Mon conjoint a une maîtresse.

Elle est blonde, d’un beau blond foncé et profond, avec des courbes rondes et suaves.
Objectivement, je n’ai rien à lui envier… Enfin, me semble-t-il.
Il faut croire que je ne lui suffis pas c’est tout.
C’est un constat dur et amer.

C’était juste une bonne copine à lui, au début. Enfin, c’est ce que j’ai cru. Comme une débutante.
Je voyais bien qu’il tenait à elle.
A vrai dire, je m’en méfiais un peu, quand même, parce que j’avais fleuré un certain rapprochement ; mais on ne veut jamais y croire véritablement. De son côté, il me rassurait : « c’est juste une amie… on se connaît depuis longtemps et puis, elle sait me comprendre ».

Cette relation a fini par me faire du mal, par NOUS faire du mal. C’est moi qui ai réalisé qu’elle prenait trop de place dans notre vie.
Pourtant j’avais beau retourner le problème dans tous les sens, je ne saisissais pas ce qu’elle avait de plus que moi ; ce qu’elle pouvait bien faire que je ne savais pas faire ; ce qu’elle lui apportait que je ne savais pas lui apporter.
Moi aussi, j’ai toujours été là. J’ai porté ses joies et ses peines. On a eu un enfant.
Il dit qu’elle lui fait du bien, que c’est la seule capable de soulager ses angoisses ; mais moi je vois bien qu’elle le rend malade et que c’est un tyran.
Elle lui fait du chantage dès qu’il s’absente un peu.
Alors il part la voir en cachette.
La maison est pleine de recoins pour leurs amours interdites. Je sens son parfum qui se disperse d’une pièce à l’autre ; quand il m’embrasse, c’est encore ses effluves qu’il me communique.
Elle n’arrête pas de lui dire qu’il a besoin d’elle. Et lui est capable de dilapider son salaire pour répondre à ses caprices et je ne sais pas trop quoi dire à ma banquière : comment avouer que l’on est une femme trompée?

J’ai découvert au fur et à mesure que leur relation était passionnée et qu’elle le tenait par tous les sens.
Il se cachait pour la voir mais une fois il l’a embrassée à pleine bouche dans la cuisine. Je les ai surpris. Il était honteux.  Il a balbutié quelques mots incohérents et ridicules.
Je me trompais.
Ce n’était pas ce que je croyais.
J’ai exigé qu’il choisisse d’elle ou de moi, celle qui devait continuer à vivre avec lui. Je ne veux pas faire de ménage à trois sous mon toit.
Je me tais et je m’occupe, de mon fils et de mon conjoint. Elle prend l’homme et me rend un enfant désorienté. Elle prend le père et rend un infirme.
Elle n’est même pas capable de le rendre heureux cette pouffiasse. C’est le moins qu’elle pourrait faire avec ce qu’elle nous vole d’intimité.

Il a fini par me promettre de moins la voir.
Par amour pour notre enfant, pour moi.
Il a même arrêté de la voir pendant quelques temps et elle ne semblait pas lui manquer. J’ai pensé avec satisfaction qu’il avait enfin saisi que notre relation était plus forte que cette idylle.
La vérité, c’est que c’est une fine stratège. Elle finit toujours par le convaincre de le revenir en dévoilant ses talents de séductrice facile. En vérité, c’est qu’il est impuissant face à ses charmes : c’est une amante qui dépossède du libre-arbitre, du choix, de la volonté.
Je crois qu’il est sincère pourtant quand il me dit qu’il va la quitter.
Il sait qu’il ne pourra pas avoir les deux, elle et sa famille.

Je connais bien ce genre de maîtresse.
Mon père avait un peu la même, sauf qu’elle était blonde nordique avec un parfum anisé. Il a fini par la plaquer et ça fait dix ans qu’il ne l’a pas revue. En attendant, elle a tout détruit sur son passage.

Elle est revenue dans ma vie.
Sous une autre forme.
Elle a remis son manteau de dupe.
Elle revient me voler les hommes que j’aime.
Putain.

VARIOUS
Mandatory Credit: Photo by OJO Images / Rex Features ( 1169834a ) Highball glass of alcohol with ice cubes VARIOUS /Rex_OJO_1169834A//1004161403
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Je suis prof TZR et j’allaite

Article technique s’il en est aujourd’hui !
Oui, on peut allaiter et travailler ; non, ce n’est pas toujours une joyeuse sinécure.

