Vertige, j’écris ton nom.

Vertige de l’amour,
Vertige de la peur,
Vertige de l’hypotension,
Vertige de l’hyperactivité,

Il est là, ce bébé tant attendu, là, dans ce ventre gonflé. Trois hoquets par jour, les pieds sous le diaphragme, la bosse étrange qui se promène, la ligne sous le nombril, le sein lourd, les muqueuses qui foncent, le masque de grossesse. Il est là.

Et je suis là, dans cette chambre que je n’aménage pas, ces pyjamas que je n’achète pas.
Encore à 100 km de chez moi, dans cette chambre d’internat.
Et pourtant, à l’affût de la moindre sensation, prise du vertige d’un « instinct » qui m’emporte, là, malgré moi, malgré mon vécu, malgré la peur.
Il est là et je ne suis pas là.
Je suis loin encore.

Est-ce possible vraiment ? Que je sois mère dans un peu moins de trois mois ?
Que cet être arrive dans mes bras, tel que je l’ai fantasmé, patiemment depuis 2009.
Pourquoi?
Pourquoi je ne me reconnais pas dans cette foule des « futures mamans » ? Pourquoi je ne veux pas qu’on me materne, qu’on me chouchoute, qu’on m’arrête quand je suis fatiguée?
Pourquoi je me fous des « maux » de grossesse ?

Toucher.
Te toucher.
Imaginer tes contours derrière ces quelques centimètres de chair qui nous séparent et nous relient.
Toi.
Je savais bien que tu étais quelque part, mon enfant, le mien. J’ai imaginé un endroit où attendent les enfants que nous attendons. Une attente réciproque. Que nous les ayons mis au monde ou adoptés. Comme des limbes joyeuses ou bien le Meilleur des Mondes. J’imaginais que tu dormais là.
C’est ridicule. Tu es le fruit d’un ovocyte et d’un spermatozoïde, un « supertozoïde » comme disait ma cousine. CET ovocyte là et CE spermatozoïde là dans l’enfer des probabilités.
J’essaie de mesurer la portée du miracle mais à chaque fois, mon esprit échoue à en embrasser les contours.
Alors je reste là, avec ce ventre qui enfle et ton diaphragme qui bat la mesure, la main qui cherche tes contours à toi, tes contours clairement mesurables.

Je ne me sens pas transformée. Je ne sens pas d’infime basculement vers la réalité de « mère » ; ni nouvelle dimension ni différente. Les angoisses se tassent.
Toute cette route pour t’envisager, pour me libérer de mes démons, pour te concevoir ; c’est cela.
Je chemine.
Je ne fais qu’avancer.

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3 réflexions au sujet de « Vertige, j’écris ton nom. »

  1. Ce que tu écris est tout simplement beau et émouvant.
    L’endroit étrange que tu décris me parle, j’imagine toujours ces ou cet enfant en haut d’un grand toboggan qui décide ou pas de se lancer…
    Je te souhaite le meilleur cheminement possible en attendant votre rencontre…

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