L’éjaculation rétrograde et l’infertilité

Il y a des trucs comme ça, quand ça te tombe dessus, tu te sens un peu seule.
T’as beau retourner le web, t’es comme un sapin sans guirlande un 24 décembre, comme un Halloween sans citrouille, comme un oeuf au chocolat oublié dans le jardin le lundi de Pâques.
En un mot comme en cent : « C’est grave la loose ». (ok,  cinq mots)

Et donc, dans ces trucs trop fendards que tu découvres à l’improviste, je vous présente la si mignonnement nommée : « Ejaculation rétrograde ».

Rappel anatomique.

Un zizi  sexuel (et pour être plus précise : « un appareil reproducteur masculin ») c’est ça :

Appareil_Genital_Homme

Comme on le voit sur ce schéma, le sperme est constitué des spermatozoïdes produits dans les testicules et de sécrétions provenant de la prostate et de la vésicule séminale.
Normalement, tout le monde se retrouve à l’arrivée dans l’urètre puis à l’orifice génito-urinaire. C’est l’éjaculation antérograde.

Ben ça, c’est quand ça se passe bien.
Dans les contes de fées.

En cas de diabète, de lésions des canaux, d’adénomes ou autres réjouissances comme des lésions médullaires (moelle épinière), le sphincter urinaire peut ne pas se refermer lors de l’éjaculation et tout ou partie du sperme se déverser dans la vessie. C’est léjaculation rétrograde.

De la suspicion au diagnostic

L’homme ressent les sensations ordinaires de l’éjaculation. Le plus souvent, c’est la partenaire qui se pose les premières questions : moins d’écoulement de sperme et cela est même très évident lors de certaines pratiques sexuelles ( je vous laisse le soin de deviner laquelle en particulier…)

L’homme peut avoir des symptômes moins évidents : envie d’uriner après les rapports, miction trouble après les rapports (due à la présence de sperme).

Pour notre part, c’est le combo infertilité + réduction de la quantité de sperme + diabète qui nous ont mis la puce à l’oreille.
Je me souviendrai toujours de l’urologue, un grand ponte parmi les pontes, qui suggéra à mon conjoint qu’il suffisait d’un spermatozoide et que les petites jeunes en manque d’enfant, c’était toujours trop pressé.

Le diagnostic repose sur un premier spermogramme.
Celui-ci mettra en évidence une hypospermie c’est-à-dire un faible volume de sperme ( 0.6 ml chez nous pour une norme à 1.2 ml). Mais il peut y avoir plusieurs causes.
Le premier spermogramme doit donc être confirmé par une recherche de spermatozoïdes dans les urines. Après un recueil ordinaire, le patient urine dans un pot de recueil et on examine l’échantillon.

La prise en charge

Aucune.
Nada.
Rien.

Chez le patient diabétique, on cherchera à équilibrer la glycémie ; on pourra chercher des médicaments qui jouent sur le contrôle des shincters (certains traitements donnés pour la mégaloprostate peuvent entraîner une éjaculation rétrograde).

Avant, on pouvait bidouiller un traitement qui pouvait fonctionner chez un grand nombre d’homme : la pseudo-éphédrine utilisée contre la congestion nasale ( Sudafed) à raison de 6 comprimés par jour dans les jours favorables.
Mais c’était un secret de polichinelle qui circulait sur le web et le médicament n’est plus distribué, bien qu’il fût à l’époque disponible sans ordonnance.
En désespoir de cause, je l’ai déjà testé et il se révèle parfois assez néfaste sur l’érection ( il agit aussi sur le relâchement des muscles lisses)  et n’est pas à utiliser à la légère car il peut avoir des effets indésirables dangereux.
Il arrivait également que l’on utilise en milieu hospitalier du Gutron, adminsitré selon son AMM pour les cas sévères d’hypotension artérielle. Je ne sais pas s’il est encore utilisé.

En AMP

Pour contourner le problème en AMP, on utilise le sperme issu des urines.
Mais les urines ne sont pas le milieu le plus accueillant pour les spermatozoïdes (genre, on vous balance dans un bain d’acide au petit matin).  Alors la Vichy Saint-Yorre est votre amie.
Il faut boire cette eau durant 24 à 48 heures avant le recueil afin d’alcaliniser les urines.
Le sperme recueilli et traité peut alors être utilisé dans les méthodes classiques de l’AMP.

Mais…. Oui, encore un mais….
Apparemment l’acidité des urines ne serait pas le seul inconvénient. L’ammoniac contenu dans les urines pourrait aussi altérer le pouvoir fécondant des spermatozoïdes, ce qui expliquerait les échecs des techniques.
Beaucoup de témoignages sont négatifs….
Certains chercheurs ont émis l’hypothèse d’injecter d’abord par sonde urinaire un milieu de culture dans la vessie préalablement au recueil. J’en ai discuté avec les médecins de mon centre et ils nous ‘ont dit qu’un recueil était assez stressant comme ça et qu’ils se voyaient mal pratiquer cet acte avant.

Quelques articles issus notamment de la recherche tunisienne

http://www.researchgate.net/publication/225893522_Linsmination_intrautrine_dans_ljaculation_rtrograde._Importance_du_pH_et_de_losmolarit_sur_la_mobilit_des_spermatozodes

Un article issu du site Urofrance

http://urofrance.org/nc/science-et-recherche/base-bibliographique/article/html/resultats-preliminaires-dune-nouvelle-technique-de-recueil-du-sperme-vesical-en-presence-d.html

J’espère que ces quelques lignes pourront aider des couples confrontés à cette cause d’infertilité !

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6 réflexions au sujet de « L’éjaculation rétrograde et l’infertilité »

  1. Bon alors là, on découvre des choses. Je pensais que c’etait l’éjaculation des rétrogrades qui défilent dans les rues le dimanche après la messe, mais c’est plus compliqué que cela. Est-ce répandu ? J’espère surtout que vous avez une équipe médicale qui est au point sur ce sujet. Car si j’ai bien compris, vous êtes dans ce cas de figure ? Plein de bises et de courage pour tout ça.
    Ps: présentation aussi pédagogique que les séquences du docteur quéquette sur France 5…

    1. Merci, merci… Mon côté Michel Cymes qui ressort parfois….

      C’est assez peu répandu. C’ets plutôt un symptôme qu’une affection en soi.
      Mon conjoint a un diabète instable de type II sous insuline, associé à des troubles de la fonction érectile ( dus aux médicaments et au diabète) et à un spermogramme moyen moins.
      Heureusement, il est bourré de talents en ce qui concerne le contournement d’obstacles (pour ceux et celles qui dans un mouvement de colère voudraient me traiter de mal-b…..)

      Alors les médecins ?
      Pas du tout au point.
      Donc on fait des IAC. Notre « chance » c’est que l’éjaculation antérograde est en partie conservée donc dans le lot, pour une FIV, on trouvera peut-être notre bonheur….

  2. Je me rappelle avoir entendu parler de ça pendant mes études il y a plusieurs années. Je pensais que des progrès avaient été faits. J’espère pour vous qu’une solution sera possible. La FIV-ICSI ne permettrait pas d’améliorer les chances car il y a quand même quelques spermato qui doivent prendre le bon chemin non?

    1. Si si.
      On fait des IAC parce que sur un malentendu…. Et parce que j’ai très peur d’avoir un enfant malformé ( je flippe sur ce point au niveau ICSI) et parce que, éthiquement, j’ai du mal à me dire que je pourrai être amenée à détruire des embryons surnuméraires ( impossible d’en faire don, mon conjoint est un quinquagénaire)

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