Il vous faudra :

    • un excellent tire-lait adapté ( électrique double pompage)
    • un tire-lait manuel pour les jours où il faut être plus discrète, rapide ( les formations, les sorties scolaires….)
    • un sac isotherme
    • un réfrigérateur ( infirmerie, laboratoire, salle des professeurs)
    • des contenants pour le lait récolté
    • une salle disponible ( votre salle de cours fermée de l’intérieur, tout local pourvu d’une prise)
    • Un petit plaid ( pour cacher, pour se réchauffer…)
  • Beaucoup, beaucoup de motivation

 

Jusqu’à récemment , je n’avais pas été appelée en remplacement et je tirais donc mon lait dans une salle de cours mise à ma disposition ( je suis dans un établissement récent richement pourvu en salles), trois fois par jour, pour un tirage quotidien d’environ un demi-litre.
Je grimpais en salle de classe entre les cours et je branchais mon tire lait ( symphony de Medela) le matin et je le reprenais en fin de journée : il était caché sous le bureau et j’aurais pu tout à fait faire cours avec le matériel installé.

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Et puis il est arrivé, le coup de fil désespéré du rectorat qui a épuisé son stock de TZR:
Je pars à 6h30 et rentre à 19h, catapultée en lycée pour l’avant-veille, sur un lycée en deux sites éloignés d un petit kilomètre.
J’ai exigé un local pour tirer mon lait et franchement, l’administration s’est pliée en 4 pour me trouver un petit placard avec point d’eau ( local de service). Après que le chef est tombé nez à néné avec ma personne en pleine production , la secrétaire a ajouté un petit panneau amovible sur la porte qui ne ferme pas. C’est beaucoup mieux pour tout le monde….
Il faut insister. Quand on veut ( du côté de l’administration), on peut. J’ai généralement observé que si vous montrez que vous êtes parfaitement motivée et impliquée ; on vous facilite la vie en regard.
Je tire mon lait deux fois car j’ai trop de contraintes et de travail mais les quantités produites restent stables et ce n’est pas trop inconfortable . En effet, c’est peu si on considère qu’il faudrait déterminer le nombre de tirages en divisant son temps d’absence par trois. En revanche, j’ai tous les jours trois sacs à promener entre mon véhicule et l’établissement ( non doté de parking car en centre ville).
Seul inconvénient : le délai entre les tirages s’étant allongé ; j’ai déclenché mon retour de couches.
Pas d’incidence notable sur l’allaitement néanmoins. Sur mon état physique, c’est une autre histoire.

Je n’ai jamais caché la nature de mes activités : je considère qu’il s’agit d’un acte naturel pour nourrir mon enfant et cela évite les situations gênantes de part et d’autres ( oui, j’ai déjà accueilli un agent de service, grand sourire aux lèvres et téterelles à la poitrine). je ne vais pas dire que c’est un plaisir ; mais je me dis que la normalisation de l’allaitement passe par là et c’est aussi quelque part un combat féministe.

Petite astuce :
le lait est stable et se conserve 24h à température de 15 °C: votre voiture, un sac isotherme et un pain de glace peuvent faire l’affaire en hiver.

L’enfant que j’espérais et l’enfant qui est

Dans un article précédent, je ne sais plus vraiment lequel, pardonnez-moi, je suis submergée en ce moment ;  je disais que je pensais que « nos » enfants nous attendent quelque part quand on les espère. Ils attendent de faire de nous leurs « parents ». Ce sentiment m’a aidée à patienter, même si mon attente ne fut qu’une poussière dans le désert de l’attente de beaucoup d’entre nous.
En effet, je me disais que cet enfant était déjà là, dans la volonté que je mettais à le rencontrer.
C ‘est cela : j’attendais la rencontre.

Or, je lisais récemment que les parents doivent faire le deuil de l’enfant idéalisé pour tomber en amour de l’enfant qui leur est donné, ce qui, avouons-le, rencontre un peu ma pensée exposée plus tôt.

Quand je regarde A., je ne parviens pas à me souvenir de l’enfant que j’imaginais, ni dans les larmes que je versais à refaire dans ma tête un énième accouchement fantasmé ni dans ces promenades rêvées main dans la main.
A. a tout à fait supplanté cet enfant, ou plutôt, il est cet enfant. Il est l’évidence. Je crois que c’est ce que les psychologues cherchent à expliquer.

