Vers le don d’ovocytes

Avant d’avoir un enfant grâce à la PMA, avant de découvrir le récit de femmes devenues mères grâce au don, je savais déjà que j’étais sensible à la question du don d’ovocytes et que je ferais probablement un jour les démarches pour devenir une donneuse.
J’ai donné mon sang, mon plasma et j’ai fait les démarches pour donner mes plaquettes et m’inscrire sur le fichier des donneurs de moelle (refusée pour antécédents d’anorexie et poids légèrement insuffisant dans un cas et dans l’autre).
Accoucher a fait mûrir mon projet.
Je vous avoue que je me suis interrogée parce que je voyais mon enfant et je me disais : « C’est un bout de moi ; la moitié de moi » et il y avait cet amour qui m’emportait. La question du don était un peu plus vacillante. Mais en fait, non.
Mon enfant, c’est cet enfant : l’aboutissement d’un désir, de mon couple, d’une grossesse, d’un accouchement.

Il n’est pas un ovocyte.

On parle très peu du don de gamètes sur la toile. Et c’est triste.

Pour ma part, je n’ai jamais résumé mon désir de maternité à une vague histoire de génétique, même si j’ai reconnu un peu plus haut que la naissance d’A. avait pu affecter ma détermination.
D’ailleurs mon fils ne me ressemble pas. Je suis une brune aux yeux noirs. Mon fils est blond aux yeux bleus. Parfois, je blague avec son père et je demande s’il est bien sûr qu’il n’y a pas eu échange entre le bloc et la salle d’examen néonatal. Quand j’étais enceinte, vu la probabilité extrêmement faible qu’un de ses spermatozoïdes arrive à bon port, c’était sur la paternité que nous faisions des blagues douteuses.
Et même, pour être tout à fait honnête, si on me l’avait échangé, l’aimerais-je moins ? Aucunement.
Je suis devenue mère, dans les faits, quand ce petit être sans défense est devenu ma responsabilité. Tout le reste ne fut que des vastes préliminaires, une préface de l’essai que j’écris sur la maternité.

Au fond, qu’est-ce qu’un enfant pour un coeur de parents, sinon un profond désir d’être parents et la responsabilité d’une charge d’âme?

Je pensais à cela quand je suis retombée sur mes échographies du cycle d’insémination gagnant. Je regardais mes follicules. Je trouvais cela amusant de me dire que sur cette échographie, il y avait la moitié de mon fils.
Mais en réalité, il y a juste une cellule incomplète. C’était la moitié de mon fils parce que je le désirais depuis longtemps.
Elle n’est pas un enfant. Donner des ovocytes, ce n’est pas donner un enfant. Donner des spermatozoïdes, ce n’est pas donner un enfant. C’est donner une cellule.
Pense-t’on à la mort mensuelle de nos ovocytes comme à la mort de nos potentiels enfants?  Bien sûr que non ( sauf en PMA, mais c’est un autre débat).

En donnant mes ovocytes, je donne ce qu’il manque à des parents qui ont tout le reste : le désir et l’amour. Je ne donne pas un enfant ; je donne de l’espoir.

Je pense concrétiser les démarches du don en 2017. J’aimerais parrainer un couple et j’espère que je serai éligible au don.

Dons-d-ovocyte-l-Agence-de-biomedecine-recrute-900-donneuses

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10 réflexions au sujet de « Vers le don d’ovocytes »

  1. Merci à toi pour ce post car je vais recevoir un don et ton témoignage à un caractère très particulier pour moi.
    Merci pour ton courage et surtout pour ta générosité… ❤️

  2. Merci pour ce billet qui fait écho en moi : je souhaite également donner des ovocytes (j’ai déjà fait un billet sur le sujet et pense en faire un autre bientôt) …
    Mais comme toujours, tu trouves les mots parfaitement justes : donner des gamètes ce n’est pas donner un enfant …
    Je partage la même conception de la parentalité que toi il me semble : je n’aimerais pas moins mon fils s’il n’était pas « de moi », il m’a été confié ce samedi 10 mai 2014, et depuis, je fais tout ce que je peux pour le rendre heureux …
    Et c’est un cadeau merveilleux que d’offrir cette possibilité à des personnes qui attendent depuis trop longtemps …
    Affaire à suivre donc …

  3. Que dire, à part merci… Merci de continuer à penser aux couples toujours en attente et d’avoir le courage de passer par là. Tu expliques vraiment bien les choses et je trouve que ça facilite la compréhension pour les « non-initiés ». J’aimerai beaucoup partager ton article si tu m’y autorises.

  4. Idem… On est en plein dedans, alors lire tes mots me bouleversent, comme souvent du reste.
    J’avais écrit récemment un billet dans lequel je m’interrogeais sur les motivations des donneurs (2 dans notre cas) et si je crois que chacun a les siennes propres, c’est bien les tiennes que j’espère pouvoir expliquer à notre/nos petits. Parce que définitivement, ce qu’il ne faut surtout pas négliger dans cette aventure qu’est le don, c’est tout cet amour qui nourrit ce projet.
    Merci donc au nom de tous les receveurs d’espoir. Merci d’envisager le don, et aussi merci de l’évoquer.

  5. Bonjour, Je suis maman grâce à un don d’ovocyte réalisé en République tchèque car à 40 ans les 5 ans de liste d’attente pour un don en France nous avaient fait nous tourner vers l’étranger; Mon fils est né il y’a un an et je pense très souvent à la donneuse sans qui je n’aurais pas eu le bonheur d’être maman ni de donner un enfant à mon mari; Toutes les questions que je me posais avant la naissance de mon fils ont disparu en fumée dès son arrivée tant mon amour pour lui me semble une évidence et complétement irrévocable ! Nous lui raconterons son histoire pour laquelle il a fallu beaucoup d’amour et de patience (5 ans de PMA en France et 4 FIV) mais nous sommes réellement très étonnés de la ressemblance de mon fils avec moi (pas que le mimétisme) ; De plus en plus d’études montrent que le patrimoine génétique se construit des 2 cellules mais que les gènes passent aussi la barrière placentaire (epigénisme); Du coup c’est une construction dans laquelle donneuse, maman et papa apportent leurs pierre à l’édifice et je trouve cela assez magique; Je sais que j’ai eu énormément de chance et je tenais à te remercier de ta générosité et du travail de réflexion que tu semble avoir déjà fait autour du don ! Un ovocyte est une cellule et pas un enfant 🙂 !
    Bravo à toi

  6. Ton article est intéressant. Moi, ce qui me questionne c’est le don d’embryons ( il nous reste 5 blastocytes). Je n’ai pas cette distance car que je sais qu’ils sont 100 % de notre patrimoine génétique. Je m’explique sans doute mal mais quand on quitte la pma chanceuse, on occulte ce sujet…qui revient en boomerang…

  7. Ca m’a beaucoup touchée de te lire. Comme Carotte, je vais bénéficier d’un don et je pense beaucoup à la donneuse et à ce que représente cet ovule avec ce qu’il transmet. Si j’avais été en position de donner, je ne sais pas comment je me serais sentie par rapport à ça. Donc, un grand merci, à la fois pour ta démarche et de l’expliquer ainsi. Bises!

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