Je voudrais te dire que je t’aime

Je voudrais coincer ma bulle en pensées contre ta toute petite bulle à l’intérieur de moi, là dans l’ombre de mes entrailles.
Je voudrais savoir à chaque seconde si tu vas bien , sentir ton minuscule palpitant contre le mien.

Je voudrais te demander pardon.
Pardon de ne pas t’appeler autrement que « l’embryon », pardon de ne pas avoir cru en toi,  de douter encore, de toi, alors que tu nous as fait l’immense confiance de te nicher dans mon ventre.
Pardon de ne pas réaliser que tu es, toi, issu de sept petites paillettes décongelées pour FIV ICSI, que tu es un début de vie comme tous les autres débuts de vie.
Pardon de m’être dit : « Ne t’attache pas, son coeur va s’arrêter et il va s’en aller ». Pardon d’être allée courir en me disant, quelque part dans le coin de mon esprit, que tu ne pouvais pas être, que je ne te mérite pas, moi que la maternité laisse pleine d’interrogations.

Je voudrais mettre la main sur mon ventre et te parler ; mais je n’y arrive pas.
Je voudrais écrire dans ce carnet que j’ai acheté, photographier ma silhouette régulièrement ; mais je me sens immobilisée.
Le temps s’est arrêté et il avance cependant dans un long décompte vers la sécurité.
Je te sens si fragile au bout hypothétique de ce parcours PMA, bien court néanmoins comparé à d’autres parcours.

Pourtant, quand l’écran s’allume et que je vois ce scintillement, mon être s’emplit d’une émotion inconnue.
Je voudrais te prendre contre moi et je voudrais te dire que je t’aime, les yeux plein de larmes.
Je voudrais partager l’emballement des gens à qui j’annonce ta présence dans mon ventre et je me contente de sourire sans conviction.
Je voudrais imaginer les contours de ton visage et je n’y parviens pas alors que c’était presque plus simple pendant les traitements.
Je photographie l’échographie et je la regarde, plusieurs fois dans la journée, quand la peur s’empare de moi, quand les seins paraissent moins lourds, la tension utérine trop présente.
Toutes les nausées, les douleurs, la fatigue, je m’en fous. Elles ne sont rien tant que tu bats quelque part mystérieusement au tréfonds de moi. Elles sont simplement le juste rappel de cette chance extraordinaire de te porter, toi, mon inconnu(e) que j’ai toujours connu(e).

Je voudrais te dire que je t’aime.

Ecartelée entre l’amour fou et la peur folle.
La peur de perdre et de ne pas avoir le courage de recommencer, la peur que le miracle s’éteigne comme une bougie qui embrasserait une brise trop violente.

Une grossesse post PMA c’est cela aussi .

« Un jour je rencontrerai la Vie en moi, la joie qui se cache dans ma vie, quoique les jours troublent mon sentier de leur inutile poussière. » 

Rabindranath Tagore, L’Offrande Lyrique,

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16 réflexions au sujet de « Je voudrais te dire que je t’aime »

      1. Pour le moment, je suis encore en mode « flip »…. Je pense que je vais encore arrêter de respirer jusqu’à ce que je vois le coeur.
        Les nausées ont diminué et ça me fait peur… même si je suis consciente que c’est purement psychologique.

  1. Effectivement une grossesse post PMA c’est aussi ça. J’espère que bientôt tu arrivera à éloigner cette peur folle, bientôt déjà tu sentira ton bébé bouger et ça aide généralement beaucoup à investir cette grossesse si précieuse.

    1. Je pense que tant que je ne l’aurai pas dans mes bras, ça va persister. J’ai expliqué à la SF : les chances étaient tellement minces que pour moi, ce n’est pas normal d’être enceinte, le fait que le spermatozoïde gagnant provienne d’une paillette décongelée indication FIV IMSI…. Je pense que c’est un peu ce que ressentent parfois les femmes enceintes suite à un TEC. Il faut dire aussi que rien ne se voit, peut-être aussi qu’en prenant du ventre….

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