Les premières heures, ou bien même les premiers jours, ce fut un peu un inconnu pour moi. L’instinct primait étrangement sur l’amour : tout mon corps n’était obnubilé que par cette petite créature hurlante venue de mes entrailles et mon esprit ne le connaissait pas. Je ne faisais pas le lien entre cet individu et « mon fils » avec son prénom, ses traits, son regard.
J’ai mis du temps à le comprendre.
Ce fut déroutant. Déroutant d’attendre un si grand bonheur et de n’éprouver qu’un sentiment indéfinissable comme un parfum d’irréel.
Son odeur faisait monter en moi des salves de passion et parfois, je le regardais comme parfaitement détachée.

Je suis sa mère ; il est mon enfant.
J’éprouvais une sorte de dualité. Il faut aussi avouer que les ennuis se sont accumulés par ailleurs et que je n’avais pas vraiment le temps de m’arrêter sur des considérations métaphysiques autour  de la maternité.
Et puis, la maternité s’est construite petit à petit, en osant me confronter à cet être prêt à dévorer toute l’attention du monde. Les briques étaient de minuscules gestes et sentiment : parfois de la peur, de l’agacement, de l’amour, des baisers, des regards, des caresses. Aujourd’hui, je sais que dans l’indicible tempête qui traverse actuellement ma vie ; cet enfant incarné est le roseau qui tient mes racines.

Vers le don d’ovocytes

Avant d’avoir un enfant grâce à la PMA, avant de découvrir le récit de femmes devenues mères grâce au don, je savais déjà que j’étais sensible à la question du don d’ovocytes et que je ferais probablement un jour les démarches pour devenir une donneuse.
J’ai donné mon sang, mon plasma et j’ai fait les démarches pour donner mes plaquettes et m’inscrire sur le fichier des donneurs de moelle (refusée pour antécédents d’anorexie et poids légèrement insuffisant dans un cas et dans l’autre).
Accoucher a fait mûrir mon projet.
Je vous avoue que je me suis interrogée parce que je voyais mon enfant et je me disais : « C’est un bout de moi ; la moitié de moi » et il y avait cet amour qui m’emportait. La question du don était un peu plus vacillante. Mais en fait, non.
Mon enfant, c’est cet enfant : l’aboutissement d’un désir, de mon couple, d’une grossesse, d’un accouchement.

Il n’est pas un ovocyte.

On parle très peu du don de gamètes sur la toile. Et c’est triste.

Pour ma part, je n’ai jamais résumé mon désir de maternité à une vague histoire de génétique, même si j’ai reconnu un peu plus haut que la naissance d’A. avait pu affecter ma détermination.
D’ailleurs mon fils ne me ressemble pas. Je suis une brune aux yeux noirs. Mon fils est blond aux yeux bleus. Parfois, je blague avec son père et je demande s’il est bien sûr qu’il n’y a pas eu échange entre le bloc et la salle d’examen néonatal. Quand j’étais enceinte, vu la probabilité extrêmement faible qu’un de ses spermatozoïdes arrive à bon port, c’était sur la paternité que nous faisions des blagues douteuses.
Et même, pour être tout à fait honnête, si on me l’avait échangé, l’aimerais-je moins ? Aucunement.
Je suis devenue mère, dans les faits, quand ce petit être sans défense est devenu ma responsabilité. Tout le reste ne fut que des vastes préliminaires, une préface de l’essai que j’écris sur la maternité.

Au fond, qu’est-ce qu’un enfant pour un coeur de parents, sinon un profond désir d’être parents et la responsabilité d’une charge d’âme?

Je pensais à cela quand je suis retombée sur mes échographies du cycle d’insémination gagnant. Je regardais mes follicules. Je trouvais cela amusant de me dire que sur cette échographie, il y avait la moitié de mon fils.
Mais en réalité, il y a juste une cellule incomplète. C’était la moitié de mon fils parce que je le désirais depuis longtemps.
Elle n’est pas un enfant. Donner des ovocytes, ce n’est pas donner un enfant. Donner des spermatozoïdes, ce n’est pas donner un enfant. C’est donner une cellule.
Pense-t’on à la mort mensuelle de nos ovocytes comme à la mort de nos potentiels enfants?  Bien sûr que non ( sauf en PMA, mais c’est un autre débat).

En donnant mes ovocytes, je donne ce qu’il manque à des parents qui ont tout le reste : le désir et l’amour. Je ne donne pas un enfant ; je donne de l’espoir.

Je pense concrétiser les démarches du don en 2017. J’aimerais parrainer un couple et j’espère que je serai éligible au don.

