L’enfant que j’espérais et l’enfant qui est

Dans un article précédent, je ne sais plus vraiment lequel, pardonnez-moi, je suis submergée en ce moment ;  je disais que je pensais que « nos » enfants nous attendent quelque part quand on les espère. Ils attendent de faire de nous leurs « parents ». Ce sentiment m’a aidée à patienter, même si mon attente ne fut qu’une poussière dans le désert de l’attente de beaucoup d’entre nous.
En effet, je me disais que cet enfant était déjà là, dans la volonté que je mettais à le rencontrer.
C ‘est cela : j’attendais la rencontre.

Or, je lisais récemment que les parents doivent faire le deuil de l’enfant idéalisé pour tomber en amour de l’enfant qui leur est donné, ce qui, avouons-le, rencontre un peu ma pensée exposée plus tôt.

Quand je regarde A., je ne parviens pas à me souvenir de l’enfant que j’imaginais, ni dans les larmes que je versais à refaire dans ma tête un énième accouchement fantasmé ni dans ces promenades rêvées main dans la main.
A. a tout à fait supplanté cet enfant, ou plutôt, il est cet enfant. Il est l’évidence. Je crois que c’est ce que les psychologues cherchent à expliquer.

Les premières heures, ou bien même les premiers jours, ce fut un peu un inconnu pour moi. L’instinct primait étrangement sur l’amour : tout mon corps n’était obnubilé que par cette petite créature hurlante venue de mes entrailles et mon esprit ne le connaissait pas. Je ne faisais pas le lien entre cet individu et « mon fils » avec son prénom, ses traits, son regard.
J’ai mis du temps à le comprendre.
Ce fut déroutant. Déroutant d’attendre un si grand bonheur et de n’éprouver qu’un sentiment indéfinissable comme un parfum d’irréel.
Son odeur faisait monter en moi des salves de passion et parfois, je le regardais comme parfaitement détachée.

Je suis sa mère ; il est mon enfant.
J’éprouvais une sorte de dualité. Il faut aussi avouer que les ennuis se sont accumulés par ailleurs et que je n’avais pas vraiment le temps de m’arrêter sur des considérations métaphysiques autour  de la maternité.
Et puis, la maternité s’est construite petit à petit, en osant me confronter à cet être prêt à dévorer toute l’attention du monde. Les briques étaient de minuscules gestes et sentiment : parfois de la peur, de l’agacement, de l’amour, des baisers, des regards, des caresses. Aujourd’hui, je sais que dans l’indicible tempête qui traverse actuellement ma vie ; cet enfant incarné est le roseau qui tient mes racines.

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2 réflexions au sujet de « L’enfant que j’espérais et l’enfant qui est »

  1. Alors pour moi, cela a été le contraire. J’avais toujours pensé que je serai perdu à la naissance de mon enfant (qui finalement fut de mes enfants). Je pensais que ça me ferait bizarre de rencontrer ces petits êtres que je ne connaissais pas. Et bizarrement, dès que je les ai vu, ça a été eux. Comme si, je les connaissais depuis toujours. Je ne sais pas comment je peux l’expliquer. Ce qui fut plus dur par contre, c’est de trouver ma place en tant que maman, de femme, d’épouse dans tout ça. J’avais l’impression qu’on ne me voyait plus que comme une maman et ça j’avais vraiment beaucoup de mal.

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