentille, intelligente… Moi, je me sentais si laide intérieurement, si sale…. si impuissante. Pourtant, on me demandait toujours plus (garder des secrets, gérer ceci, gérer cela) et je n’arrivais plus à dire à quel point je n’en pouvais plus.
Je ne vous livrerai pas mon enfance dans les détails car tout un article n’y suffirait pas et je ne suis pas sûre d’avoir envie de vous la raconter là, maintenant.

J’avais 20 ans et pourtant, j’avais le sentiment d’en avoir vécu 60. J’étais épuisée, lessivée de la condition humaine, dégoûtée d’être. Je croyais être arrivée au bout de ce que j’avais à vivre.

Le soir, je me regardais nue dans la glace et je pleurais.
J’avais l’impression que mon corps m’envahissait, que je prenais trop de place, que je ne pouvais pas contrôler ce corps. Le moindre pli de graisse m’écoeurait, me rappelait le côté obscur de mon être, la perte de contrôle. Je m’imaginais grossir et grossir encore….
J’avais pourtant toujours été une sylphide, atteignant difficilement 50 kilogrammes.

J’ai commencé par faire du sport. Pour être plus parfaite. Pour être la fille major de promo intelligente et sportive.

Puis j’ai décidé de réduire mon alimentation.
2000 calories.
Puis 1800, le régime hypocalorique de base.
Puis 1500, le régime hypocalorique sévère.
Puis 1200, les dépenses énergétiques de base.
Puis 1000, la barrière symbolique.
Puis 800, pour être en dessous de 1000.
Puis 500, pour être à la moitié de 1000.
Puis 150.
Un yaourt à 16h, une soupe le soir avec quelques champignons crus.

Et puis plus rien.
Du thé, du café et du chewing-gum sans sucre auquel je rajoutais des sucrettes toutes les heures pour tromper les hypoglycémies. Parfois, je mâchouillais un bout de pain que je crachais.

Cela veut dire ne plus dormir.
Dans les quelques heures de sommeil, rêver de nourriture, de marrons glacés, retrouver exactement le goût du marron glacé. Etre incontinente. Etre quelque part, faire sous soi et ne pas s’en rendre compte. Etre bouffie d’oedèmes. Avoir mal. Très mal. Tenir des propos à la limite de la cohérence. Perdre ses cheveux (que je n’ai plus jamais coupés).

Et puis l’hôpital.
ENFIN.
La réanimation. La sonde naso-gastrique.
Le geste de manger m’était devenu totalement étranger. Impossible. Comme un viol. La sonde m’a sauvée parce que la machine a fait ce que je ne pouvais plus faire : prendre la responsabilité de me nourrir.
Au début, j’ai lutté : je me sauvais de la chambre la nuit pour monter et descendre les escaliers de l’hôpital…. J’avais envie de mourir. Tous ces mois d’ efforts pour disparaître physiquement, pour devenir une pure âme détachée allaient être anéantis.
Ma mère était là tous les jours, malfaisante, blessante.
J’avais refusé que l’on prenne le moindre cliché de mon état. Elle est venue avec mon beau-père et elle m’a prise en photo reliée à la sonde, de force, derrière la porte fermée de la chambre. Je me souviens avoir pleuré et avoir hurlé.

Et puis l’hôpital a compris. Ils ont réduit les visites et puis ils ont interdit à ma mère de venir.
A cette époque, mon conjoint a fait un infarctus.
J’ai pris sur moi ; j’ai accepté de faire confiance à l’hôpital. J’ai revu mon père après plusieurs années de séparation. Sans ma mère, j’ai accepté de guérir pour moi. J’ai accepté de vivre. J’ai accepté d’être forte. J’ai rempli des carnets, tous les jours. Je ne les ai jamais rouverts mais je les ai pieusement conservés.
On m’a trouvé une place en appartement social pour ma sortie d’hôpital et j’ai obtenu un versement direct de ma pension alimentaire sur mon compte ; j’ai mangé une fraise, le jour de ma fête le 07 mai 2006.
Il a fallu des semaines et des semaines, au rythme de trois poches hyperprotéinées de 700 calories par jour, six heures par jour, tel un cordon ombilical, bercée par le rouage de la machine, pour que je me rétablisse.