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A tâtons dans le noir… ( le sommeil partagé)

Je dors avec mon petit et j’adore ça.
Le soir après ma journée de travail, je me love contre lui et il tète tandis que je le respire par chaque alvéole de mes poumons et que je tiens sa petite main. J’observe ses doigts, le rebondi de la pulpe de ses phalanges, le pli de son poignet….
Tous les soirs, je mesure la chance extraordinaire de l’avoir dans ma vie.
Je me dis que sa place est là, contre sa mère, que l’on s’aime depuis toujours, depuis l’exacte seconde où je l’ai désiré.

Dans notre grand matelas sur le sol, qui a suivi le berceau Next to Me attaché au lit une personne, nous dormons très bien. A.dans sa gigoteuse et moi sous ma couette, la température ambiante à 18.

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Le Berceau Next to Me : réglable en hauteur, avec des sangles qui permettent de maintenir le lit accroché. La partie ouverte se dézippe pour fixer le berceau

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Nous avons donc équipé la chambre comme suit : matelas 140*200 et matelas pour bébé contre, le tout calé contre un coin du mur. La nuit je donne la tétée collée à A. et puis ensuite je m’éloigne dans le lit pour me mettre sous la couette et sur mon oreiller. Généralement A. est au centre du matelas et je me déplace d’un côté et de l’autre.
Je précise que je dors seule avec.
Quand je dois m’absenter, je retire toujours du matelas, couette et oreiller.

Je crois aux vertus de la proximité physique, à la nécessité de se câliner et de dormir accompagné. Nous ne connaissons pas les crises du coucher et je pense qu’aucun enfant de vingt ans ne partage encore le lit de sa mère…
Il est en journée avec sa nounou et nous refaisons le plein de contacts la nuit tout en prenant soin de notre sommeil.
C’est aussi un excellent moyen d’entretenir sa lactation puisque les récepteurs de la prolactine sont particulièrement « ‘sensibles » durant la nuit ( ce qui est important dans le cadre d’un projet d’allaitement long et une reprise du travail): http://www.lllfrance.org/1424-da-62-le-point-sur-la-prolactine
Cela ne m’empêche pas de me relever regarder un bon film si j’en ai envie.
Mais quand j’ai perdu, ce mois-ci, un bon ami de mes années fac et que mes nuits étaient peuplées d’angoisses, je me rapprochais de mon A., je prenais sa petite main chaude dans la mienne ; je sentais sa petite fontanelle chevelue palpiter sous mon nez et c’était une immense bouffée de vie qui me revenait.

Au début, j’avais peur: des jugements, de l’écraser, d’être anormalement proche de mon enfant.
En réalité, j’ai un bébé dont le comportement est adapté, souriant, qui se sociabilise dans les normes et je me moque de l’avis des autres. Je considère qu’il n’est pas malsain qu’un bébé recherche la compagnie dans le sommeil, comme la plupart des adultes d’ailleurs…qu’il boive la nuit, comme moi…. Le principal est de trouver un arrangement qui satisfait chaque famille selon son mode de fonctionnement.
En revanche, je supporte difficilement les allégations sur l’apprentissage du sommeil. On s’endort selon moi plus par physiologie que par acquisition… L’homme a un instinct grégaire. Si un bébé n’a pas la capacité de dormir seul, c’est peut-être simplement qu’il a besoin du groupe et il n’est peut-être pas si déplacé de répondre à son besoin.
A.tète au cours de la nuit ; mais je serais bien incapable de vous en tenir le compte. C’es très fréquent mais cela ne m’empêche pas de dormir et d’être fraîche comme un gardon au petit matin.

Il reste bien difficile de faire le tri dans les informations qui circulent sur le co-sleeping : depuis la plus ferme des condamnations jusqu’à la promotion sans restriction, comment savoir quoi faire  Et j’ajouterais, comment savoir quoi faire en fonction de ses envies parentales ?
Un petit guide sérieux ici : http://www.unicef.org.uk/Documents/Baby_Friendly/Leaflets/Other%20languages/sharingbedleaflet_french.pdf?epslanguage=en

