La maternité, cet obscur objet du désir

( J’ai longtemps hésité avant d’écrire cet article. J’espère qu’il ne blessera personne, en tout cas, ce n’est pas son intention)

Je n’ai jamais pensé qu’être mère était le plus beau métier du monde

Je n’ai jamais pensé qu’une femme qui n’avait pas d’enfant était passée à côté de quelque chose

Je n’ai pas le sentiment que la maternité soit mon « accomplissement ».

Voilà, je l’ai dit.
Noir sur le blanc numérique.
Bien avant de rencontrer des difficultés à concevoir, c’était déjà ma profonde conviction. Comme je l’ai entendu dans un film : « la famille est une tragédie écrite par les parents et jouée par les enfants ». Et croyez-moi, mon histoire personnelle comprend très bien cette tirade.

Pour cette unique raison,  dans cette phase d’attente qui est la mienne, quand quatorze jours te paraissent la traversée de l’Enfer de Dante, j’ai souhaité que l’on puisse créer une sorte de système d’échange en fonction de l’attente et que je te donne à toi en FIV4 ou à toi en IAC1, mais qui attend tellement de cet enfant pour ton accomplissement, un possible positif.
C’est pour cela que je vis encore mal cette phase d’attente et que je culpabilise déjà à l’idée de pouvoir être enceinte parmi vous.
Drôle de sentiment n’est-ce pas……

Alors tu me diras, mais pourquoi tu veux un enfant, pourquoi tu es ici là parmi nous à écrire des articles?

Parce qu’il y a onze ans, j’ai rencontré quelqu’un et qu’avoir un enfant me semblait le prolongement de cette relation, ce que je souhaitais qu’il en reste, qu’il s’en perpétue, envers et contre tout.

Parce que j’aime transmettre.

Parce que j’aime aimer. Donner comme ça, sans raison, sans retour, sans merci… et je me disais que ça correspondait assez bien à la maternité.

Parce que j’ai envie de sentir cette incarnation dans ma chair, j’ai envie de sentir ces mouvements dans mon ventre, j’ai envie de hurler en poussant.

Vouloir un enfant n’a jamais été un acte altruiste, cela doit être un truc freudien… Aimer assez la vie pour faire le choix de la transmettre, donner la vie pour vaincre la mort, sa propre disparition, sa propre solitude… S’aimer assez pour perpétuer une partie de soi. Moi j’ai toujours été terrorisée à l’idée d’enfanter un être qui serait malheureux, qui n’aimerait pas la vie…

Cette envie d’aimer, d’élever, de guider, de transmettre ; c’est ce qui m’a en partie guidée dans ces méandres de la Procréation Médicalement Assistée.

Je me dis que j’aimerais vraiment porter un enfant ; mais qu’en tant que « mère », celle que je ressens avant tout comme un guide bienveillant,  je pense aussi que je serais capable de donner tout cet amour à un enfant extérieur à mon ventre sans concevoir de différence avec un enfant « naturel ».
L’âge de mon conjoint et d’autres aléas font que l’adoption ne sera pas possible pour nous ; mais si je devais être seule un jour ou si la vie faisait qu’il me faille recommencer avec une autre personne, ce n’est pas un choix que je ferais par défaut. Je crois vraiment que je serais capable de me lancer dans cet autre « parcours du combattant » avec la même fougue que la PMA. Je crois vraiment que je serais aussi heureuse de mettre au monde que d’adopter. Vivre ces deux expériences serait pour moi une chose magnifique.

Pourtant,

Il y a quelques jours, je regardais un reportage sur le Cameroun et on y voyait des femmes Peuls et Pygmées.  Elles parlaient de la difficulté de leur existence nomade, de l’avenir de leurs enfants.
Ces femmes, elles portent sur leurs épaules le destin de la majorité des femmes à travers le monde.
Il faut penser à survivre avant de s’interroger sur ce que l’on souhaite faire de sa propre vie. Avoir des enfants ou ne pas en avoir n’est pas le fruit d’une réflexion ; c’est le destin qui s’accomplit. Inéluctablement. La malédiction ou la bénédiction de la fertilité, c’est selon.
Elle disait : « Ce qui est très difficile c’est d’accoucher seule dans la forêt ». Une autre disait : « Je n’aime pas cette vie, c’est trop dur ».

J’ai repensé à ces images de femmes squelettiques allaitant un enfant mourant sur leur sein vide au Darfour.
J’ai repensé à ces Indiennes qui louent leur ventre pour des Occidentaux en mal d’enfant (cette affirmation n’est pas une prise de position sur la GPA, mais une prise de position sur l’utilisation de la misère des pays en développement et/ou émergents).
J’ai pensé à ces autres Indiennes qu’on force à avorter quand elles attendent une autre fille.
Tous ces enfants de moins d’un an arrachés à leur mère à cause des problèmes d’eau potable dans le monde. Quand c’est le troisième, le quatrième…..

Je me disais qu’au fond, nous traversons des problèmes de riches.
On est tellement loin des comparatifs de poussettes, de la Nespresso à biberon, du flinguage de petites culottes à la progestérone (que je teste actuellement….).
Je n’attaque personne, je ne juge la souffrance de personne, je m’attaque même au travers de cette constatation.
Parce que oui, s’interroger sur le sens de sa vie de femme, à l’échelle du monde, c’est un problème de riches.
S’enguirlander sur biberon/allaitement, c’est un problème de riches. C’est même ridicule.
Des blogueuses qui se vomissent dessus (et je ne parle pas des nausées dues à la gravidité), ce sont des problèmes de riches. C’est inintéressant ; ça ne mérite pas l’énergie que l’on dépense.
Je jugeais à l’échelle du monde cette chance que nous avons de pouvoir surmonter notre infertilité avec une prise en charge à 100%, ce droit de choisir d’être mère ou non, ce droit qui devrait être un des droits fondamentaux de toutes les femmes.

