12 sa et la « valisette »

L’ échographie du premier trimestre a donc eu lieu.
J’ai bien entendu été malade trois jours avant parce que j’ai eu un épisode de fièvre et que j’ai décortiqué le net.
Ma sage-femme, qui est absolument géniale, est tout de suite passée aux festivités.

L’écran s’est allumé et il est apparu : il avait grandi et j’ai de suite trouvé ce petit scintillement.
J’ai regardé la sage-femme ; j’ai souri  et je lui ai dit : « Bon le coeur bat, c’est bon, je me rhabille et je m’en vais ».
Mon foetus était dans une position totalement improbable et c’était l’heure de la sieste. D a donc dit qu’il était têtu comme sa mère et que c’était bien un enfant d’enseignant parce qu’il faisait déjà grève.
Après quelques stimulations, car ma sage-femme est à ce point géniale qu’elle évite tout examen intrusif surtout après un parcours PMA, on se serait cru devant un de ces films asiatiques que j’affectionne tant, un mix entre Tigres et Dragons et Flipper le Dauphin.

On a compté les doigts, écouté le bruit de son coeur pour la première fois et je regarde souvent la photographie de l’échographie sur mon portable.

Je ne sais pas ce que je ressens exactement.
Mon ventre est toujours aussi plat et j’ai perdu un peu de poids (il faut dire que mes TCA ont un peu réapparu mais la perte s’explique aussi par les nausées, j’en reparlerai dans un article si je trouve les mots pour le faire).

J’ai énormément de mal à me projeter comme femme enceinte et à imaginer ce petit être au fond de moi. J’ai encore un peu le sentiment d’être en PMA ; c’est -à-dire d’aimer un être que j’imagine mais comme inatteignable ; d’être un peu comme dans un rêve, une nuit douce et cotonneuse parce que je sais que je suis enceinte ; bref, je me sens un peu perdue certains jours. En revanche, je me sens vraiment portée par un amour et une préoccupation inconditionnels.

Du coup, malgré cette grossesse, je me sens toujours aussi éloignée du monde des « mamans » et même des « femmes enceintes » et toujours aussi proches de toutes les femmes.
Je ne me sens ni héroïne, ni transformée, juste chanceuse et heureuse timidement. Je n’ai pas le sentiment d’avoir une autre place dans la société. Ce n’est pas une fierté ; c’est juste une rencontre entre moi, mon conjoint et un petit être tellement désiré, qui fait son chemin, lentement.
Je suis retournée sur des blogs au hasard parce que je cherchais des informations et j’ai ressenti exactement la même chose que des semaines auparavant quand mon utérus était vide.  Agacée par les « bidous », les plaintes, les débats, le côté Wonderwoman du quotidien. Rien à faire, je ne bascule pas dans le monde de la guimauve et je commence à me dire que je suis peut-être anormale. Désolée, mais je ne parviens pas à appartenir à m’identifier à un groupe de femmes qui vivrait une expérience initiatique ; je peux pas vous dire que les nausées c’est terrible alors que ma seule angoisse c’est de me demander si « la petite merveille » (dixit la sage-femme) va bien.
Je suis toujours aussi gênée de dire que je suis fatiguée ou nauséeuse surtout avec une collègue qui a des difficultés à avoir un enfant. Quand j’en parle, je me sens impudique comme ces femmes enceintes que je honnissais en mon temps.
J’ai l’impression de mentir quand je dis « Je suis enceinte » ; surtout quand mon physique reste inchangé.
Dans la salle d’attente de mon centre périnatal, je me sens étrangère et j’ai du mal à comprendre qu’on me parle à moi en tant que future mère. Je grommelle contre les magazines, les futilités, la pub qui a envahi la boîte « cadeau » qui accompagne la déclaration de grossesse. Tout ceci me paraît suranné, superficiel.
Je reste dans une bulle.

Je crois qu’il n’y a pas que mon parcours PMA , qui fut bien mince au final.
Je suis peut-être vraiment une sociopathe qui s’ignore.
Ou c’est juste les séquelles d’une enfance chaotique et d’un long déni de ma possibilité d’être mère , le fait que je m’étais persuadée qu’aucun enfant ne pouvait me choisir moi pour être sa maman.
Ou bien si, je suis une psychopathe.

Je l’ai enfin annoncé au monde entier (sur les réseaux sociaux, comprenez) pudiquement et j’ai eu une envolée de voeux qui m’a émue ; moi qui craignais que ce bébé ne soit pas si attendu que cela, notamment en raison de l’âge de mon conjoint. Cela m’a beaucoup aidée à m’apaiser. Il y avait des personnes qui me suivaient discrètement depuis tous ces mois d’essai… On n’est pas si seuls que cela au final.

Je publie moins mais je vous lis TOUS les jours. Je pense très fort à vous.

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2 réflexions au sujet de « 12 sa et la « valisette » »

  1. C’est très beau ce que tu as écrit. Et je pense que tu vas te sentir « enceinte » au fur et à mesure que ta grossesse va se développer. Il faut laisser faire les choses. Tu t’es beaucoup protégé et cette écho te permet enfin d’être plus sereine, prends le temps de prendre le temps, je suis certaine que tu vas progressivement te projeter.
    Et perso, sans nausées et vomissements et en mangeant plus et mieux, j’ai perdu du poids… Ce qui n
    À pas inquiété ma gynéco.

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