En vérité,  je parle assez peu de ce mode de sommeil. Le peu de fois où je l’ai évoqué, j’ai ressenti du jugement chez mon interlocuteur. Le sommeil partagé est relativement tabou dans nos sociétés et généralement mal perçu par l’entourage. Il est souvent vu comme une faiblesse de trop-attachement de la mère pour son enfant. (Le jugement des autres ne remet pas en cause mes convictions mais je n’aime pas être en situation de me justifier)
Chez sa nourrice, A. est capable de s’endormir « seul », sans tétée et sans nounou. Je peux aussi le poser dans le lit quand il commence à s’endormir lors de la sieste sans que cela soit un problème. Je ne pense pas qu’il soit très justifié de parler de « mauvaise habitude ».
Evidemment, je n’envisage nullement de sevrer mon enfant de ce mode de sommeil du jour au lendemain non plus et il ne s’agit pas chez nous d’un accommodement mais d’un véritable choix.  Ce dernier point n’est sans doute pas anodin pour expliquer le vécu, plus ou moins joyeux, des parents qui ont pratiqué le co-sleeping.

ode à l’allaitement

Me nourrissant de le nourrir, je m’emplissais l’âme.

Sa succion était une vague lascive et je me voyais courir vers l’écume blanche tandis que je souriais. La vie bouillonnait, jaillissait éclatante. J’entendais le bruit de la mer telle une berceuse de l’infini, l’infini s’écoulant de moi à lui.
Il est moi, je suis lui,il est lui, je suis moi.
Nos âmes s’épousent alors dans un bruissant ravissement.

Que cela ne finisse jamais ni la rythmique de ses goulées ni les longues promenades de sa main parcourant ma poitrine comme un souvenir toujours ravivé, un sentier de l’enfance, là le parfum du figuier, ici l’aubépine.
Le vent de sa respiration est la brise légère qui rafraîchit le crépuscule d’un trop brûlant été et ses yeux, l’instant d’avant deux étoiles bleu métallique, deux fulgurances rieuses, replongent en un sursaut dans la mer paisible de notre amour.
Ils sont présents mais s’absentent déjà pourtant, rappelés par quelque songe de tendresse.
La mer est tiède et caressante. Elle sent le musc et le miel ; elle est comme une immense étendue, la dilatation sans fin de mon coeur d’où rien ne déborde jamais.

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Vierge à l’enfant, Jean Fouquet, vers 1450

Lettre à mon fils

Je t ai mis au monde sans dieu. Peu importe que tu choisisses au final ceux du rock ou des cieux tant qu’ ils ne nourrissent pas tes démons.
Va. Vis. Aime.
Un homme, une femme ou les deux.
Aime ton semblable. Et les différents, même si c’est parfois plus difficile.
Rêve.
Ris avec tes potes.
Refais le monde en terrasses de tous les bistrots de France en souvenir de toutes les tétées que tu y auras prises, mais avec une bonne Despé à la main et une guitare dans le dos.
Ou une grenadine, c est bon la grenadine.
Refais le monde en actes aussi.
Deviens quelqu’un : sois juste un type plus courageux que tes parents, qui met ses mains dans la détresse des autres, qui ne se sert pas de la pudeur, du confort ou de la peur comme un bouclier.
Réussis ta vie.
Ne sois pas neurochirurgien, ne sois pas astrophysicien: sois juste un type bien.

Ta mère qui t’aime.

La gelée de pommes sauvages

Avec A., je suis allée ramasser, comme à peu près tous les ans, des pommes sauvages non loin de ma chaumière.
A. a le droit à sa petite promenade quotidienne en sling. Il tête mon doigt et regarde tout d’un air mi-curieux mi-pénétré qui me fait souvent sourire. Evidemment, cela finit invariablement par un gros somme et de grosses sueurs dues à l’efficacité de mon petit radiateur portatif.

J’aime bien être en forêt. J’imagine là, mon petit A. dans un an, on rentre et on fait des bonhommes en marrons et des tableaux de feuilles d’automne.
En réalité, j’ai crotté mes escarpins, marché sur mon imperméable et tordu le dos pour ramasser les pommes sans réveiller A.
On a donc limité l’opération ramassage à un petit kilogramme de pommes.

A quoi reconnaît-on des pommes sauvages?

Ce sont de petites pommes d’à peine la taille d’une balle de golf. Elles sont immangeables crues car très âcres. Elles sont jaunes ou vertes et on en trouve dans certaines haies, au bord des chemins ou en forêt, courant du mois d’octobre.

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Une fois rentrés avec notre récolte, on la fait cuire dans une bassine en remplissant d’eau jusqu’à hauteur des fruits. Quand les pommes partent en charpie, on éteint et on laisse reposer la nuit.
on peut mettre à cette étape des plantes à infuser : verveine, tilleul… ou des épices : cannelle, vanille.

Le lendemain, on remet un petit coup de cuisson et on filtre avec un chinois très fin et une étamine.

