« Vomito ergo sum » d’après un célèbre panseur (gastrique)

« Ah, je meurs, je me meurs
Vers les doux jardins m’envoie l’ombre d’automne
Oui, déjà les pommes, les prunes, sombres ondes se froncent dans un chant épuisé
Ici, je ne voulais pas plus que des arbres et de la tendresse du cœur
Je ne voulais pas des années et des mois, tant de plaintes et de paroles vaines
Je ne voulais pas tant de visages, écrasantes caravanes des villes noires
Ah, je meurs, je me meurs.
Je sais : le grand temps hurle derrière moi. »

Krzysztof Kamil Baczyński, poète polonais, 1921-1944, mort lors de l’Insurrection de Varsovie

 
 Vers 22h, ce samedi soir, j’ai senti poindre en moi un tourment stomacal d’un genre trop bien connu.
Une petite nausée insidieuse qui s’est installée négligemment, quoique brutalement, entre deux lectures d’articles sur WordPress puis du tord-boyau à tire-larigot.
Là, je me suis dit :
« Ma fille, tu vas y passer
Sois courageuse….
T’as fait une hystérosalpingographie,
On t’a posé une sonde naso-gastrique ( deux fois)
Tu n’es pas à une gastro-entérite près. »
CAR OUI, CETTE FOIS, TU N’Y COUPERAS PAS
Depuis 1999….
J’étais passée au travers de toutes les épidémies, malgré ma fréquentation élevée de têtes blondes dont les gastros reviennent tous les ans comme les hirondelles.
J’ai un estomac de classe internationale,
Un système immunitaire hors-concours
Une résistance à toutes les scènes gores sans sac plastique de voyages scolaires
Non, je n’avais pas vomi depuis mes quatorze ans.
Et ça tombe bien,
Parce que je suis EMETOPHOBE.

Pour moi, Vomir = angoisse de mort absolue
Alors non seulement j’ai les tourments de la nausée
Mais je me trimballe une putain de panique incontrôlable.
Et en quinze années, j’avais largement eu le temps de renforcer ma trouille viscérale ( c’est le cas de le dire)
Tout en l’oubliant,
Je me croyais invincible…
Mais  c’est pas fini.
Parce que comme je ne vomis jamais,
Quand je suis malade,
Mon estomac fait durer le plaisir des heures durant
A grand renforts de suées froides et de malaises qui tiennent autant de l’hypocondrie que de mon état en soiCe n’est qu’à trois heures du matin
Après trente minutes de spasmes opportuns,
En quelques expirations  sonnant l’hallali,
Que s’est épanoui tel un soleil fâné
Le potiron farci  du délit
Sur l’éclat de la faïence immaculée.

D. dormait du sommeil du Juste.
J’ai pu exprimer ma douleur dans de longues plaintes hoqueteuses ponctuées de « Je vais crever »
Nada.
Même mes chats m’avaient abandonnée à mon triste effort.
Il a fallu que j’aille le réveiller
Pour qu’il puisse me raisonner.

Et là, le saligaud m’a dit:
« Je te tiendrai pas les cheveux, je veux pas la choper cette m*rde »
J’ai donc décrété en pleurant que : « tous les mecs étaient des monstres d’égoïsme » entre deux allers et retours entre mon lit  et la salle de bains à la façon du gastéropode cachectique en fin de vie.
(sous-entendu, en rampant avec ma cuvette )
(Je l’ai excusé parce qu’il a accepté que je lui écrabouille la main pendant l’insémination, Et que l’argument de la conservation de ses gamètes pour fin novembre était très convaincant et justifié mais je n’ai pas pardonné… Je l’ai réveillé toutes les heures pour lui dire que j’allais mourir)

Dimanche matin,
Ayant à la fois les reins bloqués, des douleurs musculaires, de la fièvre, des chutes de tensions, une poussée d’eczéma et des saignements à dpo8 (mais on s’en fout ce mois-ci)
J’ai crié mon désespoir sur FB
Parce que je déteste être malade,
Que je voulais aller au boulot, bor*el,
Franchement c’est quoi cette connerie
Qui me cloue dans mon lit ?
Nan, mais franchement, moi dans un lit ?
Ah, elle est bien bonne!

