Mettre en place un projet de naissance

Avertissement liminaire.

Je n’écris pas cet article pour expliquer qu’il y a des manières d’accoucher qui seraient mieux que d’autres.
Il ne reflète que mes envies personnelles.  Une envie n’est jamais plus légitime qu’une autre.
Tous les chemins qui mènent à la maternité ne sont que les fruits de nos parcours, de nos envies, de nos possibilités médicales ; personne n’a à émettre d’avis sur ces itinéraires.
Et puis parfois, la seule chose qui compte, c’est qu’à l’arrivée, tout le monde se porte bien, on ne choisit pas toujours.

Bien avant d’être en PMA, bien avant de vouloir un enfant, depuis les temps antédiluviens de mon histoire, j’ai toujours voulu accoucher hors d’un dispositif médical.
J’ai une vision un peu spéciale de l’accouchement. Je fais de la course à pied et je conçois cela comme une épreuve sportive. Une course de fond un peu initiatique.
J’ai eu peur de beaucoup de choses avant et pendant ma grossesse ; mais je n’ai jamais eu peur d’accoucher. Y penser me rend d’ailleurs très sereine.
J’ai moins peur d’accoucher que de faire une hystérosalpingographie. Injecter de l’iode dans mon utérus avec une grosse machine étrange pincée sur mon col m’a bien plus impressionnée que l’idée de faire passer un être de trois kilogrammes par ce même orifice.
Ayant également conçu cet enfant avec 4 personnes dans la même pièce, je me disais qu’un peu d’intimité serait fort sympathique aussi.

J’aime maîtriser.
J’aime savoir.
Le savoir est la maîtrise.
Et je veux savoir, sentir, maîtriser, éprouver.

Pourtant, une rage de dent est susceptible de me donner envie de me jeter par la fenêtre. N’allez pas croire que j’aime avoir mal ou que je sois une sorte de masoschiste.
Mais une rage de dent, c’est une souffrance, vaine qui plus est.
Accoucher, cela dure quelques heures, cela s’arrête et en plus, il y a un but.

J’ai aussi envie de me lever vite, de ne pas laisser à autrui le pouvoir de toucher mon corps sans que je sache ce qui s’y passe.
J’avoue que j’ai rencontré, à titre personnel, beaucoup d’opposition. Je n’ai pas fait preuve de prosélytisme dans mon discours quand on s’est intéressé à ce que je désirais pour mon accouchement.
Je ne fais pas partie de ces femmes qui regardent de travers les mères qui demandent une césarienne parce qu’elles sont angoissées par l’accouchement ; je comprends complètement que la douleur soit insoutenable ; je comprends qu’on ait envie d’accoucher dans un environnement médicalisé ou bien à la maison.
Pourtant, beaucoup de femmes m’ont demandé pourquoi j’avais envie de souffrir comme une damnée et l’immense majorité m’a dit que je n’arriverai pas au bout de mon projet. Très peu de femmes m’ont confié, et encore, dans une alcôve, qu’elles avaient réussi à gérer la douleur par choix ou par obligation.
Si je n’étais pas confiante, à la seule écoute des récits de boucherie (que je ne demandais d’ailleurs pas du tout), je me sauverais en courant.

Il a fallu que je trie les maternités pour une unité de niveau 1 qui travaille en collaboration avec la maternité de niveau 3 de la région. La petite unité apporte son expérience à la grosse structure dans les approches physiologiques et non médicalisées des accouchements. En plus, les pères peuvent rester avec les mères toute la durée du séjour pour 7 euros de la journée.
J’ai lu que beaucoup de professionnels recommandent désormais que les accouchements  sans facteur de risque soient pris en charge dans des maternités de niveau 1 ou 2 afin de désengorger les maternités de niveau 3.

J habite dans une zone rurale mais dans un triangle de trois maternités, j ai donc beaucoup de chance.

J ai commencé mon suivi dans le centre périnatal de proximité de ma petite ville et j ai appris, presque fortuitement, qu il existait une sage femme qui avait obtenu un plateau technique dans la maternité de niveau 1 que j avais élue et exerçant à 10km de chez moi en maison médicale.

Ayant travaillé la question depuis longtemps, je savais ce que je voulais :
– Pas de péridurale
– Pas d episiotomie systématique ( déchirure superficielle préférable)
– Liberté de manger, boire, bouger
– Position libre d accouchement (y compris suspendue à un trapèze la tête en bas… Non, je blague)
– Peau à peau immédiat
– Laisser le cordon battre ( si impossibilité de donner le sang du cordon)
– Pas d ocytocine.