Je suis sortie de l’hôpital fin juillet. On m’avait retiré la sonde le 11 juillet, la veille de la finale de la Coupe du Monde.
En septembre, j’ai repris la Fac.
En janvier mon conjoint a retrouvé un emploi.
J’ai décroché ma licence haut la main. Trois ans plus tard, j’arrivais 10e nationale au concours du CAPES et j’étais admissible à l’agrégation.

J’ai vaincu l’anorexie.

Mais n’allez pas croire que tout soit si facile.

Arrêter le sport et continuer à manger pendant les mois d’essai. M’injecter des hormones en acceptant le risque de la prise de poids.
Je n’ai aucune balance chez moi et je suis incapable d’estimer une variation de poids de manière impartiale ; alors j’ai peur. Peur de grossir sans mettre au monde d’enfant.
Quand je regarde mon reflet, j’ai beau ne peser que 50 kilos et être parfaitement consciente que mes côtes sont saillantes ; je me (res)sens toujours trop grosse.
Cependant, vous pouvez manger avec moi et vous ne vous apercevrez de rien. Car oui, aujourd’hui, j’aime manger.
Je souris quand j’entends : « Pfff, t’as de la chance, tu manges tout le temps et tu ne grossis pas, la nature est injuste ». (et Dieu sait que j’en connais un rayon niveau injustices de la nature) Je suis la fille qu’on attend au repas parce que je suis la dernière. « Tu bavardes trop » . Personne ne sait que mon cerveau ne m’autorise que des repas fractionnés, que mon sentiment de satiété est très rapide, que je l’ai dressé… Que tu ne me feras pas manger de crème au beurre et que je n’associe pas viande grasse et dessert.
Toujours dans ma tête, la petite voix qui compte, qui compte les calories qui rentrent et les calories qui sortent. Une musique en sourdine, parfois plus forte quand je suis stressée ; mais une petite voix qui n’a plus vraiment d’incidence sur ma vie.

Aujourd’hui, je dirais néanmoins de moi que je suis apaisée.
J’ai la force de lutter contre l’infertilité et d’aller travailler ; je suis en excellente santé. Quand on me pèse aux rendez-vous médicaux, mon poids est d’une stabilité confondante.
J’ai toujours cette angoisse horrible qui monte quand je tombe par hasard sur un reportage touchant à l’anorexie, cette peur d’être un jour confrontée à un(e) élève malade.
Je côtoie régulièrement une collègue anorexique (et infertile) et elle connaît mon parcours. En fait, nous nous sommes reconnues mutuellement. Je peux détecter en quelques jours une personne souffrant de troubles alimentaires , j’en connais tous les rituels, tous les troubles, toutes les excuses….
Parfois nous en discutons. Elle sait juste que je suis là, au cas où. Je souffre énormément de cette proximité et de la vue de son corps décharné qui renvoie à mon vécu ; je sais aussi que je suis impuissante, totalement impuissante. Que je peux juste être là.
Il n’y a qu’en soi que l’on peut trouver la force de survivre.

La maternité a transformé le rapport que j’ai à mon corps.
Il a beaucoup souffert et il est capable de courir, d’être beau, de me suivre dans cette folle aventure de la PMA. Un jour, peut-être, il me permettra d’être mère. Alors je lui dois de le respecter, de le préserver et de l’aimer. Mon corps a une capacité de résilience extraordinaire ; je ne lui en serai jamais assez reconnaissante.

Je peux te dire que je ne serai plus jamais anorexique. Parce que je peux te dire que je ne referai jamais le chemin de la guérison, long, douloureux, exigeant, violent et surtout parce que la vie libérée des TCA est d’une beauté à couper le souffle, même en PMA. Parce qu’un marron glacé est une de ces merveilles de la vie. Parce que si mon cerveau a souffert d’hypoglycémies prolongées ; la pensée n’est véritablement puissante que lorsqu’elle est nourrie. Si l’on a des idéaux, des choses à dire, à prouver, à démontrer ; alors il faut vivre.

