Mettre au monde en Afrique subsaharienne

En bonne géographe, j’aime les jeux d’échelles.
Et puis  j’apprécie aussi élargir le champ de la réflexion, jouer sur la focale, prendre du recul et être féministe. J’avais d’ailleurs parlé de la maternité ailleurs et des sentiments mitigés que cela soulevait en moi, une femme dans un couple infertile en France.

Je voulais partager avec vous un lien vers un projet photographie intitulé : Birth is a dream.
C’est un titre ironique bien entendu. Il reprend un poncif occidental, quoique l’on puisse et qu’on le remette en cause. Et c’est sans doute  justifié.
La naissance a toujours été, pour les femmes et pour l’humanité, un acte sacralisé autant que tabou, important culturellement et socialement (et religieusement, devrais-je ajouter).
Dans les pays développés, la grossesse et la naissance sont associées à l’extrême bonheur, à la médicalisation, à la famille rayonnante, à la maturité, à la bienveillance. On les célèbre ; on les expose ; on les désire.

Cette réalité n’est pourtant celle que d’une minorité de femmes dans le monde.

La majorité des femmes risque sa vie pour enfanter et porte la vie dans des conditions très précaires. La naissance devient alors un périple dangereux. La mortalité maternelle,  périnatale et infantile crèvent des sommets. N’oublions pas que la première cause de mortalité infantile ( enfant de moins de un an ) dans le monde est la diarrhée infectieuse due à la qualité de l’eau.
Une mère qui meurt, c’est une famille qui s’engloutit dans la pauvreté.

Je n’écris pas cet article pour culpabiliser, ni même pour avoir le sentiment de faire quelque chose, parce que concrètement, je ne fais rien et ce que j’écris ici est d’une totale inutilité.
Je reprends pourtant toujours cet exemple pour traiter des inégalités face à la santé dans le monde à mes élèves ; je crois que cela soulage ma conscience.
Et aussi parce que je crois que c’est vraiment important de lever les yeux de nos propres difficultés pour se rappeler que nous sommes les citoyens d’un monde profondément clivé et inégalitaire.
Je ne peux rien faire mais je ne veux pas fermer les yeux sur cette autre réalité.
Au nom des femmes du monde entier et au nom des mères du monde entier.
Au fond, nous sommes unies par une invisible nécessité de défendre nos convictions, nos droits, nos destins.

Les clichés m’ont beaucoup touchée et j’espère qu’ils vous émouveront aussi.

http://www.birthisadream.org/about-the-project/#.VFvDLYegR-U

Et une vidéo qui accompagne le projet  ( âmes sensibles, s’abstenir absolument)

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23 réflexions au sujet de « Mettre au monde en Afrique subsaharienne »

  1. Merci pour cet article si touchant qui nous rappelle que même dans nos pires difficultés nous avons la chance d’être française et que nous avons une vie confortable. Merci de rappeler que la priorité pour la plupart des femmes de notre planète est de pouvoir rester en vie.

    1. Je n’aime pas hiérarchiser les souffrances. Je crois que c’est normal que notre souffrance nous paraisse toujours si grande.
      Le but n’est surtout pas de comparer les douleurs, juste de montrer d’autres destins de femmes, douloureux, autrement, d’adopter une autre perspective.

      Heureuse que l’article te touche. 🙂
      J’ai un peu hésité à le publier, j’avais peur qu’il soit déplacé ou mal interprété.

  2. Ce sont des témoignages des zones enclavées… loin des grandes villes, je peux te l’assurer. Et j’espère qu’ils évoquent l’ensemble des possibilités et pratiques pour dépasser certains clichés et rendre compte de toutes les réalités.
    Bref, partout où j’ai été, hors zone hyper reculée, césa, péri, etc… était bien là…
    Après forcément, l’accès à toutes les médecines et la gestion de urgences est parfois défaillante, encore, malheureusement.
    Y’a une belle asso spécialisée dans ce domaine : Amref.
    Des bises

    1. Ah je me doutais que tu réagirais. Et tant mieux.
      🙂

      Merci pour ces éclairages. Effectivement cet article manque sans doute de vraie expérience de terrain. C’est un point de vue encore européanocentré, c’est important à dire.