D’où d’aucuns m’ont répondu avec sagesse
Que le médecin de garde était mon ami
Que fondamentalement on s’en foutait
Que je n’étais pas un GI en mission solitaire pour sauver l’humanité d’un méchant terroriste
Que je n’étais pas obligée de vouloir refourguer ma maladie à mes collègues
(J’ai repensé d’ailleurs  à Rambo qui cautérise sa plaie à la poudre dans l’épisode 3 de sa croisade contre les méchants Russes et j’ai relativisé mon état et mes responsabilités)

Alors j’ai pas réussi à me lever à temps pour faire pipi
Et je me suis quand même dit que ça signifiait que j’étais assez malade pour justifier d’appeler le médecin de garde
Lequel m’a dit que mon état était susceptible de m’améliorer rapidement
Si je consentais à boire un minimum et à manger quelques cuillères de pâtes à l’eau.
Je l’ai béni de ne pas avoir demandé à me voir
Vu que j’étais non épilée,  dans un vieux tee-shirt vomiteux au fond de mon pieu,
Et que je n’avais pas la force de me doucher ni de m’habiller.

Sauf que …
Peur de vomir…
Mais envie d’aller travailler.
Et ennvie de protéger ce petit corps qui est supposé procréer et qui ne peut pas perdre deux kilos.

J’ai donc exploité D.à fond,
Je me suis plainte,
J’ai réclamé,
J’ai dormi,
pis dormi et encore dormi.
(d’ailleurs, il a reconnu que c’était le seul avantage de mon état)
Pis j’ai réclamé.

Je me suis dit que j’avais sous-estimé le danger des nausées de la grossesse
J’ai réalisé qu’hypothétiquement , faudrait que je reste allongée
Et D.a confirmé  (qu’il risquait d’en baver et qu’il envisageait le célibat géographique)

Bref, je suis une fille absolument insupportable dès que je suis malade

PS sérieux  : ce matin, comme promis par le sage médecin, j’étais effectivement assez en forme pour aller travailler mais je n’aurais pas tenu toute une journée face à des classes. Je suis plutôt fatiguée. Je suis exigeante vis-à-vis de moi-même mais je ne pensais pas à mes collègues qui ne méritent pas d’être malades et de refiler mes virus à leurs enfants. Ca me rend égocentrique. Et en fait, vomir a été très très difficile et douloureux, très honnêtement, mais moins qu’auparavant. Ma mère paniquait toujours quand j’étais jeune et je crois que ma trouille tient à ça. Que mon conjoint trouve ça anodin et que je gère seule m’a aidée. L’émétophobie est un trouble parfois lié à l’anorexie. J’avais été soignée plus jeune pour ce problème (dans la problématique du rapport à la nourriture) car je dérobais toutes les réserves de Primperan et de Motilium de la maison. C’est aussi une des raisons qui expliquent sûrement que je n’ai jamais effleuré la boulimie. « Avant » je n’aurais pas remangé pendant plusieurs jours et je me serais gavée de médicaments ; cette fois je n’ai rien pris et je vais même remanger tout ce qui me fait envie dès ce soir… Je ne suis pas traumatisée. J’ai été sur pied rapidement malgré une journée vraiment horrible. Je crois que je suis juste devenue une gonzesse qui a juste un peu plus la trouille que d’autres de vomir ; mais que ça n’empêche pas de vivre. Comme quoi, je regarde le chemin parcouru et je me dis « Wahou » et je suis assez fière de moi. ( Mais c’est pas pour ça que je veux bien attraper une gastro-entérite tous les ans!)

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10 réflexions au sujet de « « Vomito ergo sum » d’après un célèbre panseur (gastrique) »

  1. L’année dernière j’ai vomi, chose qui ne m’était pas arrivée depuis 18 ans. Oui j’ai tenu 18 ans! (Fierté au maximum!) En fait je me suis pris la première et dernière cuite de ma vie, et j’ai associé vomir=soulagement.
    Je me suis bien reconnue dans ton article, dans cette peur panique dès qu’une nausée apparaît. C’est dingue cette phobie. Alors autant de dire que quand j’ai des patients qui gerbent, je ne suis que joie et bonheur!

  2. Brrr, ça fait froid dans le dos ta gastro agressive. J’espère bien passer à travers cette année, car j’en ai eu une pendant les fêtes les 2 dernières années. courage et bonne convalescence.

    1. Ben, enfin, non, plus on est de fous, plus on rit.

      Ma chance, c’est de l’avoir attrapée hors essai, j’ai même pas eu à psychiatre, juste à prendre soin de moi.
      EDIT : à psychoter (il est taquin ce correcteur sur Mac)

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