Il se trouve que c’est une sage-femme formidable. Dès le premier rendez-vous, j’ai su que ce serait elle qui mettrait mon enfant au monde. Elle s’adapte à tous les profils de parturientes ; elle est ouverte, simple, généreuse.
Je sais que si elle décide d’un acte médical, il sera totalement justifié. J’ai confiance.
Du coup, j’envisage d’autant plus sereinement l’accouchement.
J’avais besoin d’accoucher avec quelqu’un qui me connaisse, à qui je puisse expliquer comment je vis la douleur en général.
Ne rencontrant aucune complication, j’ai obtenu l’accord pour le plateau technique.

Si mon accouchement se déroule comme je le souhaite, je resterai donc à mon domicile, avec mes chats,  ma sage-femme,ma playlist et mon conjoint jusqu’à ce qu’il reste environ deux heures de travail. A tout moment, j’ai la possibilité de me rendre à la maternité pour demander une péridurale. J’y suis en 15 minutes.
A mon arrivée, on me pose un cathéter sur la main (la seule exigence de la sage-femme).
Si notre enfant naît dans de bonnes conditions, il est laissé sur mon ventre tout le temps nécessaire à sa première tétée.

En plus, c’est dans cette maternité qu’a eu lieu mon premier rendez-vous PMA, avec cette salle d’attente juste en face de la salle d’accouchement. Je me souviens que j’avais pleuré ce jour-là.
Dans quelques semaines, je pleurerai, autrement, de l’autre côté de la porte automatique ; celle devant laquelle j’étais restée plantée comme Scrat devant la porte du Paradis des noisettes un bel après-midi de novembre.

Voilà, il peut y avoir des projets de naissance simples à mettre en place, même dans des zones rurales, sans avoir à lutter, sans militantisme exacerbé.

Publicités

25 réflexions au sujet de « Mettre en place un projet de naissance »

  1. C’est super que tu aies peu trouver ton bonheur et que l’on écoute tes souhaits pour ton accouchement.
    La sage-femme qui me préparera à l’accouchement m’a dit qu’il était rare que les primipares demandent à faire un projet de naissance. Ça m’a beaucoup surprise ! Je trouve ça crucial pour un événement aussi important dans la vie d’une femme et du couple !
    Quand tu parles de l’ocytocine, tu fais référence au Pitocin administré pour accélérer les contractions ?
    Biz 😉

      1. 22 août mais j’accoucherai, paraît-il, bien avant.
        L’ocytocine est utilisée pour accélerer le travail et pour éviter les hémorragies de la délivrance.
        J’ai choisi la tétée précoce mais en cas d’accouchement compliqué présentant un risque hémorragique, il est arrivé à ma SF d’en passer quelques unités ( lors d’un accouchement).

      2. Dans les gros centre c’est quasiment utilisé en systématique. Surtout avec une péri car la péri diminue la dynamique des contractions. Après je dirai que c’est aussi un peu sage-femme dépendant. Moi perso j’en mets le moins possible mais j’ai des collègues qui en utilise beaucoup plus.

  2. Je pourrais dire « tout pareil » , les mêmes souhaits, la même vision, la même « non-peur »…
    Je te souhaite que la naissance de ton bébé se passe au mieux, telle que tu l’aura rêvé. Bisous

  3. Je trouve ça super moi comme projet de naissance et après avoir eu un premier accouchement médicalisé mais toute proportion gardée car j’ai accouché en Autriche qui a une mentalité différente de la France si un deuxième arrivait j’aimerai le même projet de naissance que toi. Je te souhaite de vivre l’accouchement dont tu rêves

  4. J’adore ton projet de naissance. J’avais le même mais rien ne s’est passé comme je le voulais. Il n’empêche que comme tu le dis chaque femme devrait être libre de vouloir accoucher comme elle le désire. Bonne fin de grossesse et bonne rencontre surtout.

    1. Oui c’est vrai même si souvent on l’évite parce qu’elle « explose » à la figure de l’accoucheur. Pour mes patientes sans péri je la rompt qu’au tout dernier moment pour éviter la « douche ».

