Je cours pour ne pas m’arrêter

Je cours.
Environ deux fois par semaine, parfois trois. Entre cinq et dix kilomètres. Parfois du fractionné.
Je voudrais m’inscrire à un dix mille, puis à un semi-marathon.
Mais voilà, je m’arrête au moins quinze jours tous les deux mois lorsque j’ai une tentative alors il m’est difficile d’établir un plan d’entrainement qui tienne la route. Et puis je cours seule. Etre une femme et courir seule après le travail , ce n’est pas toujours rassurant.
Je cours parfois pour des bonnes causes, j’ai raté Octobre rose, mais j’ai couru avec mes élèves pour ELA. Quatre courses de suite, 8km500. Et un élève poursuivi par une prof, ça court vite, surtout quand c’est un gaillard de 3e.

Petite, je n’étais pas une bonne coureuse.
On peut même dire que je n’aimais pas cela.
J’ai véritablement couru au début de mon anorexie. Et puis je n’ai plus osé faire de sport pendant plusieurs années.
J’avais peur de ne pas savoir m’arrêter, de me maltraiter à nouveau.

J’ai repris la course à pieds quand j’ai voulu un enfant, pour m’entretenir, pour me prouver que j’étais capable de le faire. J’espérais même entrer chez les pompiers comme volontaire.
Je me suis blessée alors j’ai essayé d’autres sports mais je reviens toujours à la course à pied.
Depuis deux ans, je procrastine beaucoup. Sauf en matière de course à pied.

Je cours contre les éléments, la pluie, le vent, la neige, le soleil comme je lutte contre mon infertilité.
Je cours longtemps comme je lutte contre le découragement, les yeux fixés sur l’horizon indélébile, la ligne de toutes les ambitions.
Je souffre mais j’arrive toujours à destination. Le souffle court, je me rappelle qu’à la fin, c’est toujours moi qui gagne.
J’écrase sous chaque foulée mes douleurs, mes peines et mes déceptions.
Je travaille la pensée positive ; parce que quand tu es en pleine montée après 8km avec le vent de face et dégoulinante de transpiration, si tu penses à la douleur de tes cuisses ou à ce qu’il te reste à gravir, c’est foutu. En revanche, si tu te concentres sur la part de tarte au citron meringuée qui t’attend à la maison, aux kilomètres déjà avalés, tu arrives en haut et tout le monde sait qu’après les côtes, viennent toujours les descentes, c’est-à-dire la récupération, la stabilisation du souffle. Quand je dois annuler une IAC, quand j’ai mes règles ; je tente de retrouver cet état de grâce, de suspens et j’avance.
Quand je cours, je sens que je vis ; j’oublie le reste et je ne suis concentrée que sur mon effort, la distance, le temps. Des fois, je me dis que c’est pour ça que l’infertilité m’est tombée dessus , parce que je suis une lutteuse, une travailleuse de longue haleine, une marathonienne dans l’âme, les performances en moins.

Lorsque je dois faire une pause, je finis invariablement par souffrir à nouveau du dos ou du piriforme. Alors je rechausse mes baskets et je vais courir. A chaque fois que je suis en colère, débordée, que je ne comprends plus ce que je lis ; je sors et je cours.
Je profite de cette douche chaude au milieu de l’hiver quand il fait moins de zéro ou que la pluie a traversé mes vêtements ou bien de cette douche fraîche quand il fait moite et que l’ombre a manqué.

Je cours pour ne pas m’arrêter.

 

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21 réflexions au sujet de « Je cours pour ne pas m’arrêter »

  1. C’est un bien bel article. Il y a une phrase qui m’interpelle. Celle qui dit que si l’infertilité t’est tombée dessus c’est parce que tu es une battante. Je ne suis pas particulièrement croyante mais l’on dit aussi que Dieu ne nous envoie pas d’épreuve que l’on ne puisse endurer… ça se discute mais bon… je n’ai jamais aimé courir. Pourtant depuis quelque temps, alors que mon corps me joue des mauvais tours, je rêve d’enfiler mes tennis et d’aller me dépenser… En tout cas, bravo pour ce combat. Oui sans aucun doute, tu es une battante.

    1. En fait, je crois que lorsque l’on est face à une épreuve, il n’y a rien d’autre à faire : s’écrouler ou surmonter ou du moins essayer d’avancer. Ce n’est pas tellement une question de courage mais de survie.
      Des fois tu te dis : « Bon, ok, alors on fait quoi? On baisse les bras? » Et tu ne peux pas, alors tu continues.

