Chronique d’un monde de LPAUD

Toi lecteur qui arrives dans le Dallas de la blogosphère ; tu te diras peut-être que dans le monde impitoyable de l’infertilité, du fond de nos utérus et de nos coeurs rabougris telle une momie desséchée au fond de sa pyramide attendant l’aube nouvelle d’une mise à jour archéologique ( euh, je m’emballe là…) , que pour quelques paroles maladroites, nous sommes cruelles…

…que, sans doute,  nous sommes comme les Parques, sombres, prêtes à maudire toutes les procréatrices de l’univers, à délier les destins, à souhaiter des horreurs innommables.

Si tu passes par là lecteur, je voudrais que tu t’immerges quelques minutes avec moi dans une matinée d’un centre de PMA.

***

Quand on arrive au petit matin dans ce labo frisquet et impersonnel après un mois de traitement avec une demi-dizaine d’autres couples, on se salue chaleureusement. Même quand on a le bide en vrac, l’ovaire dans les godasses et une tronche à réveiller la momie susmentionnée.

De manière civilisée, nous attendons pour nous enregistrer. On se sourit, timidement. Tu sais, ce n’est pas facile de cacher son stress, ou de se regarder dans les yeux quand on sait, pour les hommes qu’on va aller se masturber à la chaîne, et pour les femmes, qu’on aura les pieds dans les étriers à sursauter au passage de ce foutu cathéter.

***

Là, tu te dis peut-être, qu’embusquée entre Paris Match et Femme Actuelle, à lire et à relire les affiches sur le don de sperme ( TMTC : cet arbre qui éclôt entre les mains) angoissée à l’idée que mon conjoint « n’y arrive pas », je récite des incantations pour que les autres femmes ne soient pas enceintes, pour que cela soit moi la privilégiée…. Peut-être même que je suis allée me balader dans la maternité dire du mal de toutes les femmes enceintes que j’ai croisées.

Ou bien,

On est toutes restées là,

Ou bien, parfois, quand on a réussi à croiser nos regards, on a aussi croisé les doigts.

Ou bien, on a oublié les statistiques et on a souhaité du fond de nos tripes à toutes ces femmes d’être enceintes .

Ou bien, on a eu peur de reconnaître quelqu’un, tabou de l’infertilité quand tu nous tiens,

Ou bien en passant dans le service d’hospitalisation de jour du service obstétrique, on a désiré que derrière ces portes fermées, les BB4 C1 naissent au bon moment, même quand les mamans postent leur test urinaire sur FB,

Ou bien, on a saisi une bribe de conversation et on a compris que c’était la dernière tentative et on s’est dit : « ce serait injuste que cela soit moi le 15% de réussite, merde, c’est ma première tentative, ils attendent depuis si longtemps »

Ou bien on a vu des couples pour qui on a souhaité le meilleur.

Ou bien, on a retrouvé cette femme au moment de l’insémination, sans son conjoint et on a eu envie de lui dire que si elle était angoissée, désespérée, juste seule, on pouvait discuter.

Ou bien on est passé à côté de la néonatalogie et on a vraiment désiré qu’ils aillent tous mieux, tous ces bébés de C1, 2, 3, 72….

Ou bien on a regardé toutes ces photos de bébés dans ce couloir ambiance XIXe et on ne les a pas trouvés tous magnifiques mais on s’est dit que c’était sans doute des victoires de toute beauté.

***

Pourtant, je te jure, nous sommes les invisibles.
Les femmes sans ventre,
Reléguées au laboratoire à l’extérieur.
Celles dont on ne sait rien, celles dont on ne devine rien.
Celles qu’on regarde de travers sur le parking des patients.
Celles qui vont coucher sur un blog que la femme au gros ventre qui les a fusillés du regard quand elles se sont garées sur ce parking, en retard de 5 minutes, était sûrement une sacrée pétasse, qu’elle avait pas dû s’enfiler 36 seringues pour attendre ce troisième gamin qui sera au moins aussi mal luné que sa mère. Toutes ses copines lui diront que « Ouais, putain, mais qu’est-ce qu’elles sont chiantes ces femmes enceintes »
Et puis cette femme au gros ventre expliquera sûrement sur FB que certaines sont mal éduquées et leur souhaitera sans doute d’en baver pour se garer quand elles seront pleines d’oedèmes à 8 mois de grossesse et que ça promet si elles  sont enceintes un jour. Toutes ces copines lui diront : « Ouais putain, qu’est-ce qu’elles font chier ces gonzesses qui ne savent pas ce que c’est »

Tu vois ce que je veux dire ?

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5 réflexions au sujet de « Chronique d’un monde de LPAUD »

  1. Applause.
    Elles ne se rendent peut être pas compte qu’on laisse gentiment passer les femmes enceintes à la caisse, qu’on a serré notre soeur dans nos bras quand on est allée la voir à la maternité, qu’on a des larmes dans les yeux (de bonheur) quand une pmette nous annonce sa grossesse.
    Alors ça nous donne bien le droit de bitcher un peu le reste du temps.
    Je veux dire, tant qu’on hurle pas tout haut ce qu’on pense tout bas…

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