Moi, aigrie et méchante 2

Il y a plusieurs semaines, il m’est arrivé une mésaventure assez lourde de conséquences.
En effet, j’avais rédigé il y a quelques temps de cela un article fustigeant les blogs de mères, et plus particulièrement un, sur lequel j’étais tombée par contacts interposés.
C’est vrai qu’il m’arrivait, avec d’autres, de me moquer de certains aspects de ces blogs. Ce n’était pas toujours rédigé dans une prose flamboyante.
Glissant un lien fort maladroitement dans un autre article, de la même manière que le Président de la République entre le code rouge, s’ensuivit un déferlement de réactions, de l’auteure qui s’était reconnue d’une part et de plein de femmes tenant des blogs au sujet de leur maternité d’autre part.

Un dimanche, j’ai allumé mon ordinateur vers 10h pour me mettre au travail et j’ai découvert mon compte twitter saturé d’insultes toutes aussi poétiques que distinguées.
J’ai découvert qu’on avait trouvé mon nom, mon adresse, qu’on allait écrire à mon employeur.
Dans la journée, on ne compta plus les articles « droit de réponse ».

On me reprocha alors d’avoir supprimé mes articles comme une dégonflée (qu’auriez-vous fait si on avait menacé de vous balancer aux RG ?) après avoir demandé que je retirasse mon article.
On me fustigea pour ne pas avoir personnellement contacté la personne qui s’était reconnue, alors que j’eus à peine le temps de me connecter que je croulais sous la vindicte populaire.

J’ai d’abord laissé le temps passer puis j’ai parcouru certaines  réactions du côté du camp blessé.
On a dit, et il est vrai, qu’un droit ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.
J’ose mettre un bémol quant à la vérification de l’adage pour le droit de réponse.

Les amis de mes ennemis, les ennemis de mes amis…. enfin bref.
Il n’était nulle question ici de chercher une quelconque vérité. J’avais rédigé un article borderline, j’ai présenté des excuses dans un autre article pour certains aspects du contenu qui avaient pu heurter la sensibilité de l’auteure qui s’y était reconnue.
La rumeur enflant , je suis passée de rédactrice d’un blog médiocre et aigri à pourfendeuse de la maternité.
J’avais dit à une mère que son enfant était laid ; je détestais les mères, toutes les mères. On s’insurgeait, on pleurait, on avait des contractions de désespoir à la découverte d’une telle noirceur dans les entrailles défectueuses de quelques infertiles en rupture de ban.

Alors voilà, je ne ne déteste pas les mères. Je ne déteste aucune femme parce qu’elle a ce qu’il me manque à moi. J’ai plein de mères adorables ou parfois un peu embêtantes dans mon entourage ; je les apprécie ou je les déteste pour des raisons variées, mais nullement liées à la qualité intrinsèque de leur capacité reproductive. Une de mes plus sincères amies a d’ailleurs trois enfants conçus  quinze jours après l’arrêt de sa contraception et je la kiffe vraiment…. Je côtoie aussi des futures mères et, non je ne fais pas de cérémonies de magie noire au fond de ma cave…

Je n’ai jamais dit qu’un enfant en particulier était laid. J’ai dit que tous les bébés n’étaient pas beaux. Je pourrais dire la même chose des bébés chats et pourtant, je ne compte plus les nuits blanches à sauver des boules de poils orphelines de quelques jours. Actuellement, j’ai même un chat très très moche à la maison. Sans blague, aucune, sous prétexte que c’est un bébé, si on ne se met pas à pleurer en excrétant un : « Ooooooooohhhh, il est trooooooppppppp mimi », vous croyez foncièrement qu’on est un grand déséquilibré ? Dans ce cas, il va falloir enfermer une grande partie de la population.

Polarisées (au féminin, car les lecteurs étaient essentiellement des lectrices) sur ces deux sulfureuses accusations, beaucoup n’ont pas cherché à saisir le propos de fond de l’article ; d’autres n’ont pas lu ; la quasi-majorité s’est arrêtée sur ce qui pouvait sentir le fiel.