  5. Beaucoup de monde me regardait un peu comme une bête curieuse parce que je ne voulais pas de péridurale (« t’as envie de souffrir? » non, mais je ne voulais pas de cet anesthésiant qui ralentit le travail (« oui, mais on peut l’accélérer artificiellement »… no comment…), et qui quoi qu’on en dise shoote quand même un peu le bébé et du coup peut compliquer le démarrage de l’allaitement – et c’est sans compter les cas où elle est mal posée, où elle empêche de sentir quoi que ce soit… bref…); je crois aussi qu’après tout ce médical j’avais besoin de faire au plus près du physiologique – même si je pense que sans ça j’aurais eu des envies similaires. Au final même si tout ne s’est pas passé comme je l’avais imaginée (j’ai été déclenchée), c’était quand même dans l’ensemble bien en phase avec mon projet de naissance, et juste top.
    Tout ça pour te dire que je te comprends tout à fait! Et si j’ai beaucoup parlé de moi (désolée…), c’est que je me retrouve dans tes mots (et que je n’en ai quasi jamais parlé…). Et je te souhaite un accouchement au moins aussi beau que tu l’imagines, si ce n’est plus.

    1. Aucun problème, c est un espace de discussion.
      Après je ne veux pas critiquer la péridurale car je ne veux pas qu une mère puisse culpabiliser de l avoir choisie, délibérément ou parce que c était trop difficile.
      J avais beaucoup bossé la question en amont avant d essayer d avoir un enfant.^^
      Wait And See. Je vous dis tout quand  » j y serai passée « . Em tout cas, je suis motivée.

      1. Tout à fait d’accord avec toi, loin de moi l’idée de critiquer la péridurale et certainement pas celles qui la choisissent (j’ai eu la chance que mon accouchement soit au final rapide, sans ça, j’aurais certainement craqué pour la péri aussi! Mais qu’est-ce que je suis contente d’avoir pu faire sans…). Ce que je trouve dommage, c’est que ça soit devenu quasi une évidence pour tout le monde que bien sûr, il y aura péri, au point où tu sembles être un extraterrestre quand tu ne la veux pas, et surtout au point où je pense un grand nombre de femmes ne se posent même pas la question du bienfondé de son utilisation ou des possibles impacts.

      2. Oui, voilà, cela ne devrait pas être une évidence. On devrait dire aux femmes: c est votre choix. De la vouloir, d essayer sans, d aller au bout sans.
        Il ne faut pas non plus faire de l absence de péridurale, un accouchement dit « normal », je trouve que ça conditionne un discours biaisé sur la maternité.
        En élargissant mon propos, c est comme quand je lis qu il faut aimer ses vergetures ou qu être mère est l accomplissement de la femme, non, cela peut être l accomplissement de certaines, une part seulement de l accomplissement d autres et totalement absent de l accomplissement des dernières. On réussit parfaitement sa vie sans être mère si tel est son choix.

  6. Je suis tout à fait d’accord avec toi, chaque femme devrait pouvoir choisir son accouchement et soutenue dans son choix. Peut être encore plus depuis que je me fais « voler » des moments par la médecine, je respecte ça.

    Lorsque si un déclenchement (pour motif medical) je parviens à respecter le choix de ma patiente de ne pas vouloir de péri j’en ressens une telle fierté!

    C’est super en tout cas que ta SF puisse faire du suivi global et qu’elle est des accords de plateau technique, c’est encore trop rare…

  7. C’est un beau projet de naissance pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il représente pour toi…on sent l’importance de tout ça pour toi…
    Je te souhaite que tout se passe comme vous le désirez pour que ce moment soit encore plus magique ♡

  8. Je n’ai jamais envisagé de projet de naissance et j’en ai étendu parlé que très récemment, de tous ces choix qu’on pouvait faire. Je ne veux pas mettre la charrue avant les bœufs donc je ne me pose pas de questions, mais je suis contente que tu partages ton projet avec nous, je trouve ça très inintéressant et je’espère que tout se passera comme tu le souhaites!
    Bises.

  9. Je suis très impressionnée par ta maîtrise du sujet. Eh oui, toute la différence est là. En discutant avec une sf de la néonatalogie, on parlait de la Hollande où accoucher à domicile est la norme et l’hôpital l’exception. Elle disait que sans doutes, elles avaient une meilleure connaissance de l’accouchement et moins de médicalisation que nous. A creuser ! Moi, j’ai eu une césarienne choisie et programmée (jumeaux en siège et de traverse). Mais on m’a laissé le choix. J’ai choisi la sécurité pour mon fils en rciu. Et j’ai allaité 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s