Alors, évidemment, ceci ne doit pas nous empêcher de réfléchir à notre condition ici.
Ceci n’enlève rien à nos douleurs. Cela n’enlève rien à l’injustice que subissent celles qui veulent un enfant et sortent d’un long parcours le ventre vide, ni à celle des fausses-couches, des accouchements qu’on juge « ratés »….
Je suis la première à râler quand aux dépassements d’honoraires.
Je pleure devant  vos échecs.
Je suis révoltée contre notre état d’infertilité.

Mais au fond notre malheur est une question d’échelle.
A l’échelle des femmes des pays développés, nous ne sommes pas des privilégiées. A l’échelle des femmes du monde, nous le sommes.

Je voulais juste partager avec vous ce ressenti qui m’a saisie depuis quelques jours….

J’espère que vous n’accueillerez pas cet article trop brutalement. Et si c’est le cas, n’hésitez pas à le dire.
Je vous embrasse toutes virtuellement et tendrement.
Je vous souhaite le meilleur, de trouver votre voie, la paix dans la maternité ou sans la maternité.
Je pense vraiment très fort à vous.

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8 réflexions au sujet de « La maternité, cet obscur objet du désir »

  1. Je te rejoins sur pas mal de choses…
    Je ne pense pas que les femmes DOIVENT enfanter. Par contre je sais que pour moi c’est un BESOIN. Mais comme toi, je me moque des « gametes ».
    Quant au reste…

    1. Récemment, j’ai aussi été bouleversée par la lecture de ces articles :

      http://rue89.nouvelobs.com/2014/08/31/etre-mere-regretter-suis-fait-enfant-dos-254480

      Ces femmes ont eu des commentaires assez brutaux.
      Je trouve que c’est assez courageux de briser aussi ce tabou ; même si on peut avoir des difficultés à comprendre. Bien sûr, c’est encore un autre tabou que celui de l’infertilité.

      Je ne fais pas non plus partie de celles qui jugent Véronique Courjault comme un monstre. Je crois que la maternité est un construction psychique très compliquée, à laquelle s’ajoutent les données sociales.

      Je m’interroge très très souvent sur mon propre désir de maternité.

  2. Ton article ne me choque pas du tout. Effectivement, je mesure la chance que représente la PMA et sa prise en charge à 100%. Mais devoir passer par là, ce n’est pas un choix et ça c’est injuste.

  3. Ton article me rappelle une discussion que j’avais eu il y a bien longtemps avec une copine, quand on était encore étudiante… A l’époque, je voulais déjà refaire le monde !! Ma copine m’avait dit: « On doit s’estimer heureux, parce que dans certains pays, ils n’ont rien à manger!! » Soit… Je lui avais répondu que justement, on avait le luxe de pouvoir se plaindre et d’espérer faire évoluer nos situations !! Et qu’à la rigueur, pour tous ceux qui, de part le monde, n’avait pas notre chance, on se devait d’agir. Par respect pour ceux qui n’en n’ont pas la possibilité…
    Enfin, je te rejoins sur la notion de maternité. Je crois que c’est très personnel et qu’on ne peut juger personne. J’arrive même à comprendre (sans cautionner) les femmes qui finissent par « voler » des bébés dans des maternités. Je trouve ça dramatique, mais j’entends la souffrance qui se cache derrière un geste aussi désespéré.
    Bref, je venais surtout chercher ton mail, mais je ne l’ai pas trouvé… 😉

    1. Je vais chercher le tien et t’envoyer un message ( c’est mon mail privé). 😉

      En fait, je crois que l’équilibre entre relativiser et garder le courage de se battre est parfois ténu.

      Mais je te rejoins complètement sur l’idée d’agir parce que justement on a les moyens.

      Comme je le disais à la fin, c’est surtout un sentiment qui m’a saisie d’un coup.
      Je suis responsable dans la protection animale et actuellement j’ai un chaton qui a un possible shunt porto-systémique ( sang non filtré par le foie), il convulse, est très affaibli et je suis prête à lancer toute une chaîne de solidarité pour l’opérer.
      Et parfois, je me dis, mais merde, je pourrais aussi financer le voyage d’un gamin qui a besoin d’une opération en France.
      Je sais que je vais tout faire pour ce chaton, mais il n’empêche que je suis parfois un peu perplexe par rapport à ce que je ressens.
      ( oui, c’est un peu brouillon, j’espère que tu auras vu où je voulais en venir! ^^)

  4. Ah bah je crois que j’ai trouvé l’article dont tu parlais dans ton commentaire ! lol !
    Et tiens c’est marrant j’ai bossé dans la PA et j’avais souvent ce « malaise » de me dire que nos animaux bénéficient de plus de soin et de technique médicale qu’une majorité de la population humaine sur Terre…

    1. Après ce n’est pas parce que je soigne mon animal que je ne suis pas consciente des problèmes des humains, mais il y a un discours que je ne supporte pas c’est : « Je préfère donner aux animaux ».
      Mon petit pépère, je l’adore, j’ai un affect particulier avec lui alors forcément, je vais tout faire pour que ça aille mais quand même, il y a parfois une sacrée disproportion.

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