Sex and the (IA)City

Alors tu vois lecteur, moi je n’aurai jamais de bébé naturel.
Qu’est-ce que c’est moche d’ailleurs cette expression… genre quand tu conçois un enfant à l’horizontale (ou à la verticale, c’est toi qui établis les lois de ta gravité) il est bio, élevé au bon grain et quand tu l’as en AMP, il est nourri aux hormones.

Ah mais m*rde, mais oui en fait.

Je vais faire un bébé de batterie. * frightened scream*

Je n’aurai jamais de « bébé couette » (là aussi, si tu veux le concevoir dans les toilettes d’une boîte entre le dégueuli du Mojito et celui de la Margharita c’est toi que ça regarde) parce que nous ne pouvons pas « le faire ».
Mon conjoint ne souffre pas seulement d’éjaculation rétrograde ; il souffre aussi de graves troubles de l’érection. Qui résistent à toutes les prises en charge jusqu’ici.  Combo : neuropathie diabétique + traitement médicamenteux.
Comme dans mon dernier article sur le premier sujet, je me lance parce que je ne suis pas seule et pourtant je suis seule quand j’ai besoin d’aide, de me confier. Nous sommes pourtant plusieurs centaines de couples dont le mari est tétra ou paraplégique, opéré d’un cancer de la prostate , malade,  en parcours AMP  et pour lesquels la sexualité est devenue un autre parcours du combattant (sans compter les couples hors AMP).

Tabou, chut… Honte.

Et puis ceci n’est pas un blog consensuel, alors au diable l’avarice et là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir.  (oui, j’aime parler par aphorisme)

D’ailleurs en parlant de plaisir…
Je te vois venir… Tu vas me dire que je suis une « mal baisée ». Tu vas me dire que je m’aventure sur des pentes glissantes en ajoutant la casquette de « frustrée » à celle d’ « infertile aigrie ».
Alors, je te rassure de suite…. Déjà, si ton plaisir se limite à la seule pénétration en missionnaire, tu rates un truc. Un truc de ouf.
La sexualité est un vaste éventail de pratiques extatiques.
Mais oui, un rapport sexuel ordinaire bête et méchant, c’est essentiel à l’équilibre.
Ne me demande pas ce qu’il m’arrive pour que je te fasse ce coming-out. C’est la lecture d’un article, un mail reçu auquel je n’ai pas su répondre, alors voilà, je viens te livrer ma vie.

J’ai été trash au début, mais je te promets, je deviens plus sage dans la seconde partie.

Je ne vais pas te dire que tout se passe comme dans un panneau FB : « Si toi aussi, t’as un homme formidable… blablabla, avec du love et des coeurs autour »

Parce qu’en plus des rapports programmés, tu peux aussi ajouter à l’addition, supplément gratuit (ne passez pas par la case Départ, ne remerciez pas DNLP), la prise des petites pilules bleues non remboursées (ou orange ou blanches, faut tout essayer dans la vie) qui font vomir et puis quand ça ne fonctionne plus les injections intracaverneuses prescrites par The big Ponte des Loosers de la Kékette qui ne jure que par les dépassements d’honoraires et qui ne fonctionnent plus non plus.
Après ça, t’essaies d’avoir une sexualité épanouie.
Siiiiiii, vas-yyyyyy, essaie.
Essaie de rassurer ton mec. Essaie de lui faire prendre conscience que non, ce n’est pas uniquement parce qu’il est fatigué. Essaie de lui expliquer que, non, là, ça ne va pas fonctionner après deux heures de préliminaires.
L’abstinence du « rapport normal » se compte en années et les « bébés couette » se font avec la méthode artisanale qui circule feutrée sur les sites lesbiens, pot de yaourt en verre et pipette d’Efferalgan nourrisson.
Mais ça marche pas non plus. Rapport à l’éjaculation rétrograde.
Je suis comme les hommes politiques, je cumule.

Comme je ne suis pas une sainte ni une carmélite, que je n’ai pas trente ans, une libido assez prononcée et que je sais très bien que souvent  les hommes me regardent, je ne vais pas te dire que c’est pas grave, que tant qu’il y a de l’amour y a de l’espoir et que je sublime ma frustration en faisant du yoga, non. Pas vraiment.

Oui, j’ai eu envie de partir.

Oui, j’ai déjà été odieuse au 3e essai raté de la semaine.