      Oui, ils précisent bien que nous sommes dans des zones rurales isolées. Il y a quelques actes de césariennes dans la vidéo.

      Et il y a un blog sur wordpress d’une sage-femme qui travaille pour une ONG mais je ne me souviens plus de la référence exacte. C’est très intéressant.

      Je vais voir l’asso dont tu parles.

      1. 😉 s’ils précisent, c’est parfait !!
        Juste dommage que le film ne s’étendent pas aux zones urbaines, m’enfin ce serait inintéressant sans doute car comme ici : des buildings, des hôpitaux, des salles tip top, des accouchements sans douleurs…
        Mais oui, l’accès aux médicaments, aux urgences, à plein de trucs reste incertain, d’autant plus que tu t’éloignes des villes…
        Bref, c’est important que la santé maternelle et foetale avance encore et toujours, partout !
        Amref, c’est une super ong kenyanne, qui a le même budget que msf, bosse avant tout avec les staff des pays (et ça c’est hyper hyper important et juste), et les mêmes actions en gros, mais qui est peu connue car siège au Kenya (donc af subsah et anglophone).
        Des bisous

      2. Non, non, ce n’est pas inintéressant du tout. Justement on explique aux élèves qu’il faut toujours nuancer mais nous ne connaissons parfois pas plus qu’eux la réalité et on colporte ce qu’on lit parfois sans recul.
        Dans les villes, est-ce que le plus pauvres ont aussi accès au système hospitalier ou est-ce que tu dirais que c’est réservé à la classe moyenne émergente ?

      3. Lo, c’est le job de ma belle mère en fait. Elle travaille dans un big hopital public pour que les plus vulnérables puissent accéder aux soins en étant pris en charge par le système de santé. Les système de santé existente, le hic est de les connaitre, d’y avoir accès, et qu’ils ne soient pas détournés faute de justice encore trop faible. Comme ici, certains abusent, d’autres en ont réellement besoin. Bref, in fine, la prise en charge hospitalière existe mais ne fonctionne pas encore correctement, cela prend du temps. Et les plus aisés peuvent se permettre les cliniques privés (cf le post de Lutine sur l’accès à la pma) ou des soins rivés en secteur public. L’hopital est accessibles à tous, sans aucun doute, reste à avoir les moyens ou débloquer les possibilités de prises en charge, en temps et en heure. Après, dans les villes et même capitale, l’effectif nombre de médecins/habitants est encore trop faible. C’est aussi pour cela que les infirmiers, voire aide soignant, ont davantage de responsabilité et connaissances terrain, même si ce n’est pas souhaitable tout le temps…
        Des bises

      4. Mais tu es une mine d’informations. Je me rends compte que même les livres scolaires sont manichéens, ambigus et partiels/partiaux dans le traitement de l’info.
        Donc tu dirais que c’est moins une affaire de moyens, qu’une affaire d’accessibilité.
        Après je suppose qu’il y a aussi des perceptions différentes de la grossesse et de l’accouchement selon les sociétés. Il suffit de regarder en Europe, les taux d’accouchement médicalisés ou non et ces chiffres ne reflètent absolument pas les taux de développement.
        Je suis vraiment contente que tu sois venue mettre ton grain de sel sur cet article ❤