Je ne cacherai jamais cette maladie dont j’ai souffert.
On dit souvent : « 1/3 de mortalité, 1/3 de guérison partielle, 1/3 de guérison complète ».
Sache que tu peux aussi  être dans le dernier tiers.

Si tu es malade et que tu me lis , si tu te dis que tu ne pourras jamais manger normalement, que tu n’accepteras jamais quelques grammes de plus, que guérir c’est retourner à une vie que tu hais, sache qu’il existe une autre voie. Sache que tu vaux beaucoup plus que cette bête immonde qui te dévore pendant que tu t’affames.
Va t’allonger aux premiers rayons du soleil dans un pré baigné de chaleur et écoute le souffle du vent sur ta peau jaune et rugueuse.
Au fond de toi, il y a quelque chose à défendre. Manger te permettra de danser jusqu’au bout de la nuit, de visiter un pays inconnu, de sauver quelqu’un, de faire l’amour, de donner et de recevoir.
Alors dans quelques années, tu pourras courir dans la prairie à plein poumon dans les premiers rayons du soleil, sentir ce corps si solide et si fidèle rafraichi par le vent , et rentrer manger ce marron glacé sans y penser. Tu pourras considérer le chemin parcouru et tu pourras écrire : « J’ai vaincu l’anorexie. »

La maternité, cet obscur objet du désir

( J’ai longtemps hésité avant d’écrire cet article. J’espère qu’il ne blessera personne, en tout cas, ce n’est pas son intention)

Je n’ai jamais pensé qu’être mère était le plus beau métier du monde

Je n’ai jamais pensé qu’une femme qui n’avait pas d’enfant était passée à côté de quelque chose

Je n’ai pas le sentiment que la maternité soit mon « accomplissement ».

Voilà, je l’ai dit.
Noir sur le blanc numérique.
Bien avant de rencontrer des difficultés à concevoir, c’était déjà ma profonde conviction. Comme je l’ai entendu dans un film : « la famille est une tragédie écrite par les parents et jouée par les enfants ». Et croyez-moi, mon histoire personnelle comprend très bien cette tirade.

Pour cette unique raison,  dans cette phase d’attente qui est la mienne, quand quatorze jours te paraissent la traversée de l’Enfer de Dante, j’ai souhaité que l’on puisse créer une sorte de système d’échange en fonction de l’attente et que je te donne à toi en FIV4 ou à toi en IAC1, mais qui attend tellement de cet enfant pour ton accomplissement, un possible positif.
C’est pour cela que je vis encore mal cette phase d’attente et que je culpabilise déjà à l’idée de pouvoir être enceinte parmi vous.
Drôle de sentiment n’est-ce pas……

Alors tu me diras, mais pourquoi tu veux un enfant, pourquoi tu es ici là parmi nous à écrire des articles?

Parce qu’il y a onze ans, j’ai rencontré quelqu’un et qu’avoir un enfant me semblait le prolongement de cette relation, ce que je souhaitais qu’il en reste, qu’il s’en perpétue, envers et contre tout.

Parce que j’aime transmettre.

Parce que j’aime aimer. Donner comme ça, sans raison, sans retour, sans merci… et je me disais que ça correspondait assez bien à la maternité.

Parce que j’ai envie de sentir cette incarnation dans ma chair, j’ai envie de sentir ces mouvements dans mon ventre, j’ai envie de hurler en poussant.

Vouloir un enfant n’a jamais été un acte altruiste, cela doit être un truc freudien… Aimer assez la vie pour faire le choix de la transmettre, donner la vie pour vaincre la mort, sa propre disparition, sa propre solitude… S’aimer assez pour perpétuer une partie de soi. Moi j’ai toujours été terrorisée à l’idée d’enfanter un être qui serait malheureux, qui n’aimerait pas la vie…

Cette envie d’aimer, d’élever, de guider, de transmettre ; c’est ce qui m’a en partie guidée dans ces méandres de la Procréation Médicalement Assistée.