Oui, j’ai souvent pensé et je pense encore parfois à un amant et comme je suis itinérante, je pourrais ne pas m’attacher.

Oui, j’ai déjà discuté avec mon conjoint de la possibilité que je puisse avoir un amant et de la manière dont il le vivrait.

Oui, je me suis inscrite sur un site de rencontre en culpabilisant et j’ai échangé avec d’autres hommes, puis j’ai arrêté.

Oui, je suis une femme fidèle. Infaillible. Enfin jusqu’à maintenant. Par amour, par respect…. et aussi parce que l’opportunité ne s’est jamais vraiment présentée.
Ou bien que je l’ai soigneusement évitée. Je ne suis pas une héroïne non plus.

Alors, tu vois, je ne jugerai jamais personne sur son itinéraire personnel, son envie, ses failles. Tant que tu ne le vis pas ; tu ne peux pas savoir ce que c’est.

Ce n’est pas incompatible avec le désir d’enfant. Je n’ai pas envie d’un enfant avec un autre homme ; j’ai eu envie d’un enfant avec l’homme que j’aime comme un prolongement naturel de notre histoire et ça n’a rien à voir avec notre sexualité. Techniquement, et sauf mauvaise surprise bien dissimulée de DNLP (avec celle-là, faut se méfier), je peux avoir un enfant de n’importe quel homme fertile; mais pour moi, aujourd’hui, ça n’a aucun intérêt. J’ai plein de projets qui font qu’intrinsèquement, un enfant pour un enfant, n’est pas un but en soi, maintenant. En revanche, la perspective de ne pas avoir d’enfant avec cet homme-là maintenant me fait beaucoup souffrir.
Je n’imagine pas faire ma vie avec quelqu’un d’autre pour une histoire de sexualité.
Par contre, je m’imagine très bien faire furieusement l’amour sous une gouttière la nuit façon neuf semaines et demi.
Je voudrais que les deux ne soient pas incompatibles. C’est un jeu dangereux. J’ai peur de faire mal. J’ai peur de perdre. Je n’aime pas perdre.

Car, en revanche, je peux te dire, et en PMA on est assez calé pour pouvoir l’ouvrir à ce sujet, je peux te dire ce que c’est d’aimer, d’aimer jusqu’au bout, d’aimer malgré tout. D’aimer en dépit de tout.
Aimer quand tout va bien , quand tu as l’argent, la santé, la fertilité ; certains te diront que ça relève déjà de l’exploit. Si tu arrives à surmonter l’ennui sans doute.

Et pourtant, on est là.
Avec nos vingt piges de différence d’âge, la peur de se perdre, la peur de ne pas avoir d’enfants.
Après plus de dix ans de relation, on est là.
Là, tout en haut de la vigie, en proie aux tempêtes, aux mouettes qui attendent le cadavre à la mer et qui suivent le bateau, on est là.
Mais, s’il m’avait dit :  » Dans dix ans, je serai diabétique sous insuline, j’aurai fait un infarctus, je souffrirai d’éjaculation rétrograde, je ne pourrai plus te faire l’amour et mes spermatozoïdes seront mous du flagelle », est-ce que je serais restée? Peut-être que non.
Est-ce que je vais rester ? Peut-être que non.  C’est simplement être réaliste sur les tensions de l’être humain, sur nos capacités naturelles d’endurance.
Le temps use ou rapproche, hiérarchise nos priorités, tisse cet invisible lien (et là, si tu as déjà vu comment on tressait une corde de chanvre, tu vois exactement de quoi je parle) ou le détricote.

Et je me questionne : l’amour ou la force de l’habitude ?
Et puis, on se retrouve à ce café entre le recueil et l’insémination, putain, et je sais que c’est l’amour.
Alors ce qui se passera après, je ne sais pas.
Si j’aurai un enfant de lui, je ne sais pas.
Si on se mariera, je ne sais pas.
Si je le tromperai, je ne sais pas.
Mais là, je veux juste vivre ce que l’on a à vivre.

PS : tu es en AMP, tu te sens concerné(e) et tu as besoin d’échanger ? Fais signe. Ne reste pas seul(e).