      5. Une affaire d’accessibilité et de non corruption… soyons honnête ! (d’où le si justice pas efficace, point d’impunité, point d’accès aux services issus des politiques publics efficaces)… mais ça bosse dur, ça bouge, et avance ! En même temps l’Af sub, ce sont des Etats jeunes (60 ans)… Donc bon, on peut pas tout faire en un jour…
        Quant aux perceptions, assurément, et en plus tu y ajoutes la perception individuelle (on a pas tous la même perception en Fr par exemple) liée à tant de choses (milieu social, économique, éducation, transmission…).
        😉 en vrai c’est pas mon secteur de prédilection, mais c’est un peu mon job aussi…
        Vraiment va voir Amref et MSF, qui bossent dans les contextes hard. Mais aussi les OMD (onu, unicef), des mines d’infos !
        Des bisous

      6. Et d’ailleurs, ma mère a accouché dans une « clinique » d’une grande capitale africaine il y a moins de 30 ans et c’était encore très proche de ce qui est décrit. Matelas au sol dans certaines chambres, tables d’accouchement alignées et flaque de sang au sol, entre les jambes de la parturiente (et même un bébé au sol 😥 )

      7. Oui, ils précisent bien qu’il s’agit de zones très isolees. D’ailleurs, les témoignages et les images nous le prouvent bien.
        Mais je comprends ton inquiétude que ces images de l’Afrique fassent circuler ce cliché de l’Africain très pauvre, qui ne connait pas l’eau courante et le paracétamol…
        La vidéo est poignante.

      8. Yes, c’est que me disait la miss. Et c’est important et bien ! (et dommage qu’on montre pas les autres lieux tout de même, je fais le même reproche à toutes les com’ et médias qui parle de ce continent, et d’autres, et même du Chnord tiens ;-)).
        Et… T’as tout compris… Le cliché a la dent dure… T’imagines pas le nombre de fois où on demande à mon homme s’il avait des chaussures petits ?! WTF ?!?! (Si si, ça existe encore les gens qui posent des questions stupides… imagine que l’employeur pense ainsi… ben t’as pas le job, basta car il comprend pas que ton cv est bien ton cv, le préjugé étant trop fort dans sa tête, enfin bon, c’est une aparté, et mon constat après moults années).
        Enfin bref, à voir !!
        Des bises

      9. ^^ Tu sais que pendant toute mon enfance, je n’ai mis des chaussures et des vêtements (autre que culotte, et encore!) que pour aller à l’école?
        Pourtant on avait une maison, la clim et même un ordinateur.

      1. Ce sont les sages femmes ! Il est tourné en pays anglophone le reportage surement.
        En tout cas c’est cool dans ton métier de pouvoir t’intéresser et transmettre une ouverture au Monde, aux pratiques, aux ce qui fonctionne et ce qui fonctionne pas (encore) !

    2. Une de mes collègues a ouvert des écoles au Burkina et j’adore discuter avec elle car j’arrive avec mes gros sabots et elle se moque gentiment de moi parfois.
      On est cons des fois. Même quand on croit bien faire.
      Parfois les parents d’élèves ne comprennent pas qu’on enseigne l’histoire de l’Afrique. ils imaginent un continent monolithique sans culture écrite donc sans culture du tout. C’est un travail de longue haleine pour changer tout ça.
      J’aimerais bien enseigner à l’étranger un jour, ne serait-ce que pour me heurter un peu à la réalité et évoluer, moi dans ma perception des choses.
      Elle envisage d’ouvrir une coopérative de femmes à la retraite et d’acheter là-bas pour se partager entre l’Afrique et l’Europe.

      1. Dur dur ce que tu racontes, car cela impacte directement sut les nouveaux arrivants et les français noirs et là depuis un bail… Enfin… Tu sais où passer tes prochaines vacances ;-), lui rendre visite au Burkina !

  3. Si j’avais pas eu chéri-chéri dans ma vie au moment où j’ai obtenue mon diplôme je pense que je serai allé me promener dans le monde pour voir comment ce passait les naissances ailleurs.
    En tout cas ça donne envie de voir le reportage dans son ensemble même si effectivement il n’est peut être pas exhaustif.
    Merci pour ce joli article.

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