  2. J’ai tout de suite pensé à ce superbe film Forrest Gump en lisant ton post, et paf, tu nous offres un extrait génial en cadeau, merci !!! Je comprends que cela fasse du bien, et j’avoue chercher toujours un sport pour me défouler, pour lutter aussi contre ces petits kilos qui s’installent mine de rien, pour avoir au moins l’impression de pouvoir dompter mon corps sur ces aspects de souffle, de musculation. Pour l’instant, je suis plutôt tarte au citron meringuée (j’adoooooore) mais sans les kilomètres avant… Et je déteste les salles de gym alors c’est pas gagné. Peut être de la danse, tiens ?

    1. La course à pied vient assez bien pour peu que l’on soit rigoureux dans la fréquence des sorties. Au départ, il ne faut pas chercher à faire plus d’un kilomètre et puis on sent qu’on progresse et ça c’est génial. Dans la course à pied, je retrouve une sensation d’épuisement positif que je ne retrouve pas ailleurs ( un peu à la piscine mais je ne suis pas une très bonne nageuse)

  3. Tes mots sont justes et je m’y reconnais beaucoup. Je ne cours pas mais je fais du vélo. Pour aller au boulot, en ville, à la boulangerie. Et quand la cote est raide, je me dis, comme toi, que je vais y arriver , que c’est ma petite victoire. Tout comme toi ça me libère parfois de mon chagrin , de ma colère.

  4. Il parait qu’au bout d’un certain temps de course on ressent du bien être et c’est plus facile. Parait que ça libère des endorphines et que c’est pour ça que certains sont accros?

  5. (Je ne sais pas pourquoi ton blog ne figurait plus sur mon lecteur)
    La vie c’est une course vers le bonheur. Et notre bonheur, en tant que PMette, passe entre autre par une course vers l’enfant. Parfois, j’ai l’impression désagréable de m’acharner mais comme tu dis, on a pas vraiment le choix que de continuer d’avancer comme on peut.
    J’ai laissé tomber la course justement avec l’enchaînement de tous les protocoles. C’est vrai que la sensation de bien-être après une séance de running est unique. Bravo pour ta détermination car courir par vent, par froid et par pluie, je n’y parviens pas.

  6. Je ne sais pas si mon commentaire précédent est passé.
    Dans le doute, je le réécris.
    La vie c’est une course vers le bonheur. Et pour nous, PMettes, le bonheur passe entre autre par la course vers l’enfant.
    Parfois j’ai la désagréable sensation de m’acharner mais comme tu dis il faut bien continuer d’avancer comme on peut.
    Bravo pour ta détermination pour la course à pied surtout par vent, par pluie et par froid.
    C’est vrai qu’après une séance, la sensation de bien-être est unique. J’ai arrêtée depuis l’enchaînement des protocoles et les saisons froides approchant, je ne m’y remettrai pas avant le retour des beaux jours.

  7. Le hasard est curieux, je tombe sur ton article alors que depuis peu en parcours pma, je me sus mis à penser à la course, MOI ^^ la non-sportive par excellence!!! Pourquoi une telle envie? Besoin de reprendre le contrôle de notre corps alors qu’a contrario nous abandonnons parfois ce contrôle aux médecins?
    Bonne journée à toi!

  8. Je n’aime pas courir et je n’ai jamais aimé ça mais je peux comprendre que ça te fasse du bien. Moi c’est plutôt la natation qui me faisait ça mais j’ai du mal à retrouver la motivation pour y aller…

  9. Il est beau ce post !! Ce parallèle entre la course et l’infertilité est très juste. Parfois, je me dis qu’il faudrait que j’arrive à m’obliger à faire du sport, parce que tu as raison: ça apprend la résistance, la pugnacité, l’endurance… Et chaque petite victoire, chaque défi relevé, permet de gagner un peu en fierté.
    Tu as choisi un de mes films préférés comme extrait. Quand Forrest commence à courir, sans but précis, c’est pour les mêmes raisons que toi sans doute. Il souffre du départ de Jenny. Du manque. Comme tu souffres du manque d’enfant aujourd’hui…
    Je te souhaite de vite rencontrer la crevette qui saura te permettre de reprendre goût à une vie simple et sans effort…

  10. Je cours pour les mêmes raisons que toi et je trouve que tu as trouvé les mots justes pour exprimer la place de la course à pied dans nos vies. Et comme toi, je ne peux faire de vrais projets de compétition…

    1. J’ai un projet encore plus fou mais qui va sans doute rester en suspens : être pompier volontaire. J’hésite à envoyer mon dossier.
      Je dis toujours que la PMA ne doit pas diriger ma vie mais il faut être raisonnable.

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