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8 réflexions au sujet de « Sex and the (IA)City »

  1. Merci pour ce témoignage. C’est vrai que dans ce monde, il est de bon ton d’être performant dans tous les domaines, y compris le sexe. Malheur à celui qui bande mou ou pas du tout ! Et malheur à celles qui n’ont pas rocco à la maison, taxées d’être des frustrées. Situation compliquée où il faut faire la part des choses entre ce que l’on ressent intérieurement et ce qui relève du regard des autres, ou de la société. À vous de trouver votre équilibre dans tout ça…

  2. J’ai hésité à te répondre après avoir lu une premiere fois ton artcle, en grande partie parce que je ne savais pas trop quoi te répondre. Puis je l’ai relu et je me suis dis que je te trouvais courageuse de parler de « ça », de lever le tabou. Et que tu méritais que je te le dise.
    Comme tu dis le sexe c’est pas que la pénétration (c’est un sujet que j’aborde très souvent au boulot quand je parle de « reprise » de la sexualité après un accouchement).
    Du coup ça m’a fait également m’interroger sur mon cas, comment est ce que moi je réagirai et comme pour beaucoup de chose, je ne peux qu’extrapoler, à moins d’y être confrontée je ne saurais jamais vraiment.
    Merci pour ce témoignage en tout cas et merci de la confiance que tu nous fais en nous en parlant.

    1. Je me doutais que ce serait « sensible »… J’ai hésité avant de l’écrire, j’ai hésité pour trouver les mots et je me suis dit qu’on était désespérément seuls dans notre situation, emprisonnés dans notre situation.
      Je me suis dit que si un couple ou une femme concerné(e) passait par là, ça lui ferait peut-être bien de se reconnaître un peu.

  3. Ton article est très touchant ça n’a pas du être facile de te livrer ainsi. Je sais que la stérilité de mon chéri me fait parfois avoir des pensées assez particulières, mais je n’ai jamais osé encore en parler comme tu l’a fait, bravo !

  4. Ouaouw !!! Merci. Vraiment. J’ai liké ton post, et tu sais pourquoi. Ce que je retiens c’est cet amour inconditionnel qui vous unit et cette force qui vous permet de braver la tempête main dans la main… Et, surtout, cette certitude, que j’ai aussi, que je le veux lui comme père et pas un autre.
    Après des années de relation à deux, sans enfant, on peut parfois ressentir une forme de lassitude. Les doutes sont légitimes, avec ou sans problème d’érection. Et sans doute plus encore quand la sexualité bat de l’aile… On a besoin de sentir qu’on plait encore, parce que putain ça fait du bien !! Mais on se sent un peu perdu parfois, et on avance sans trop savoir où nous mènera tout ça…
    Ce qu’il faut retenir, c’est que ici et maintenant, il y a de l’amour à revendre et c’est sans doute l’essentiel pour le moment !! Je t’embrasse.

  5. Merci ilithyie. (Qu’il est beau ce pseudo que tu as choisi tout droit issu de la mythologie grecque, ça me rappelle mes années lycée et mes cours de grec ancien).
    Grâce à toi, je sais pourquoi je me promène encore dans les antres de la blogosphère.
    Qu’il est doux pour moi de lire un texte aussi bien écrit. Les tournures de phrases bien senties sans être ronflantes, les mots choisis, la dynamique du texte. Je te lis avec délice. Nous avons la chance d’avoir une langue mélodieuse et d’une infinie richesse, mais nous la massacrons et l’appauvrissons jour après jour. Alors merci d’être encore de celles qui la chérissent et la manient avec grâce. Adieu le style sms !
    Evidemment ton style ne me toucherait pas tant si tu parlais de finances ou de comptabilité.
    Ta sincérité m’émeut.
    Admettre qu’on reste faite de chair et de sang n’est pas bien vu par les temps qui courent. Il faut être solide, infaillible et tout maîtriser, supporter. Tu reconnais avec humilité que tu n’es pas en béton armé, que tu le quitteras peut-être.
    En attendant tu es là, tu l’aimes cet homme et c’est un amour unique qui vous fait avancer ensemble dans la même direction.
    Et j’imagine un brin de quoi tu parles car mon homme et moi avons 13 ans d’écart (c’est lui le cadet). Nous en faisons une force, nous sommes fiers de cet atypisme.
    Vivre pleinement le présent, je crois que c’est la plus grande leçon que j’ai tirée de la pma.
    Alors vis au présent, demain est un autre jour.

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