Je me dis que j’aimerais vraiment porter un enfant ; mais qu’en tant que « mère », celle que je ressens avant tout comme un guide bienveillant,  je pense aussi que je serais capable de donner tout cet amour à un enfant extérieur à mon ventre sans concevoir de différence avec un enfant « naturel ».
L’âge de mon conjoint et d’autres aléas font que l’adoption ne sera pas possible pour nous ; mais si je devais être seule un jour ou si la vie faisait qu’il me faille recommencer avec une autre personne, ce n’est pas un choix que je ferais par défaut. Je crois vraiment que je serais capable de me lancer dans cet autre « parcours du combattant » avec la même fougue que la PMA. Je crois vraiment que je serais aussi heureuse de mettre au monde que d’adopter. Vivre ces deux expériences serait pour moi une chose magnifique.

Pourtant,

Il y a quelques jours, je regardais un reportage sur le Cameroun et on y voyait des femmes Peuls et Pygmées.  Elles parlaient de la difficulté de leur existence nomade, de l’avenir de leurs enfants.
Ces femmes, elles portent sur leurs épaules le destin de la majorité des femmes à travers le monde.
Il faut penser à survivre avant de s’interroger sur ce que l’on souhaite faire de sa propre vie. Avoir des enfants ou ne pas en avoir n’est pas le fruit d’une réflexion ; c’est le destin qui s’accomplit. Inéluctablement. La malédiction ou la bénédiction de la fertilité, c’est selon.
Elle disait : « Ce qui est très difficile c’est d’accoucher seule dans la forêt ». Une autre disait : « Je n’aime pas cette vie, c’est trop dur ».

J’ai repensé à ces images de femmes squelettiques allaitant un enfant mourant sur leur sein vide au Darfour.
J’ai repensé à ces Indiennes qui louent leur ventre pour des Occidentaux en mal d’enfant (cette affirmation n’est pas une prise de position sur la GPA, mais une prise de position sur l’utilisation de la misère des pays en développement et/ou émergents).
J’ai pensé à ces autres Indiennes qu’on force à avorter quand elles attendent une autre fille.
Tous ces enfants de moins d’un an arrachés à leur mère à cause des problèmes d’eau potable dans le monde. Quand c’est le troisième, le quatrième…..

Je me disais qu’au fond, nous traversons des problèmes de riches.
On est tellement loin des comparatifs de poussettes, de la Nespresso à biberon, du flinguage de petites culottes à la progestérone (que je teste actuellement….).
Je n’attaque personne, je ne juge la souffrance de personne, je m’attaque même au travers de cette constatation.
Parce que oui, s’interroger sur le sens de sa vie de femme, à l’échelle du monde, c’est un problème de riches.
S’enguirlander sur biberon/allaitement, c’est un problème de riches. C’est même ridicule.
Des blogueuses qui se vomissent dessus (et je ne parle pas des nausées dues à la gravidité), ce sont des problèmes de riches. C’est inintéressant ; ça ne mérite pas l’énergie que l’on dépense.
Je jugeais à l’échelle du monde cette chance que nous avons de pouvoir surmonter notre infertilité avec une prise en charge à 100%, ce droit de choisir d’être mère ou non, ce droit qui devrait être un des droits fondamentaux de toutes les femmes.

Alors, évidemment, ceci ne doit pas nous empêcher de réfléchir à notre condition ici.
Ceci n’enlève rien à nos douleurs. Cela n’enlève rien à l’injustice que subissent celles qui veulent un enfant et sortent d’un long parcours le ventre vide, ni à celle des fausses-couches, des accouchements qu’on juge « ratés »….
Je suis la première à râler quand aux dépassements d’honoraires.
Je pleure devant  vos échecs.
Je suis révoltée contre notre état d’infertilité.

Mais au fond notre malheur est une question d’échelle.
A l’échelle des femmes des pays développés, nous ne sommes pas des privilégiées. A l’échelle des femmes du monde, nous le sommes.

Je voulais juste partager avec vous ce ressenti qui m’a saisie depuis quelques jours….

J’espère que vous n’accueillerez pas cet article trop brutalement. Et si c’est le cas, n’hésitez pas à le dire.
Je vous embrasse toutes virtuellement et tendrement.
Je vous souhaite le meilleur, de trouver votre voie, la paix dans la maternité ou sans la maternité.
Je pense vraiment très fort à vous.