J’ai lu des : « Non, mais ça me fait trop mal, quelle honte, je suis enceinte »
Personne ne s’est demandé ce que cela ferait à des femmes en plein traitement qui attendaient leur IAC ou leur FIV de lire qu’elles avaient un utérus à chier et qu’elles ne seraient jamais enceintes parce que les bébés choisissaient les bonnes mamans pour s’installer ?
Ne serait-ce pas un peu plus violent que de dire qu’un blog est niais ? Ou que le gender cake  est une institution d’un goût douteux ?
Non, car aujourd’hui, la prééminence va à celle qui porte la vie. Il est trop facile d’essayer de réduire au silence quelques femmes infertiles à l’humour corrosif parce que  oui, la PMA est un tabou et la crainte de notre identité dévoilée au grand jour, une réalité.

Tout le monde a eu un avis à donner sur la PMA. Tout le monde a connu la PMA.
Mais voilà, vous ne la connaissez pas, pour beaucoup d’entre vous. Tout comme je ne peux pas juger d’un deuil périnatal, d’une fausse couche, d’une GEU, d’une dépression post-partum, d’un déni de grossesse,de la mise au monde d’un enfant handicapé…
Et parce que je ne peux pas me permettre de comparer votre douleur à la mienne ; vous ne pouvez pas la comparer à la vôtre ; parce qu’il y aurait là de l’indécence. En tant que femme (et qu’être humain non sociopathe même), pourtant, je compatis à votre peine.
Etre un enfant de la PMA, connaître un enfant de la PMA,  s’être entendu dire un jour qu’on avait des ovaires un peu feignants, ne permet pas de se glisser dans la peau d’un couple infertile.
Ce n’est pas une compétition, une course à la douleur, c’est un fait.

A l’issue de ce retour sur les événements , je voulais résumer un avis tranché sur une certaine catégorie de blogs consacrés à la maternité. C’est mon avis et j’en assume l’entière « maternité » si je puis dire.

Je suis assez mal à l’aise avec les mères ultraconnectées qui retranscrivent leur quotidien et les faits et gestes de leurs enfants sur TOUS les réseaux sociaux. (ou presque). Réseaux sociaux qui présentent les mères comme des héroïnes du quotidien alors qu’elles remplissent une responsabilité qu’elles ont choisie grâce à leur faculté biologique de se reproduire : « Une maman peut remplacer n’importe quelle personne mais personne ne peut remplacer une maman ». Ben si. Et il est fort heureux qu’une mère ET/OU un père soient disponibles pour remplir les besoins vitaux et affectifs d’un être humain qu’ils ont choisi de mettre au monde. Et puis, les réseaux « sociaux » n’en ont que le nom tant il est vrai qu’ils demeurent un monde de l’ « entre-soi ».
Je pense que les blogs sponsorisés à gogo sont avant tout des entreprises (et certaines de ces mères sont bel et bien des entrepreneurs et dégagent un bénéfice assez substantiel de leur blog). Ce n’est pas un problème en soi, c’est même leur liberté la plus absolue : on reconnaîtra cependant qu’on est assez loin du contenu à vocation philanthropique pour cette grande communauté universelle des mères qui se soutiennent !
La preuve en est qu’il en résulte une grande chasse aux abonnements/abonnés, un système de « je te prête, tu me rends ».
Je ne suis pas là pour leur en vouloir. Bravo à elles d’ailleurs pour leur réussite, pour leur talent donc, pour avoir compris ce qu’attendaient le public et les annonceurs.
Enfin, en tant que féministe convaincue, il m’est d’avis que ces blogs placent encore la maternité comme accomplissement de la femme et en tant que consommatrice responsable, qu’ils encouragent le système mercantile autour de la maternité, un business florissant dans nos sociétés, mais qui n’est pas sans susciter certaines critiques.

Sans doute, certaines de ces blogueuses me feraient beaucoup rire dans la vraie vie. Peut-être que si je n’avais pas eu autant le temps de cogiter sur le sens de la maternité, j’aurais peut-être pu les lire et les apprécier, peut-être que certaines blogueuses m’auraient paru proches comme des bonnes copines. Ma formation intellectuelle ( j’entends là mon cursus et non pas mon Qi, je n’ai pas la prétention de juger de mon intelligence par rapport à celle des autres)  et mon itinéraire de femme font qu’il en est autrement.
C’est sans rancune aucune.

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4 réflexions au sujet de « Moi, aigrie et méchante 2 »

    1. Je suis là incognito.
      La perfection n’est pas de ce monde, sinon, nous n’aurions pas besoin de passer par les éprouvettes.
      D’ailleurs épreuve > éprouver> éprouvette. Bordel, tout se tient.

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