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On a fait sans étamine...

On estime le poids du jus ; on le fait cuire avec moitié de son poids de sucre et on met en pot.
On obtient une jolie gelée ambrée qui sent bon l’automne.

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Aimer c est guérir

Quel odeur avait le sein de ma mère ? Était-il tiède et humide avec ces effluves douceâtres de miel et d’ambre mêlés au musc de sa peau? Était-il doux comme une pêche bien mûre sous ma joue et tendre sous ma langue?
Passait-elle sa main dans mon dos recroquevillé de ma nuque à mes fesses, ses yeux noyés dans les miens et un sourire béat aux lèvres?
Venait il chaud et réconfortant ce lait de son corps? Excitait-il en moi un joyeux babillage qui l attendrissait ?

De cela, il ne reste rien, sinon une vague nausée.
Je regarde mon fils avec tendresse et je me demande si cet amour est indestructible.

Aujourd’hui, j ai fait retour à l expéditeur d un colis envoyé par ma mère a mon nom pour mon petit.
Tourner la page.
Quitter mon enfance.
Trancher dans le vif.
C était comme planter un couteau, tout est « annihilable ». Même l amour d’un enfant pour sa mère.

Je ne veux pas de cette mère dans la vie de mon enfant.
Je ne me souviens que de la destruction, de la souffrance, de la manipulation.

J ai eu peur.
Peur de ne pas m’attacher à mon bébé, peur de la dépression du post-partum, amplifiée par la césarienne, mes antécédents psychologiques, l’état physique et moral déplorable de mon conjoint, les soucis divers.
Mais je suis là.
Je mange avec bonheur malgré mes séquelles d’anorexie parce que manger a pris un sens différent avec l’allaitement.
J ai réussi à tisser un lien d amour formidable avec mon fils, à lâcher prise sur ce que je pensais être des priorités.

Au départ, je n’ai pas eu tout à fait conscience de ce qui m’attachait à cette toute petite chose, aussi perdue que moi, dans un monde soudain trop grand pour elle.
Je me sentais aussi toute petite face à un défi trop grand pour moi.
Il y a des jours où je suis angoissée ; mon sommeil est haché à cause de la peur panique de la MSN ; parfois cela me vrille les tripes quand, fatiguée, je vais être moins douce qu’à l’accoutumée.
Il peut m’arriver d’être prise de vertiges à l’idée de cette immense responsabilité qu’est un enfant.
Impossible de remonter le temps, de fuir, de craquer. Il est là, prêt à phagocyter toute mon énergie, au nom de la vie. Malgré la force du désir d’enfant, il y a des moments de peur immense, une impression de vivre au bord d’un plongeoir invisible.

Mais je lâche prise et je me laisse porter, nourrir, guider par l’amour. Par la certitude que je suis sa mère et que je peux l’élever dans le respect, la confiance, la transparence.
La vie m a enseignée qu une fois sur le bord du plongeoir, il y avait ceux qui restaient tétanisés, ceux qui tombaient, ceux qui descendaient et ceux qui, pris d’une ivresse folle de défi, décidaient de sauter et de nager, rassurés par la certitude que l’on finit toujours par regagner la terre ferme.
Je suis de ceux qui nagent, qui imaginent toujours le sable sous leurs pieds au milieu des vagues.

Je veux vivre portée par cette palpitation, saisie de l’ivresse de cette odeur qui nous relie, dormir le nez dans ses cheveux chauds, notre odeur, à nous, qui n’existait pas avant et qui n’existera plus après. Par cette petite langue tapie sur mon sein et cette petite main lovée dans le creux de ma poitrine.
J’ignorais que mon coeur pouvait s’ouvrir comme une écorce et envelopper tant d’amour sans cicatrice, une extension de mon être, hors de moi. Et non pas parce qu’elle vient de mon ventre, mais parce que j’ai décidé d’être responsable d’une autre vie, qui n’a rien demandé sinon d’être aimée.
Je grandis.
J’aime.
Je guéris.

Je veux que tu saches
une chose.
Tu sais fort bien ce qu’il en est :
si je regarde
la lune de cristal, la branche rouge
du lent automne à ma fenêtre,
si je touche
près du feu
la cendre impalpable
ou le corps ridé du bois,
tout me conduit à toi,
comme si tout ce qui existe
– parfums, clarté, métaux –
étaient de petits bateaux naviguant
vers les îles, tes îles qui m’attendent.
Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, Les Vers du Capitaine, Pablo Neruda.